603 – Réflexions sur l’agonie de Jésus à Gethsémani, et début des autres douleurs de la Passion

15 février 1944 / 16 février 1944

Dictée du mardi 15 février 1944

603.1 – Jésus dit:

“La souffrance de mon agonie spirituelle, tu l’as contemplée dans la soirée du Jeudi Cette vision est rapportée dans les "Cahiers de 1944" à la date du vendredi 11 février. Les visions avaient durées toute la journée et commencées sans doute dans la nuit de jeudi à vendredi. Il s'agit de l'agonie du Gethsémani. . Tu as vu ton Jésus s’affaisser comme un homme frappé mortellement qui sent fuir sa vie à travers les blessures qui lui font perdre son sang, ou comme une créature dominée par un traumatisme psychique au-dessus de ses forces. Tu as vu la croissance de ce trauma qui a atteint son point extrême dans l’effusion du sang, provoquée par le déséquilibre circulatoire que produisait l’effort de me vaincre et de résister au poids qui s’était abattu sur Moi.

J’étais, je suis le Fils du Dieu Très-Haut, mais j’étais aussi le Fils de l’homme. Je veux que, de ces pages, se dégage nettement cette double nature pareillement totale et parfaite.

De ma Divinité, fait foi ma parole qui a des accents que seul un Dieu peut avoir. De mon Humanité, les besoins, les passions, les souffrances que je vous présente et que je souffris dans ma chair d’Homme véritable, et que je vous propose comme modèle de votre humanité, de même que je vous instruis l’esprit par ma doctrine de vrai Dieu.

Au cours des siècles, aussi bien ma très sainte Divinité que ma très parfaite Humanité, par l’action de désagrégation de “votre” humanité imparfaite, ont été diminuées, déformées dans leur présentation. Vous avez rendue irréelle mon Humanité, vous l’avez rendue inhumaine comme vous avez rendue petite ma figure divine, en la niant sur tant de points que vous ne vouliez pas reconnaître ou que vous ne pouviez plus reconnaître avec vos esprits diminués par les corruptions du vice et de l’athéisme, de l’humanisme, du rationalisme.

603.2 – Je viens, en cette heure tragique La seconde guerre mondiale. Elle prenait en Italie un tour tragique avec les bombardements accrus et la chute du régime fasciste. Sur tous les lieux de conflits la guerre était à son paroxysme et amorçait son tournant définitif. , prodrome Prodrome : signe avant-coureur. de malheurs universels, je viens rafraîchir dans vos esprits ma double figure de Dieu et d’Homme, pour que vous la connaissiez telle qu’elle est, pour que vous la reconnaissiez après tant d’obscurantisme dont vous l’avez couverte pour vos esprits, pour que vous l’aimiez et reveniez à elle et que vous vous sauviez par son intermédiaire. C’est la figure de votre Sauveur, et celui qui la connaîtra et l’aimera sera sauvé.

Ces jours-ci, je t’ai fait connaître mes souffrances physiques. Elles ont torturé mon Humanité. Je t’ai fait connaître mes souffrances morales liées, entrelacées, fondues avec celles de ma Mère comme le sont les lianes inextricables des forêts équatoriales, que l’on ne peut séparer pour en couper une seule mais que l’on doit briser d’un seul coup de hache pour s’ouvrir un passage, en les coupant toutes ensemble; ou encore comme sont les veines du corps dont on ne peut priver une seule de sang parce qu’un seul liquide les emplit; comme, c’est encore mieux, comme on ne peut empêcher que pour l’enfant qui se forme dans le sein de la mère qu’entre la mort si la mère meurt, car c’est la vie, la chaleur, la nourriture, le sang de la mère qui, par un rythme accordé avec le mouvement du cœur maternel, pénètre, à travers les membranes internes, jusqu’à l’enfant qui doit naître pour faire de lui un être vivant.

Elle, oh! elle, la Mère pure m’a porté non seulement les neufs mois pendant lesquels une femme porte le fruit de l’homme, mais pendant toute sa vie. Nos cœurs étaient unis par des fibres spirituelles et ont palpité ensemble toujours, et il n’y avait pas une larme maternelle qui tombât sans humecter mon cœur de son sel, et il n’y avait pas une seule de mes plaintes intérieures qui ne résonnât en elle pour éveiller sa douleur.

Vous souffrez de voir la mère d’un enfant destiné à mourir par suite d’une maladie incurable, la mère de quelqu’un condamné au dernier supplice par la rigueur de la justice humaine. Mais pensez donc à ma Mère! Dès le moment où elle m’a conçu, elle a tremblé à l’idée que j’étais le Condamné Voir à ce propos la catéchèse du 7 septembre 1943.

Lorsqu’elle m’a donné le premier baiser sur ma peau douce et rose de nouveau-né, elle a senti les plaies futures de son Enfant… Cette Mère qui aurait donné dix, cent, mille fois sa vie pour m’empêcher de devenir Homme et d’arriver au moment de l’Immolation. Cette Mère qui savait et qui devait désirer cette heure terrible pour accepter la volonté du Seigneur, pour la gloire du Seigneur, par bonté envers l’Humanité. Non, il n’y a pas eu d’agonie plus longue, et qui ait pris fin en une douleur plus grande, que celle de ma Mère.

603.3 – Et il n’y a pas eu une douleur plus grande, plus complète que la mienne. J’étais Un avec le Père. Il m’avait de toute éternité aimé comme Dieu seul peut aimer. Il s’était complu en Moi et avait trouvé en Moi sa divine joie. Et Moi, je l’avais aimé comme seul un Dieu peut aimer et j’avais trouvé dans l’union avec Lui ma joie divine. Les ineffables rapports qui lient ab aeterno (éternellement) le Père avec son Fils ne peuvent vous être expliqués même par ma Parole, car si elle est parfaite votre intelligence ne l’est pas et vous ne pouvez comprendre et connaître ce qu’est Dieu tant que vous n’êtes pas avec Lui dans le Ciel.

Eh bien, je sentais, comme l’eau qui monte et fait pression contre une digue, croître, heure par heure, la rigueur de mon Père envers Moi. En témoignage contre les hommes-brutes, qui ne voulaient pas comprendre qui j’étais, Il avait, durant le temps de ma vie publique, ouvert par trois fois le Ciel: au Jourdain, au Thabor et à Jérusalem la veille de la Passion. Mais Il l’avait fait pour les hommes, non pour me donner un soulagement à Moi. J’étais, désormais, l’Expiateur.

Souvent, Maria, Dieu fait connaître aux hommes un de ses serviteurs pour les secouer et les entraîner, par son intermédiaire, vers Lui, mais cela arrive aussi à travers la douleur de ce serviteur. C’est lui-même qui paie personnellement, en mangeant le pain amer de la rigueur de Dieu, les réconforts et le salut de ses frères. N’est-ce pas? Les victimes d’expiation connaissent la rigueur de Dieu. Ensuite vient la gloire, mais après que la Justice est apaisée. Ce n’est pas comme pour mon amour qui, à ses victimes, donne ses baisers.

Je suis Jésus, je suis le Rédempteur, Celui qui a souffert et sait, par expérience personnelle, ce que c’est que la douleur d’être regardé avec sévérité par Dieu et d’être abandonné par Lui, et je ne suis jamais sévère, et je n’abandonne jamais. Je consume pareillement, mais dans un incendie d’amour.

603.4 – Plus l’heure de l’expiation approchait, plus je sentais le Père s’éloigner. Toujours plus séparé du Père, mon Humanité se sentait moins soutenue par la Divinité de Dieu. Et j’en souffrais de toutes les manières. La séparation d’avec Dieu amène avec elle la peur, elle amène avec elle l’attachement à la vie, elle amène avec elle la langueur, la lassitude, l’ennui. Plus elle est profonde et plus fortes sont ses conséquences. Quand elle est totale, elle amène au désespoir. Et plus celui qui, par suite d’un décret de Dieu, l’éprouve sans l’avoir méritée, plus il en souffre parce que l’esprit vivant sent la séparation d’avec Dieu comme une chair vivante sent l’amputation d’un membre. C’est un étonnement douloureux, accablant, que ne comprend pas celui qui ne l’a pas éprouvé.

Je l’ai éprouvé. J’ai dû tout connaître pour pouvoir plaider sur tout sujet auprès du Père en votre faveur. Même vos désespoirs. Oh! Je l’ai éprouvé ce que veut dire: “Je suis seul. Tous m’ont trahi, abandonné. Même le Père, même Dieu ne m’aide plus Cf. le Psaume 21 (hébreu 22) que Jésus prie sur la Croix : Eli ! Eli ! Lama sabachthani …

Et c’est pour cela que j’opère des prodiges mystérieux de grâce chez les pauvres cœurs que le désespoir accable et que je demande à mes privilégiés Les âmes-victimes comme Maria Valtorta. de boire mon calice si amer à l’expérience, pour que ceux, qui font naufrage dans la mer du désespoir, ne refusent pas la croix que je leur offre comme ancre de salut, mais qu’ils s’y accrochent et que je puisse les amener à la rive bienheureuse où ne vit que la paix.

603.5 – Dans la soirée du Jeudi, Moi seul sais si j’aurais eu besoin du Père! J’étais un esprit déjà à l’agonie à cause de l’effort d’avoir dû surmonter les deux plus grandes douleurs d’un homme: l’adieu à une Mère très aimée, le voisinage de l’ami infidèle. C’étaient deux plaies qui me brûlaient le cœur: l’une par ses larmes, l’autre par sa haine.

J’avais dû rompre mon pain avec mon Caïn. J’avais dû lui parler en ami pour ne pas le dénoncer aux autres dont je pouvais redouter la violence, et pour empêcher un crime, inutile d’ailleurs, puisque tout était déjà marqué dans le grand livre de la vie: et ma Mort sainte et le suicide de Judas. Inutiles, d’autres morts réprouvées par Dieu. Aucun autre sang que le mien ne devait être répandu, et ne fut pas répandu. La corde étrangla cette vie en renfermant dans le sac immonde du corps du traître son sang impur vendu à Satan, ce sang qui ne devait pas se mélanger, en tombant sur la Terre, au sang très pur de l’Innocent.

Elles auraient bien suffi ces deux plaies pour faire de Moi un agonisant dans mon Moi. Mais j’étais l’Expiateur, la Victime, l’Agneau. L’Agneau, avant d’être immolé, connaît la marque au fer rouge, il connaît les coups, il connaît le dépouillement, il connaît la vente au boucher. Ce n’est qu’à la fin qu’il connaît le froid du couteau qui pénètre dans la gorge et saigne et tue. Auparavant il doit tout quitter: le pâturage où il a grandi, la mère au sein de laquelle il s’est nourri et réchauffé, les compagnons avec lesquels il a vécu. Tout. Moi j’ai tout connu: Moi, Agneau de Dieu.

603.6 – Satan est donc venu alors que le Père se retirait dans les Cieux. Il était déjà venu au commencement de ma mission pour essayer de m’en détourner Jésus tenté au désert. . Maintenant il revenait. C’était son heure. L’heure du sabbat satanique.

Des foules et des foules de démons étaient cette nuit-là sur la Terre pour mener à terme la séduction dans les cœurs et les disposer à vouloir le lendemain le meurtre du Christ. Chaque sanhédriste avait le sien, Hérode le sien, Pilate le sien, et le sien chacun des juifs qui aurait appelé mon Sang sur lui. Les apôtres aussi avaient près d’eux leur tentateur qui les assoupissait pendant que je languissais, qui les préparait à la lâcheté. Remarque le pouvoir de la pureté. Jean, le pur, fut le premier de tous à se libérer de la griffe démoniaque et revint tout de suite vers son Jésus et comprit son désir inexprimé et m’amena Marie.