“Celui-ci.”
“Que viennent ses accusateurs”
Et il va s’asseoir sur un siège placé sur une estrade. Sur sa tête les insignes de Rome s’entrecroisent avec leurs aigles dorées et leur sigle puissant.
“Ils ne peuvent pas venir. Ils se contaminent.”
“Heu!!! Cela vaut mieux. Nous épargnerons des fleuves d’essences pour enlever l’odeur de bouc à l’endroit. Faites-les approcher au moins. Ici dessous, et faites attention qu’ils n’entrent pas puisqu’ils ne veulent pas le faire. Cet homme peut être un prétexte pour une sédition.”
Un soldat s’en va porter l’ordre du Procurateur romain. Les autres s’alignent sur le devant de l’atrium à des distances régulières, beaux comme neuf statues de héros.
604.22 – S’avancent les princes des prêtres, les scribes et les anciens et ils saluent avec des courbettes serviles et ils s’arrêtent sur la petite place qui est devant le Prétoire, au-delà des trois gradins du vestibule.
“Parlez et soyez brefs. Déjà vous êtes en faute pour avoir troublé la nuit et obtenu par la force l’ouverture des portes. Mais je contrôlerai. Et mandants et mandataires répondront de la désobéissance au décret.”
Pilate est allé vers eux, tout en restant dans le vestibule.
“Nous venons soumettre à Rome, dont tu représentes le divin empereur, notre jugement sur celui-ci.”
“Quelle accusation portez-vous contre Lui? Il me semble inoffensif…”
“Si ce n’était pas un malfaiteur, nous ne te l’aurions pas amené.”
Et dans leur désir violent d’accuser, ils s’avancent.
“Repoussez cette plèbe! Six pas au-delà des gradins de la place. Les deux centuries aux armes!”
Les soldats obéissent rapidement en s’alignant cent sur le gradin extérieur le plus haut, avec le dos tourné au vestibule, et cent sur la petite place sur laquelle s’ouvre le portail d’entrée à la demeure de Pilate. J’ai dit portail d’entrée: je devrais dire andrôn L'andrôn désigne dans l'architecture domestique grecque antique la partie de la maison réservée aux hommes. Elle consistait en une cour découverte, entourée de colonnades. ou arc de triomphe parce que c’est une très vaste ouverture bornée par une grille, maintenant grande ouverte, qui permet d’entrer dans l’atrium grâce au long couloir du vestibule large au moins de six mètres, de sorte que l’on voit bien ce qui arrive dans l’atrium surélevé.
Au-delà du vaste vestibule on voit les figures bestiales des juifs qui regardent menaçantes et sataniques vers l’intérieur, qui regardent au-delà de la barrière armée qui, coude à coude, comme pour une parade, présente deux cents pointes de lances aux lâches assassins.
“Quelle accusation portez-vous contre Lui? Je le répète.”
“Il a commis un crime contre la Loi des pères.”
“Et vous venez me déranger pour cela? Prenez-le, vous et jugez-le selon vos lois.”
“Nous ne pouvons pas mettre quelqu’un à mort. Nous ne sommes pas savants. Le Droit hébraïque n’est qu’un enfant déficient devant le Droit parfait de Rome. Comme ignorants et comme sujets de Rome, notre maîtresse, nous avons besoin…”
“Depuis quand êtes-vous miel et beurre?… Mais vous avez dit une vérité, ô maîtres du mensonge! Vous avez besoin de Rome! Oui. Pour vous débarrasser de Lui qui vous gène. J’ai compris.”
Et Pilate rit en regardant le ciel serein qui s’encadre comme un ruban rectangulaire de turquoise foncée entre les blancs murs de marbre de l’atrium.
“Dites: en quoi a-t-il commis un crime contre vos lois?”
“Nous avons trouvé qu’il mettait le désordre dans notre nation et qu’il empêchait de payer le tribut à César, en se disant le Christ, roi des juifs.”
604.23 – Pilate retourne près de Jésus, qui est au milieu de l’atrium, laissé là par les soldats lié mais sans escorte tant apparaît nettement sa douceur. Et il Lui demande: