609 – La Crucifixion
27 mars 1945 / 19 février 1944 / 4 octobre 1944
Vision du mardi 27 mars 1945 (mardi saint).
609.1 – Quatre hommes musclés, qui par leur aspect me paraissent juifs et juifs dignes de la croix plus que les condamnés, certainement de la même catégorie que les flagellateurs, sautent d’un sentier sur le lieu du supplice. Ils sont vêtus de tuniques courtes et sans manches et ils ont dans les mains des clous, des marteaux et les cordes qu’ils montrent aux condamnés en se moquant d’eux. La foule est agitée par un délire cruel.
Le centurion offre à Jésus l’amphore pour qu’il boive la mixture anesthésique du vin myrrhé La myrrhe est un antalgique (anti-douleur). Trois de ses composés sont à l'origine de son action anesthésique locale puissante. . Mais Jésus la refuse. Les deux larrons, au contraire, en boivent une quantité. Puis l’amphore à la bouche largement évasée est placée près d’une grosse pierre, presque en haut de la cime.
609.2 – On donne aux condamnés l’ordre de se dévêtir. Les deux larrons le font sans aucune pudeur. Ils s’amusent même à faire des actes obscènes vers la foule et en particulier vers le groupe sacerdotal tout blanc dans ses vêtements de lin et qui est revenu tout doucement sur la petite place plus basse, en profitant de sa qualité pour s’insinuer à cet endroit. Aux prêtres se sont unis deux ou trois pharisiens et d’autres puissants personnages que la haine rend amis. Et je vois des personnes connues comme le pharisien Yokhanan et Ismaël, le scribe Sadoq, Éli de Capharnaüm…
Les bourreaux offrent aux condamnés trois loques pour qu’ils se les attachent à l’aine, et les larrons les prennent avec les plus horribles blasphèmes. Jésus, qui se déshabille lentement à cause de la douleur des blessures, la refuse.
Il pense peut-être garder les courtes culottes qu’il a gardées même dans la flagellation. Mais quand on Lui dit de les enlever, il tend la main pour mendier le chiffon aux bourreaux pour cacher sa nudité. C’est vraiment l’Anéanti jusqu’à devoir demander un chiffon aux criminels.
Mais Marie a vu et elle a enlevé le long et fin linge blanc qui lui voile la tête sous le manteau foncé et dans lequel elle a déjà versé tant de pleurs. Elle l’enlève sans faire tomber le manteau, le donne à Jean pour qu’il le présente à Longinus pour son Fils. Le centurion prend le voile sans difficulté. Quand Jésus va se déshabiller complètement, en se tournant non vers la foule mais vers le côté où il n’y a personne, montrant ainsi son dos sillonné de bleus et des ampoules saignant par les blessures ouvertes ou les croûtes sombres, Longinus Lui présente le voile maternel. Jésus le reconnaît. Il s’en enveloppe en lui faisant faire plusieurs fois le tour du bassin en le fixant bien pour qu’il ne tombe pas… Et sur le lin baigné seulement jusqu’alors de pleurs, tombent les premières gouttes de sang, car de nombreuses blessures à peine couvertes de sang coagulé, quand il se baisse pour enlever ses sandales et déposer ses vêtements, se sont rouvertes, et le sang recommence à couler.
609.3 – Maintenant Jésus se tourne vers la foule, et on voit ainsi que la poitrine aussi, les bras, les jambes ont été toutes frappées par les fouets. À la hauteur du foie il y a un énorme bleu et sous l’arc costal gauche il y a sept traces en relief, terminées par sept petites déchirures sanglantes à l’intérieur d’un cercle violacé… un coup féroce de fouet dans cette région si sensible du diaphragme. Les genoux, contusionnés par les chutes répétées qui ont commencé tout de suite après sa capture et se sont terminées sur le Calvaire, sont noirs d’hématomes et ouverts sur la rotule, spécialement le genou droit, en une vaste déchirure sanglante.
La foule le méprise en formant une sorte de chœur:
“Oh! Beau! Le plus beau des enfants des hommes! Les filles de Jérusalem t’adorent…”
Et elle entonne sur le ton d’un psaume:
“Mon aimé est candide et vermeil, distingué entre mille et mille. Sa tête est d’or pur, ses cheveux des grappes de palmier, soyeux comme la plume du corbeau. Ses yeux sont comme deux colombes qui se baignent dans des ruisseaux non pas d’eau mais de lait, dans le lait de son orbite. Ses joues sont des parterres d’aromates, ses lèvres pourpres sont des lys qui ruissellent une myrrhe précieuse. Ses mains sont faites comme un travail d’orfèvre, terminées en jacinthe rosé. Son tronc est de l’ivoire veiné de saphir. Ses jambes sont des colonnes parfaites, de marbre blanc sur des bases d’or. Sa majesté est comme celle du Liban, il est plus majestueux que le cèdre élevé.
Sa langue est imprégnée de douceur et lui n’est que délices”
Ils rient et crient encore:
“Le lépreux! Le lépreux! Tu as donc forniqué avec une idole si Dieu t’a ainsi frappé? Tu as murmuré contre les saints d’Israël comme Marie de Moïse, si tu as été ainsi puni? Oh! Oh! le Parfait! Tu es le Fils de Dieu? Mais non! Tu es l’avorton de Satan! Lui, au moins, Mammon est puissant et fort. Toi… tu es une loque impuissante et dégoûtante.”
