609.15 – Le ciel devient toujours plus sombre. Maintenant c’est difficilement que les nuages s’ouvrent pour laisser passer le soleil. Mais ils s’amoncellent en couches de plus en plus sombres, blanches, verdâtres, se surmontent, se démêlent selon les caprices d’un vent froid qui parcourt le ciel à intervalles et puis descend sur la terre et puis se tait de nouveau, et l’air est presque plus sinistre quand il se tait, étouffant et mort, que quand il siffle, coupant et rapide.
La lumière, d’abord vive outre mesure, est en train de devenir verdâtre. Les visages prennent des aspects bizarres. Les soldats, sous leurs casques et dans leurs cuirasses d’abord brillantes et devenues maintenant comme enveloppées dans une lumière verdâtre et sous un ciel de cendre, présentent des profils durs comme s’ils étaient sculptés. Les juifs, en majorité bruns de peau et de cheveux et de barbe, paraissent des noyés tant leurs visages deviennent terreux. Les femmes semblent des statues de neige bleutée à cause de leur pâleur exsangue que la lumière accentue.
Jésus semble devenir sinistrement livide, comme s’il commençait à se décomposer, comme s’il était déjà mort. La tète commence à retomber sur la poitrine. Ses forces manquent rapidement. Il tremble malgré la fièvre qui le brûle. Et dans sa faiblesse, il murmure le nom que d’abord il a seulement dit du fond du cœur:
“Maman! Maman!”.
Il le murmure doucement comme dans un soupir, comme s’il éprouvait déjà un léger délire qui l’empêche de retenir autant que sa volonté le voudrait. Et Marie chaque fois ne peut s’empêcher de Lui tendre les bras comme pour le secourir.
Les gens cruels rient de ce spasme du Mourant et de celle qui le partage. Ils montent de nouveau par derrière les bergers, qui cependant sont sur la petite place basse, les prêtres et les scribes. Comme les soldats voudraient les repousser, ils réagissent en disant:
“N’y sont-ils pas ces galiléens? Nous devons y être nous aussi qui devons vérifier que justice soit faite complètement, et nous ne pouvons pas voir de loin dans cette lumière étrange.”
En fait beaucoup commencent à s’impressionner de la lumière qui est en train d’envelopper le monde et certains ont peur. Les soldats aussi regardent le ciel et une sorte de cône qui semble de l’ardoise tant il est sombre, qui s’élève comme un pin de derrière un sommet. Il semble que ce soit une trombe marine. Il s’élève, s’élève et il semble qu’il produise des nuages de plus en plus noirs, comme si c’était un volcan vomissant de la fumée et de la lave.
C’est dans cette lumière crépusculaire et effrayante que Jésus donne Jean à Marie et Marie à Jean. Il penche la tête car la Mère, pour mieux voir, s’est mise plus près sous la croix, et il lui dit:
“Femme, voilà ton fils. Fils, voilà ta Mère.”
Marie a le visage encore plus bouleversé après cette parole qui est le testament de son Jésus, qui n’a rien à donner à sa Mère sinon un homme, Lui, qui par amour de l’Homme, la prive de l’Homme-Dieu qui est né d’elle. Mais elle, la pauvre Mère, s’efforce de ne pleurer que silencieusement car elle ne peut pas, elle ne peut pas ne pas pleurer… Ses larmes coulent malgré les efforts qu’elle fait pour les retenir, bien que sa bouche ait son sourire déchirant qu’elle fixe sur ses lèvres pour Lui, pour le réconforter Lui…
Les souffrances ne cessent de grandir et la lumière ne cesse de décroître.
609.16 – C’est dans cette lumière de fond marin que sortent de derrière les juifs Nicodème et Joseph, et ils disent:
“Écartez-vous!”
“Impossible! Que voulez-vous?” disent les soldats.
“Passer. Nous sommes des amis du Christ.”
Les chefs des prêtres se tournent:
“Qui ose se déclarer comme ami du rebelle?” disent les prêtres indignés.
Et Joseph, résolument:
“Moi, noble membre du Grand Conseil: Joseph d’Arimathie, l’Ancien, et j’ai avec moi Nicodème, chef des juifs.”
“Qui pactise avec le rebelle est un rebelle.”
“Et qui pactise avec les assassins est un assassin, Éléazar d’Hanne. J’ai vécu en juste. Et maintenant je suis âgé et près de mourir. Je ne veux pas devenir injuste alors que déjà le Ciel descend sur moi et avec Lui le Juge éternel.”
“Et toi, Nicodème! Je m’étonne!”
“Moi aussi, et d’une seule chose: qu’Israël soit tellement corrompu qu’il ne sait plus reconnaître Dieu.”
“Tu me dégoûtes.”