Comparatif des différentes voyantes

Marie d’Agréda (1602-1665) “La Cité mystique de Dieu” – Livre 6, Chapitre 7.

L’entrée triomphale de Jésus. Jésus n’est pas reconnu par tous. Adoration universelle du Sauveur. Victoire sur les démons et seconde expulsion des marchands du Temple. Marie suivait en pensée l’entrée triomphale.

§ 1121 – L’entrée triomphale de Jésus. Lorsque fut arrivé le jour qui répond au dimanche des Rameaux, le Sauveur s’approcha de Jérusalem avec ses disciples, accompagné d’une grande multitude d’anges qui bénissaient la charité si tendre qu’il manifestait envers les hommes, et son zèle si ardent pour leur salut éternel. Et, ayant marché environ deux lieues, il ne fut pas plutôt arrivé à Bethphagé, qu’il envoya, deux de ses disciples chez un homme de considération dont la maison n’était pas éloignée Matthieu 21, 1. , et avec son agrément ils amenèrent à leur Maître une ânesse et son poulain, que, personne n’avait encore monté.

Et, après que les disciples les eurent couverts de leurs manteaux, le Sauveur prit le chemin de Jérusalem et se servit dans ce triomphe de l’ânesse et de l’ânon, ainsi que l’avaient prédit les prophètes Isaïe et Zacharie plusieurs siècles auparavant Isaïe 62, 11 – Zacharie 9, 9. , afin que les prêtres et les docteurs de. la loi ne puissent prétexter leur ignorance. Les quatre, évangélistes ont aussi décrit ce triomphe merveilleux de Jésus-Christ et racontent ce que virent ceux qui y assistèrent Matthieu 21, 1 – Marc 11, 8 – Luc 19, 36 - Jean 12, 18. . Pendant que le Rédempteur s’avançait, les disciples et tout le peuple avec eux, le reconnaissaient par leurs acclamations pour le Messie, pour le fils de David, le Sauveur du monde et le véritable Roi. Les uns disaient: “La paix soit dans le ciel et la gloire dans les lieux les plus hauts; béni soit le Roi qui vient au nom du Seigneur”; les autres disaient: “Hosanna, Fili David! Sauvez-nous, Fils de David; béni soit le règne de notre père David, qui est déjà arrivé”. Tous. coupaient des palmes et des branches d’arbres en signe de triomphe et d’allégresse, et les répandaient en étendant leurs manteaux sur le chemin par où devait passer le nouveau triomphateur des armées, notre Seigneur Jésus-Christ.

§ 1122 – Jésus n’est pas reconnu par tous.

Toutes ces marques de culte et d’admiration, toutes ces acclamations que les hommes donnaient au Verbe incarné prouvaient le pouvoir de sa Divinité, d’autant plus que c’était le moment auquel les prêtres et les pharisiens l’attendaient dans cette même ville pour le faire mourir. Car s’ils n’eussent été mus et excités intérieurement par la vertu divine qui éclatait dans les miracles qu’il avait faits, il n’eût pas été possible que tant de gens réunis, dont beaucoup étaient idolâtres et les autres ses ennemis déclarés, l’eussent publiquement reconnu pour le véritable Roi, pour le Sauveur et le Messie, et se fussent soumis à un homme pauvre, humble et persécuté, qui venait sans pompe guerrière, sans armes, sans escorte, sans richesses, sans chars de triomphe ni chevaux superbes. En apparence, tout lui manquait; il entrait sur un petit ânon; il paraissait n’avoir rien que de méprisable dans l’opinion d’un monde plein de vanité; son air, toujours grave, serein, majestueux, répondait seul à sa dignité cachée, mais tout le reste était contraire à ce que le monde estime et applaudit. Ainsi l’on découvrait par ses effets la puissance divine, qui mouvait par sa force les cœurs des hommes et les contraignait à se soumettre à leur Créateur et Restaurateur.

§ 1123 – Adoration universelle du Sauveur.

Mais, outre le mouvement universel que l’on remarqua dans Jérusalem à cause de la divine lumière dont le Seigneur éclaira l’esprit de tous ses habitants, afin qu’ils reconnussent notre Sauveur, ce triomphe s’étendit sur toutes les créatures, ou sur plusieurs plus capables de raison, pour accomplir ce que le Père éternel avait promis à son Fils, comme on l’a vu plus haut.

Car, tandis que notre Sauveur Jésus-Christ faisait son entrée dans Jérusalem, l’ange saint Michel fut envoyé aux limbes pour donner connaissance de ce mystère aux saints, aux patriarches et aux prophètes qui s’y trouvaient; ils eurent tous en même temps une vision particulière de cette entrée et de ses circonstances, de sorte que du fond de leur retraite ils adorèrent notre divin maître, le reconnurent pour le véritable Dieu et le Rédempteur du monde, et lui firent de nouveaux cantiques de gloire et de louanges pour son triomphe admirable sur la mort, sur le péché et sur l’enfer. Le pouvoir divin s’étendit aussi sur les cœurs de beaucoup d’autres personnes qu’il toucha dans l’univers entier. Ainsi ceux qui avaient quelque connaissance de Jésus-Christ, non-seulement dans la Palestine et dans les lieux circonvoisins, mais en Égypte et en d’autres royaumes, se sentirent poussés à adorer en esprit le Rédempteur en cette heure solennelle, comme ils le firent avec une joie singulière que leur causa l’influence de la divine lumière qu’ils reçurent à cet effet, quoiqu’ils ne comprissent bien ni le principe ni le but de l’impulsion à laquelle ils obéissaient. Elle ne leur fut pourtant pas inutile, car elle les fit singulièrement avancer dans la foi et dans la pratique des bonnes œuvres. Et, afin que le triomphe que notre Sauveur remportait dans cette occasion sur la mort fût plus glorieux, le Très-Haut ne permit pas qu’elle eût en ce jour le moindre droit sur la vie d’aucun des mortels; il ne mourut donc personne dans le monde ce jour-là, quoique bien des gens fussent naturellement morts, si le Tout-puissant ne l’eût empêché, afin que le triomphe de Jésus-Christ fût tout à fait prodigieux.

§ 1124 – Victoire sur les démons et seconde expulsion des marchands du Temple.

Cette victoire que le Sauveur remporta sur la mort fut suivie de celle qu’il remporta sur l’enfer; et celle-ci fut beaucoup plus glorieuse, quoiqu’elle fût plus cachée. Car dans le même temps que les hommes commencèrent à invoquer notre divin Maître et à le reconnaître pour le Sauveur et pour le Roi qui venait au nom du Seigneur, les démons sentirent le pouvoir de sa droite qui les chassa du monde tous tant qu’ils étaient, et les précipita dans les profonds cachots de l’enfer, de sorte que durant le peu de temps que Jésus-Christ continua encore sa marche, il ne resta aucun esprit malin sur la terre: tous roulèrent dans les abîmes, aussi pleins de terreur que de rage. Dès lors ils craignirent plus qu’ils n’avaient encore fait, que le Messie ne se trouvât dans le monde, et se communiquèrent le sujet de cette crainte, comme je le dirai dans le chapitre suivant. Le triomphe du Sauveur dura jusqu’à ce qu’il fût entré dans Jérusalem, et les saints anges qui l’accompagnaient adressèrent à sa divinité, dans un concert d’harmonie ineffable, de nouvelles hymnes de louanges. En entrant dans la ville au milieu des applaudissements de tous ses habitants, il descendit de l’ânon, et dirigea ses pas du côté du Temple, où il opéra les merveilles que les évangélistes racontent, et qui excitèrent une admiration universelle. Il renversa les tables de ceux qui vendaient et achetaient dans le Temple, témoignant le zèle qu’il avait pour l’honneur de la maison de son Père, et en chassa ceux qui en faisaient une maison de négoce et une caverne de voleurs Matthieu 21, 12 – Luc 19, 45. .

Mais aussitôt que le triomphe fut achevé, la droite du Seigneur suspendit l’influence qu’elle avait fait sentir aux cœurs des habitants de cette ville. Les justes en profitèrent en restant justifiés ou en devenant meilleurs; les autres reprirent leurs vices et leurs mauvaises habitudes, parce qu’ils n’usèrent pas de la lumière et des inspirations que la bonté divine leur envoya. Et parmi tant de personnes qui avaient reconnu publiquement notre Seigneur Jésus-Christ pour le roi de Jérusalem, il n’y en eut pas une seule qui s’offrît à le loger, et qui le reçût dans sa maison Marc 11, 11. .

§ 1125 – Marie suivait en pensée l’entrée triomphale.

Le Sauveur demeura dans le Temple, où il instruisit le peuple jusqu’au soir. Et pour attester le respect que l’on devait avoir pour ce saint lieu, pour cette maison de prière, il ne voulut pas permettre qu’on lui apportât même un vase d’eau pour boire; et sans avoir pris ce rafraîchissement ni aucune nourriture, il s’en retourna ce même soir à Béthanie, d’où il était parti, et continua ensuite de se rendre les jours suivants à Jérusalem jusqu’à sa Passion Matthieu 21, 17-18. . La bienheureuse Vierge passa ce jour-là à Béthanie retirée dans sa solitude, d’où elle voyait par une vision particulière tout ce qui arrivait dans le triomphe admirable de son Fils et de son Maître.

Elle vit ce que les anges faisaient dans le ciel, ce que les hommes faisaient sur la terre, ce qu’éprouvaient les démons dans l’enfer, et comment en toutes ces merveilles le Père éternel accomplissait les promesses qu’il avait faites à son Fils incarné et lui donnait l’empire sur tous ses ennemis. Elle vit aussi tout ce que notre Sauveur fit dans ce triomphe et dans le Temple. Elle entendit cette voix du Père qui vint du ciel d’une manière intelligible pour tous les assistants, et qui, répondant à notre Seigneur Jésus-Christ, lui dit: “Je vous ai glorifié, et je vous glorifierai de nouveau” Jean 12, 28. . Ces paroles faisaient connaître qu’outre la gloire et le triomphe que le Père avait donnés ce même jour au Verbe incarné, il le glorifierait de nouveau et l’exalterait après sa mort: car les paroles du Père éternel renferment tout cela; et c’est ce que l’auguste Marie entendit et pénétra avec une joie inexprimable.

Anne-Catherine Emmerich (1774–1824) “Visions” – Tome 3 – Vie publique de Notre Seigneur, Troisième année - Chapitre 58: Entrée triomphante du Rédempteur à Jérusalem.

L’ânesse et l’ânon. Enseignement sur la prudence. Le cortège. Jérusalem pavoise. Les pierres crieront. La foule en liesse. Seconde expulsion des marchands du Temple.

L’ânesse et l’ânon. Le lendemain, de bonne heure, Jésus fit venir Erémenzear et Silas, et leur enjoignit d’aller à Jérusalem, non par la grande route, mais par un chemin détourné, qui passait par Bethphagé au travers des jardins et des champs. Ils devaient frayer la route et ouvrir les barrières qui empêchaient le passage. Près d’une hôtellerie, en avant de Bethphagé, ils trouveraient, dans une prairie, une ânesse avec son ânon. Ils devaient délier l’ânesse, et, si quelqu’un leur disait quelque chose, répondre que telle était la volonté du Seigneur. Ensuite ils fraieraient le chemin jusqu’au Temple, et reviendraient aussitôt à Bethphagé.

Les deux disciples partirent sur-le-champ; ils firent des trouées dans les haies, et ôtèrent du chemin tout ce qui faisait obstacle. Les ânes appartenaient à des gens qui étaient allés au Temple, et les avaient laissés là. Les disciples attachèrent l’ânesse: l’ânon resta libre. Je les vis ensuite arriver au Temple. Les marchands de comestibles que le Seigneur en avait chassés dernièrement s’y étaient de nouveau installés La veille. . Les disciples se rendirent auprès d’eux et leur ordonnèrent de se retirer, parce que le Seigneur allait faire son entrée. Lorsqu’ils eurent pris toutes ces dispositions, ils retournèrent à Bethphagé par la grande route, en passant de l’autre côté de la montagne des Oliviers.

Enseignement sur la prudence.

Jésus, avant divisé les disciples en deux troupes, envoya d’avance à Jérusalem, par le grand chemin, les plus anciens, qui étaient d’ordinaire avec les apôtres. Ils devaient aller par petits groupes et se rendre chez Marie mère de Marc, chez Véronique, Nicodème, les fils de Siméon et d’autres amis de Jésus, pour leur annoncer l’entrée du Seigneur. Jésus prit avec lui les apôtres et les plus jeunes disciples; les sept femmes, ayant Marie à leur tête, suivirent à quelque distance. Il y avait sur le chemin, près d’une maison de plaisance, un jardin planté de beaucoup d’arbres; Jésus s’y arrêta, et envoya deux de ses disciples jusqu’à Bethphagé pour chercher l’ânesse, et dire que le Seigneur en avait besoin.

Jésus s’arrêta là assez longtemps. Il y avait autour de lui une foule de gens qui écoutaient son instruction. La salle où il parlait, debout sur une estrade, était ornée de verdure et de guirlandes de fleurs, et on avait suspendu au plafond un dais de feuillage fort élégant. La salle était soutenue par des colonnes lisses, entre lesquelles je vis les saintes femmes l’écouter. La cour qui précédait la maison était pleine de disciples et d’autres personnes. Jésus enseigna les disciples sur la prévoyance et sur la nécessité d’agir avec discernement, car ils lui avaient demandé pourquoi il avait pris le chemin détourné. Il répondit que c’était pour éviter un danger inutile, ajoutant qu’il fallait prendre toutes ses précautions, et ne pas tout laisser au hasard: c’était aussi pour cela qu’il avait fait d’avance attaché l’ânesse dans cet endroit.

Le cortège.