609.4 – Les larrons sont attachés sur les croix et amenés à leurs places, l’un à droite, l’autre à gauche par rapport à celle destinée à Jésus. Ils poussent des cris, des imprécations, des malédictions et surtout lorsque les croix sont portées près du trou et les secouent, alors que leurs poignets sont sciés par les cordes, leurs blasphèmes contre Dieu, contre la Loi, les romains et les juifs sont infernaux.
C’est le tour de Jésus. Doux il s’allonge sur le bois. Les deux larrons étaient tellement rebelles, que n’arrivant pas à le faire, les quatre bourreaux avaient dû demander l’intervention des soldats pour les tenir, pour qu’à coups de pieds ils ne repoussent pas les argousins qui les attachaient par les poignets. Mais pour Jésus, il n’est pas besoin d’aide. Il se couche et met la tête où on Lui dit de la mettre. Il ouvre les bras comme on Lui dit de le faire, allonge les jambes comme on le Lui ordonne. Il s’occupe seulement de bien ajuster son voile. Maintenant son long corps, mince et blanc, se détache sur le bois sombre et le sol jaunâtre.
609.5 – Deux bourreaux s’assoient sur la poitrine pour la tenir immobile. Et je pense à l’oppression et à la souffrance qu’il doit avoir ressenties sous ce poids. Un troisième Lui prend le bras droit en le tenant d’une main à la première partie de l’avant-bras et de l’autre au bout des doigts. Le quatrième, a déjà dans les mains le long clou dont la tige quadrangulaire est en pointe, se termine en une plaque arrondie et plate, large comme un sou d’autrefois.
Il vérifie que le trou déjà fait dans le bois correspond à la jointure radio-ulnaire du poignet. Il va bien. Le bourreau applique la pointe du clou au poignet, lève le marteau et donne le premier coup.
Jésus, qui avait les yeux fermés, pousse un cri et a une contraction à la suite de la douleur aiguë et ouvre les yeux qui nagent dans les larmes. Ce doit être une douleur atroce qu’il éprouve… Le clou pénètre en rompant les muscles, les veines, les nerfs, en brisant les os… Cette mention semble contredire l'Évangile de Jean affirmant qu'aucun des os de Jésus ne fut brisé (Jean 19, 31-36). Mais cette mention s'applique aux jambes qui effectivement ne furent pas brisées (Cf. ci-dessous 609.31/32). Mais il semble invraisemblable que les mains (poignet droit) et les pieds de Jésus, constitués d'os nombreux et fragiles, n'aient pas été brisés par les clous dont voici une reconstitution expérimentale réalisée par Lorenzo Ferri à partir du Linceul de Turin.
Marie répond au cri de son Fils torturé par un gémissement qui a quelque chose de la plainte d’un agneau qu’on égorge, et elle se courbe, comme brisée, en tenant sa tête dans ses mains. Jésus pour ne pas la torturer ne crie plus. Mais les coups sont là, méthodiques, âpres, du fer contre le fer… et on pense que dessous c’est un membre vivant qui les reçoit.
La main droite est clouée. On passe à la gauche. Le trou ne correspond pas au carpe. Alors ils prennent une corde, lient le poignet gauche et tirent jusqu’à déboîter la jointure et arracher les tendons et les muscles sans compter qu’ils déchirent la peau déjà sciée par les cordes de la capture. L’autre main aussi doit souffrir car elle est étirée par contrecoup et autour de son clou le trou s’élargit. Maintenant on arrive à peine au commencement du métacarpe, près du poignet. Ils se résignent et ils clouent où ils peuvent, c’est-à-dire entre le pouce et les autres doigts, exactement au centre du métacarpe Cette élongation, particulièrement douloureuse, est rapportée de même par Maria d'Agreda et Anne-Catherine Emmerich (que Maria Valtorta n'avait pas lu à ce moment). C'est confirmé aussi par la reconstitution de Lorenzo Ferri qui constatait un allongement de 4 cm du bras droit qu'il ne pouvait expliquer avant de rencontrer Maria Valtorta. Les voyantes sont aussi unanimes sur le retournement de la croix que rapporte ultérieurement Jean, seul témoin parmi les apôtres. . Là le clou entre plus facilement, mais avec une plus grande souffrance car il doit couper des nerfs importants, si bien que les doigts restent inertes alors que ceux de la main droite ont des contractions et des tremblements qui indiquent leur vitalité. Mais Jésus ne crie plus, il pousse seulement une plainte rauque derrière ses lèvres fortement fermées, et des larmes de douleur tombent par terre après être tombées sur le bois.
609.6 – Maintenant c’est le tour des pieds. À deux mètres et plus de l’extrémité de la croix il y a un petit coin, à peine suffisant pour un pied. On y porte les pieds pour voir si la mesure est bonne, et comme il est un peu bas, et que les pieds arrivent difficilement, on étire par les chevilles le pauvre Martyr. Le bois rêche de la croix frotte ainsi sur les blessures, déplace la couronne qui ainsi arrache de nouveaux cheveux et menace de tomber. Un bourreau, d’un coup de poing, la remet en place…