“Personne. C’est Moi qui t’appelle.”

“C’est le matin?”

“Non. La seconde veille est à peu près terminée. La nuit, de 18h00 à 6h00, est divisée en trois veilles. Il est donc environ 2h00 du matin.

Pierre est tout engourdi, Jésus secoue Jean qui pousse un cri de terreur en voyant penché sur lui un visage de fantôme tant il semble de marbre.

“Oh!… tu me paraissais mort!”

Il secoue Jacques et celui-ci croit que c’est son frère qui l’appelle et il dit:

“Ils ont pris le Maître?”

“Pas encore, Jacques” répond Jésus. “Mais levez-vous maintenant et allons. Celui qui me trahit est proche.”

Les trois, encore étourdis, se lèvent. Ils regardent autour… Oliviers, lune, rossignols, brise, la paix… Rien d’autre. Cependant ils suivent Jésus sans parler. Les huit aussi sont plus ou moins endormis auprès du feu éteint.

“Levez-vous!” tonne Jésus. “Pendant que Satan arrive, montrez à celui qui ne dort jamais et à ses fils que les fils de Dieu ne dorment pas!”

“Oui, Maître.”

“Où est-il, Maître?”

“Jésus, moi…”

“Mais qu’est-il arrivé?”

Et au milieu des questions et des réponses confuses, ils remettent leurs manteaux…

602.20 – À peine à temps pour apparaître en ordre à la troupe de sbires, commandée par Judas, qui fait irruption dans la petite place tranquille en l’éclairant violemment avec une foule de torches allumées. C’est une horde de bandits déguisés en soldats, des figures de galériens que déforme un sourire démoniaque. Il y a aussi quelques zélateurs du Temple.

Les apôtres sautent tous dans un coin. Pierre devant, et les autres en groupe derrière. Jésus reste où il est.

Judas s’approche soutenant le regard de Jésus, redevenu le regard étincelant de ses jours les meilleurs. Et il n’abaisse pas son visage. Au contraire il s’approche avec un sourire de hyène et le baise sur la joue droite.

“Ami, et qu’es-tu venu faire? C’est par un baiser que tu me trahis?”

Judas baisse un instant la tête, puis la relève… insensible au reproche comme à toute invitation au repentir.

Jésus, après les premières paroles dites avec la majesté de Maître, prend le ton affligé de qui se résigne à un malheur.

602.21 – Les sbires, en criant, s’avancent avec des cordes et des bâtons et cherchent à s’emparer des apôtres en plus du Christ, sauf de Judas Iscariote, naturellement.

“Qui cherchez-vous?” demande Jésus calme et solennel.

“Jésus, le Nazaréen.”

“C’est Moi!” Sa voix est un tonnerre. Devant le monde assassin et à celui innocent, devant la nature et les étoiles, Jésus se rend ce témoignage ouvert, loyal, plein d’assurance. Je dirais qu’il est heureux de pouvoir se le donner.

Mais s’il avait dégagé la foudre, il n’aurait pu faire davantage. Tous s’abattent comme une gerbe d’épis fauchés. Ne restent debout que Judas, Jésus et les apôtres qui reprennent courage au spectacle des soldats abattus, si bien qu’ils s’approchent de Jésus en menaçant si explicitement Judas que celui-ci fait un saut juste à temps pour éviter un coup de maître de l’épée de Simon. Poursuivi sans résultat à coups de pierres et de bâtons que lui lancent par derrière les apôtres qui ne sont pas armés d’épées, il s’enfuit au-delà du Cédron et disparaît dans l’obscurité d’une ruelle.

“Levez-vous. Qui cherchez-vous? Je vous le demande de nouveau.”

“Jésus, le Nazaréen.”

“Je vous ai dit que c’est Moi” dit Jésus avec douceur. Oui: avec douceur. “Laissez donc libres ces autres. Je viens. Déposez les épées et les bâtons. Je ne suis pas un larron. J’étais toujours parmi vous. Pourquoi ne m’avez-vous pas pris alors? Mais c’est votre heure et celle de Satan…”

602.22 – Mais pendant qu’il parle, Pierre s’approche de l’homme qui déjà tend les cordes pour lier Jésus, et il donne un coup d’épée maladroit. S’il s’était servi de la pointe, il l’égorgeait comme un mouton.

Ainsi il ne fait que lui décoller l’oreille qui reste pendante et laisse couler beaucoup de sang. L’homme crie qu’il est mort. Il y a du désordre entre ceux qui veulent avancer et ceux qui ont peur à la vue des épées et des poignards qui brillent.

“Déposez ces armes. Je vous le commande. Si je voulais, j’aurais les anges du Père pour me défendre. Et toi, sois guéri. Dans ton âme, si tu peux, pour commencer.” Et avant de tendre les mains aux cordes, il touche l’oreille et la guérit.

Les apôtres poussent des cris désordonnés… Oui. Je regrette de le dire, mais c’est ainsi. L’un crie une chose, l’autre tout l’inverse. L’un crie: “Tu nous as trahis!” et un autre: “Mais il est fou!” et un autre encore: “Et qui peut te croire?”

Et ceux qui ne crient pas, s’enfuient.

Jésus reste seul… Seul avec les sbires… Et le chemin commence…