Elles cherchent à la soulager en lui parlant de la Résurrection. Suzanne demande:

“Que dis-tu? Comment sera-t-il, ressuscité? Et comment ressuscitera-t-il?”

Et elle, égarée, aveuglée à cette heure de martyre rédempteur, répond:

“Je ne sais pas… Je ne sais plus rien… sauf qu’il est mort…”

612.4 – Elle éclate de nouveau en des sanglots violents et elle baise le linge qui était aux flancs de son Fils, elle le serre sur son cœur et le berce comme si c’était un enfant…

Elle touche les clous, les épines, l’éponge, et crie:

“C’est cela qu’a su te donner ta Patrie! Du fer, des épines, du vinaigre et du fiel! Et des insultes, des insultes, des insultes! Et parmi tous les fils d’Israël, on a dû choisir quelqu’un de Cyrène pour porter la croix. Cet homme est sacré pour moi comme un époux. Et si j’en connaissais un autre qui ait secouru mon Enfant, je lui baiserais les pieds. Mais personne n’a donc eu pitié? Sortez! Partez! Même de vous voir, c’est pour moi une douleur! Parce que parmi vous tous, parmi vous tous, vous n’avez même pas su obtenir une torture moins cruelle. Serviteurs inutiles et inertes de votre Roi, sortez!”

Elle est terrible dans son emportement. Debout, raide, elle paraît même plus grande, avec ses yeux impérieux, son bras tendu qui indique la porte. Elle commande comme une reine sur le trône.

Tout le monde sort sans réagir pour ne pas l’exciter davantage et s’assoit en dehors de la porte close, pour écouter ses gémissements et tout bruit qu’elle peut faire. Mais après le bruit du siège qu’elle a repoussé et de ses genoux qui frappent le sol, car elle s’est agenouillée la tête contre la table sur laquelle se trouvent les objets de la Passion, on n’entend que ses pleurs sans arrêt et sans réconfort.

Elle murmure, mais si doucement que ceux qui sont dehors ne peuvent l’entendre:

“Père, Père, pardon! Je deviens orgueilleuse et méchante. Mais Tu le vois: c’est vrai ce que je dis. Il y avait des foules autour de Lui et à cette fête toute la Palestine est dans les murs saints… Saints? Non. Plus saints… Ils seraient restés tels si Lui avait expiré en leur intérieur. Mais Jérusalem l’a expulsé comme le vomissement qui donne la nausée. Dans Jérusalem il n’y a donc que le Crime… Eh bien, de tout ce peuple qui le suivait, il n’a pu se rassembler une poignée qui s’impose, je ne dis pas pour le sauver - il devait mourir pour racheter - mais pour le faire mourir sans tant de tortures. Ils sont restés dans l’ombre ou bien ils ont fui… Mon cœur se révolte devant tant de lâcheté. Je suis la Mère. À cause de cela, pardonne mon péché d’orgueilleuse dureté…”

Et elle pleure…Dehors les autres sont sur les épines et pour plusieurs motifs.

612.5 – Le maître de maison rentre. Il était sorti par curiosité et il apporte des nouvelles redoutables. On dit que beaucoup de gens sont morts dans le tremblement de terre, que beaucoup ont été blessés dans les corps à corps entre les fidèles du Nazaréen et les juifs, que plusieurs ont été arrêtés et qu’il y aura de nouvelles exécutions pour révoltes et menaces envers Rome, que Pilate a ordonné d’arrêter tous les partisans du Nazaréen et tous les chefs du Sanhédrin présents dans la ville, ou même déjà enfuis à travers la Palestine, que Jeanne est mourante dans son palais, que Manaën a été arrêté par Hérode pour l’avoir insulté en pleine Cour comme complice du Déicide. En somme, un tas de nouvelles catastrophiques…

Les femmes gémissent non pas tant de peur pour elles-mêmes que pour leurs fils et leurs maris. Suzanne pense à son époux, connu parmi les fidèles de Jésus en Galilée. Marie de Zébédée pense à son mari, logé chez un ami, et à son fils Jacques dont elle n’a pas de nouvelles depuis le soir d’avant. Et Marthe dit en sanglotant:

“Ils seront déjà allés à Béthanie! Qui ne savait pas ce qu’était Lazare pour le Maître?”

“Mais il est protégé par Rome, lui” lui réplique Marie Salomé.

“Oh! protégé! Qui sait, avec la haine qu’ont pour nous les chefs d’Israël, quelles accusations ils portent contre lui à Pilate… Oh! Dieu!”

Marthe se met les mains dans les cheveux et elle crie:

“Les armes! Les armes! La maison en est pleine… et aussi le palais! Je le sais! Ce matin, à l’aurore, est venu Lévi, le gardien et il m’a dit… Mais déjà tu le sais, toi aussi! Et tu l’as dit aux juifs sur le Calvaire… Sotte! Tu as mis dans la main des cruels l’arme pour tuer Lazare!…”

“Je l’ai dit, oui, j’ai dit la vérité sans le savoir. Mais tais-toi, poule mouillée! Ce que j’ai dit est la plus sûre garantie pour Lazare. Ils se garderont bien de s’aventurer dans des recherches là où ils savent qu’il y a des gens armés! Ce sont des lâches!”

“Les juifs, oui. Mais les romains, non.”

“Je ne crains pas Rome. Elle est juste et paisible dans ses dispositions”.

“Marie a raison” dit Jean. “Longinus m’a dit: “J’espère qu’ils vous laisseront tranquilles. Mais s’ils ne le faisaient pas, viens ou envoie quelqu’un au Prétoire. Pilate est bienveillant pour les fidèles du Nazaréen. Il l’était aussi pour Lui. Nous vous défendrons”.

“Mais si les juifs font tout par eux-mêmes? Hier soir, c’était eux qui ont pris Jésus! Et, s’ils disent que nous sommes des profanateurs, ils ont le droit de nous prendre. Oh! mes fils! J’en ai quatre! Où sont Joseph et Simon? Ils étaient sur le Calvaire, et puis ils sont descendus quand Jeanne n’a pas résisté Jeanne s'est évanouie à l'annonce de la mort de Jésus (Cf. EMV 609.18). . Pour aider et défendre les femmes… Eux, les bergers, Alphée… tous! oh! ils les auront certainement déjà tués. Tu as entendu que Jeanne est mourante? Elle l’est certainement parce qu’elle est blessée. Et eux, avant que la plèbe puisse frapper une femme, l’auront défendue et seront morts!… Et Jude et Jacques? Mon petit Jude! Mon trésor! Et Jacques, doux comme une fillette! Oh! je n’ai plus de fils! Je suis comme la mère des fils Macchabées!…”

612.6 – Toutes pleurent désespérément. Toutes, sauf la maîtresse de maison qui est allée chercher une cachette pour son mari, et Marie-Madeleine qui ne pleure pas. Mais ses yeux jettent du feu: elle redevient la femme autoritaire d’autrefois. Elle ne parle pas, mais elle darde son regard sur ses compagnes abattues, et elle bout de leur adresser une épithète très claire: