Mais Judas avait Lucifer et Moi j’avais Lucifer. Lui dans le cœur, Moi à mon côté. Nous étions les deux principaux personnages de la tragédie, et Satan s’occupait personnellement de nous. Après avoir amené Judas au point de ne plus pouvoir revenir en arrière, il se tourna vers Moi.

Avec sa ruse parfaite, il me présenta les tortures de ma chair avec un réalisme insurpassable. Au désert aussi, il avait commencé par la chair. Je le vainquis en priant. Mon esprit domina la peur de la chair.

Il me présenta alors l’inutilité de ma mort Ce descriptif de Jésus rappelle les visions d'Anne-Catherine Emmerich telles qu'on peut les lire dans "La Douloureuse Passion de Jésus-Christ" (Éd. F.X. de Guibert, 2004, Chapitres 1 et 2, pages 7 à 25). L'hypersensibilité d'Anne-Catherine Emmerich, rend visible l'angoisse "jusqu'au sang" de Jésus devant la cruauté des tourments à endurer et leur inutilité pour une partie de l'humanité. Elle rend palpable les assauts de la Perversité qui attaque jusqu'au bien-fondé de la Vie Publique. Mel Gibson dans son film controversé ne s'y trompe pas : sa "Passion du Christ" , fortement inspirée par Anne-Catherine Emmerich, s'ouvre sur l'apparition lugubre, au Gethsémani, du Mal savourant son triomphe éphémère. , l’utilité de vivre pour Moi-même sans m’occuper des hommes ingrats. Vivre riche, heureux, aimé. Vivre pour ma Mère, pour ne pas la faire souffrir.

Vivre pour amener à Dieu, par un long apostolat tant d’hommes qui, une fois que je serais mort, m’auraient oublié; alors que si j’avais été Maître non pas pendant trois ans, mais pendant des lustres et des lustres, j’aurais fini par les pénétrer de ma doctrine. Ses anges m’auraient aidé à séduire les hommes. Est-ce que je ne voyais pas que les anges de Dieu n’intervenaient pas pour m’aider? Ensuite, Dieu m’aurait pardonné en voyant la moisson de croyants que je Lui aurais amenés. Dans le désert aussi il m’avait poussé à tenter Dieu par l’imprudence. Je le vainquis par la prière. Mon esprit domina la tentation morale.

603.7 – Il me présenta l’abandon de Dieu, Lui, le Père, ne m’aimait plus. J’étais chargé des péchés du monde. Je Lui faisais horreur. Il était absent, Il me laissait seul. Il m’abandonnait aux moqueries d’une foule féroce, et Il ne m’accordait même pas son divin réconfort.

Seul, seul, seul. À cette heure, il n’y avait que Satan près du Christ. Dieu et les hommes étaient absents parce qu’ils ne m’aimaient pas, Ils me haïssaient ou étaient indifférents. Je priais pour couvrir par mon oraison les paroles sataniques. Mais ma prière ne montait plus vers Dieu. Elle retombait sur Moi comme les pierres de la lapidation et m’écrasait sous sa masse. La prière qui pour Moi était toujours une caresse donnée au Père, une voix qui montait et à laquelle répondait la caresse et la parole paternelle, maintenant elle était morte, pesante, lancée en vain contre les Cieux fermés.

Alors j’ai senti l’amertume du fond du calice. La saveur du désespoir. C’était ce que voulait Satan. M’amener à désespérer pour faire de Moi son esclave. J’ai vaincu le désespoir et je l’ai vaincu par mes seules forces, parce que j’ai voulu le vaincre. Avec mes seules forces d’Homme. Je n’étais plus que l’Homme. Et je n’étais plus qu’un homme qui n’est plus aidé par Dieu. Quand Dieu aide, il est facile de soulever le monde lui-même et de le soutenir comme un jouet d’enfant. Mais quand Dieu n’aide plus, même le poids d’une fleur est une fatigue.

J’ai vaincu le désespoir et Satan son créateur pour servir Dieu et vous, en vous donnant la Vie. Mais j’ai connu la Mort. Non pas la mort physique du crucifié — elle fut moins atroce — mais la Mort totale, consciente, du lutteur qui tombe après avoir triomphé, le cœur brisé et le sang se répandant dans le trauma d’un effort au-dessus du possible. Et j’ai sué sang. J’ai sué du sang pour être fidèle à la volonté de Dieu.

603.8 – Voilà pourquoi l’ange de ma douleur m’a présenté l’espérance de tous ceux qui sont sauvés par mon sacrifice comme un remède à ma mort. Vos noms! Chacun a été pour Moi une goutte de remède infusé dans mes veines pour leur redonner tonus et fonctionnement, chacun a été pour Moi la vie qui revient, la lumière qui revient, la force qui revient. Dans les tortures inhumaines, pour ne pas crier ma douleur d’Homme, et pour ne pas désespérer de Dieu et dire qu’il était trop sévère et injuste envers sa Victime, je me suis répété vos noms, je vous ai vus. Je vous ai bénis depuis lors. Depuis lors, je vous ai porté dans mon cœur. Et quand pour vous est venue votre heure d’être sur la Terre, je me suis penché du Ciel pour accompagner votre venue, jubilant à la pensée qu’une nouvelle fleur d’amour était née dans le monde et qu’elle aurait vécu pour Moi.

Oh! mes bénis! Réconfort du Christ mourant! Ma Mère, le Disciple, les pieuses Femmes entouraient ma mort, mais vous aussi y étiez. Mes yeux mourants voyaient, en même temps que le visage déchiré de ma Mère, vos visages affectueux et ils se sont fermés ainsi, heureux de se fermer parce qu’ils vous avaient sauvés, ô vous qui méritez le Sacrifice d’un Dieu.”

Le mercredi 16 février 1944

Jésus dit:

603.9 – “Désormais tu as pris connaissance de toutes les douleurs qui ont précédé ma Passion proprement dite. Maintenant je vais te faire connaître les douleurs de ma Passion en acte. Ces douleurs qui frappent davantage votre esprit quand vous les méditez. Mais vous les méditez très peu, trop peu. Vous ne réfléchissez pas à ce que vous m’avez coûté et de quelle torture est fait votre salut.

Vous qui vous plaignez d’une écorchure, d’un coup contre un coin, d’un mal de tête, vous ne réfléchissez pas que Moi, je n’étais qu’une plaie, que ces plaies étaient envenimées par beaucoup de choses, que les choses elles-mêmes servaient à tourmenter leur Créateur parce qu’elles torturaient le Dieu-Fils déjà torturé, sans respect pour Celui qui, Père de la Création, les avait formées.

Mais les choses n’étaient pas coupables. C’était encore et toujours l’homme le coupable. Le coupable depuis le jour où il écouta Satan dans le Paradis terrestre. Elles n’avaient pas d’épines, de poison, de cruauté jusqu’à ce moment-là les choses de la Création pour l’homme créature choisie.

Dieu l’avait fait roi cet homme, fait à son image et à sa ressemblance et, dans son paternel amour, Il n’avait pas voulu que les choses puissent être un piège pour l’homme. Satan mit le piège. Dans le cœur de l’homme pour commencer, puis il produisit pour l’homme, avec la punition du péché, des ronces et des épines.

603.10 – Et voici que Moi, l’Homme, j’ai dû souffrir aussi pour les choses Cf. Romains 8, 21-22 : "La création a été soumise au pouvoir du néant, non pas de son plein gré, mais à cause de celui qui l'a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l'espérance d'être, elle aussi, libérée de l'esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu." et par les choses en plus que par les personnes. Ces dernières m’ont donné insultes et sévices; les choses en furent les armes.

La main que Dieu avait faite pour l’homme pour le distinguer des brutes, la main dont Dieu avait enseigné l’usage à l’homme, la main que Dieu avait mise en rapport avec l’esprit en lui donnant le pouvoir d’exécuter les commandements de l’esprit, cette partie de vous si parfaite et qui n’aurait dû avoir que des caresses pour le Fils de Dieu dont elle n’avait eu que des caresses et la guérison si elle était malade, se révolta contre le Fils de Dieu et elle le frappa de soufflets, de coups de poing, elle s’arma de fouets, se fit tenaille pour arracher les cheveux et la barbe, et marteau pour enfoncer les clous.

Les pieds de l’homme, qui auraient dû uniquement courir avec agilité pour adorer le Fils de Dieu, furent rapides pour venir me capturer, pour me pousser et me traîner par les chemins, vers mes bourreaux, et me frapper de coups de pied comme il n’est pas juste de le faire pour un mulet rétif.

La bouche de l’homme, qui aurait dû user de la parole, la parole qui n’a été donnée qu’à l’homme de tous les animaux créés, pour louer et bénir le Fils de Dieu, s’emplit de blasphèmes et de mensonges et les lança, en même temps que sa bave, contre ma personne.

L’esprit de l’homme, qui est la preuve de son origine céleste, s’est épuisé pour imaginer des tourments d’une rigueur raffinée.

603.11 – L’homme, l’homme tout entier, s’est servi de tout ce qui le constitue pour torturer le Fils de Dieu. Et il a appelé la terre, sous toutes ses formes, à l’aider dans la torture. Il a fait des pierres du torrent des projectiles pour me blesser, des branches des arbres des matraques pour me frapper, du chanvre tordu une corde pour me traîner en coupant la chair, des épines une couronne de feu qui piquait ma tête lasse, des minéraux un fouet exaspéré, du roseau un instrument de torture, des pierres du chemin un piège pour le pied vacillant de Celui qui montait, en mourant, pour mourir crucifié.

Et aux choses de la terre se joignaient les choses du ciel: le froid de l’aube pour mon corps déjà épuisé par l’agonie du Jardin, le vent qui exaspère les blessures, le soleil qui augmente la brûlure et la fièvre et amène les mouches et la poussière, qui éblouit les yeux fatigués que les mains prisonnières ne peuvent protéger.

Et aux choses du ciel se joignent les fibres données à l’homme pour couvrir sa nudité: le cuir qui devient un fouet, la laine du vêtement qui s’attache aux plaies ouvertes par les fouets et donne torture à chaque mouvement par frottement et déchirement.

603.12 – Tout, tout, tout a servi pour tourmenter le Fils de Dieu. Lui, par qui toutes les choses ont été créées, à l’heure où il était l’Hostie offerte à Dieu, eut contre Lui toutes les choses devenues hostiles. Il n’a pas reçu de soulagement d’aucune chose, Marie, ton Jésus. Comme des vipères devenues furieuses, tout ce qui existe s’est mis à mordre ma chair et à accroître ma souffrance.

Il faudrait bien y penser quand vous souffrez et, en comparant vos imperfections à ma perfection, et ma douleur à la vôtre, reconnaître que le Père vous aime, comme Il ne m’a pas aimé à cette heure-là, et l’aimer par conséquent de tout vous-mêmes, comme Moi je l’ai aimé malgré sa rigueur.”