Puis elle écoute… Elle a la bouche ouverte, elle semble vouloir écouter même avec elle, comme elle a les yeux dilatés pour voir, pour voir… Elle ne peut croire que son Jésus n’est plus…

Jean lui aussi a regardé et écouté et il a compris que tout est fini. De ses bras il saisit Marie et cherche à l’éloigner en disant:

“Il ne souffre plus.”

Mais avant que l’apôtre termine la phrase, Marie, qui a compris, se dégage, tourne sur elle-même, se penche vers le sol, porte les mains à ses yeux et crie:

“Je n’ai plus de Fils!”

Et puis elle vacille et tomberait si Jean ne la recueillait toute sur son cœur, puis il s’assoit par terre pour mieux la soutenir sur sa poitrine, jusqu’à ce que les Marie remplacent l’apôtre auprès de la Mère. Elles, en effet, ne sont plus retenues par le cercle supérieur des soldats, car, maintenant que les juifs se sont enfuis, ils se sont rassemblés sur la petite place qui est au-dessous pour commenter l’événement.

La Madeleine s’assoit où était Jean, et allonge presque Marie sur ses genoux, la soutenant entre ses bras et sa poitrine, baisant son visage exsangue, renversé sur son épaule compatissante. Marthe et Suzanne, avec une éponge et un linge trempés dans le vinaigre, lavent ses tempes et ses narines, pendant que sa belle-sœur lui baise les mains en l’appelant d’une voix déchirante, et dès que Marie rouvre les yeux, et tourne vers elle un regard que la douleur rend pour ainsi dire hébété, elle lui dit:

“Fille, fille chérie, écoute… dis-moi que tu me vois… Je suis ta Marie… Ne me regarde pas ainsi!…”

Et après que le premier sanglot a ouvert la gorge de Marie et que les premières larmes tombent, elle, la bonne Marie d’Alphée, dit:

“Oui, oui, pleure… Ici avec moi, comme près d’une maman, ma pauvre, sainte fille”.

Puis quand elle l’entend dire: “Oh! Marie! Marie! tu as vu?”, elle dit en gémissant:

“Oui! oui… mais… mais… fille… oh! fille!…”

Elle ne trouve pas autre chose et elle pleure la vieille Marie, des pleurs désolés auxquels font écho toutes les autres, c’est-à-dire Marthe et Marie, la mère de Jean et Suzanne.

Les autres pieuses femmes ne sont plus là. Je pense qu’elles sont parties et avec elles les bergers, quand on a entendu ce cri de femme…

609.25 – Les soldats parlent entre eux.:

“Tu as vu les juifs? Cette fois-ci, ils avaient peur.”

“Et ils se frappaient la poitrine.”

“Les plus terrifiés c’étaient les prêtres!”

“Quelle peur! J’ai senti d’autres tremblements de terre. Mais jamais comme celui-là. Regarde: la terre est restée pleine de crevasses.”

“Et il s’est effondré tout un passage de la longue route.”

“Et dessous, il y a des corps.”

“Laisse-les! Autant de serpents de moins.”

“Oh! un autre incendie! Dans la campagne…”

“Mais est-il vraiment mort?”

“Et tu ne vois pas? Tu en doutes?”