Cependant, les deux disciples envoyés a Bethphagé avaient délié l’ânesse, et attendaient, entourés de beaucoup de monde, l’arrivée du seigneur et de sa suite. Alors Jésus régla l’ordonnance du cortège. Il dit aux apôtres que, dès ce moment, comme après sa mort, ils devaient être partout à la tête des fidèles; puis il les fit marcher devant lui deux à deux. Pierre était le premier; après lui venaient ceux qui plus tard annoncèrent l’Évangile aux contrées les plus lointaines. Jean et Jacques le Mineur précédaient immédiatement Jésus.
Quand les deux disciples qui attendaient à Bethphagé virent le cortège de Jésus approcher, ils allèrent au-devant de lui avec les deux animaux. Les disciples mirent sur le dos de l’ânesse les manteaux et les couvertures qu’ils avaient apportés de chez Lazare. Ensuite, le Seigneur revêtit une robe de fête, que portait l’un de ses disciples; elle était de fine laine blanche et avait par-derrière une espèce de queue: il mit aussi une large ceinture, sur laquelle il y avait des lettres, et se passa autour du cou une étole qui lui descendait jusqu’aux genoux, et aux extrémités de laquelle était brodée, en couleur brune, quelque chose qui ressemblait à deux écussons. Les deux disciples, placés des deux côtés de l’ânesse, aidèrent le Seigneur à monter. L’animal n’avait pas de bride; sa tête était découverte; il avait autour du cou une bande d’étole assez étroite, qui pendait en avant. Je ne saurais dire si Jésus monta sur l’ânesse ou sur l’ânon, car tous deux étaient de même taille: quoi qu’il en soit, l’un des deux animaux marchait librement à côté de l’autre Note de l'éditeur : Celui des deux animaux qui portait Jésus représentait la loi. .
Les apôtres et les disciples avaient à la main des rameaux de palmiers, cueillis dans le jardin qu’ils venaient de quitter. Éliad marchait de l’un des côtés du Seigneur, Silas de l’autre, Erémenzear derrière lui; puis venaient tous les nouveaux disciples. Dès que le cortège se fut mis en marche, les femmes s’y joignirent deux par deux, ayant à leur tête la sainte Vierge, qui d’ordinaire se tenait en arrière, et se regardait comme la dernière de toutes. Ils entonnèrent aussitôt des cantiques, et les gens de Bethphagé les suivirent en foule Dans le temps même où l'on introduisit à Jérusalem les agneaux pour la Pâque, Notre-Seigneur voulut y faire son entrée solennelle, afin de nous apprendre qu'il était la grande victime attendue dès l'origine du monde et préparée par toute la loi ancienne. L'ordonnance de son cortège rappelle manifestement sa marche triomphale à travers les nations. Ce sont les apôtres qui le précèdent et lui ouvrent, par leur ministère, l'entrée des cœurs. Puis à vient lui-même en personne apporter la lumière, l'amour et la paix, suivi de la Vierge des vierges et de tout le cortège des âmes fidèles qu'il s'est acquises. .
Jérusalem pavoise.
Cependant à Jérusalem ces marchands et ces gens, qu’Érémenzear et Silas avaient pressés d’évacuer le Temple, parce que le Seigneur y voulait faire son entrée, s’étaient mis tout joyeux à décorer le chemin: ils enlevèrent le pavé et plantèrent des arbres dont les cimes attachées ensemble formaient des arcades, et auxquels pendaient des fruits jaunes ressemblant à de grosses pommes. Les disciples qui étaient allés, le matin même, à Jérusalem, prévenir les amis de Jésus, une foule nombreuse d’étrangers venus à Jérusalem pour la fête (tous les chemins étaient couverts de voyageurs, enfin beaucoup de Juifs qui avaient entendu le dernier discours de Jésus, se portèrent en masse du côté de la ville où il devait entrer. Il y avait là aussi des gens de contrées lointaines, qui avaient appris la résurrection de Lazare, et qui désiraient voir le Sauveur.
Lorsqu’en venant de Bethphagé on arrivait sur le mont des Oliviers, on voyait, entre les hauteurs qui bordaient le chemin, le Temple s’élever en face de soi. Le chemin qui conduisait de là à Jérusalem passait au milieu de plantations et de jardins, et était fort agréable.
Les pierres crieront.
Les apôtres et les disciples qui accompagnaient jésus chantaient et poussaient des cris d’allégresse, tandis que le peuple, venant de la ville, se pressait en foule au-devant de lui. Cependant, plusieurs vieux prêtres en habits sacerdotaux barrèrent le chemin aux apôtres, qui furent intimidés et n’osèrent rien dire: ils accusèrent en même temps jésus de ne pas contenir ses partisans dans l’ordre, et lui demandèrent pourquoi il ne leur interdisait pas tout ce bruit. Jésus leur répondit que si ces derniers gardaient le silence, les pierres du chemin elles-mêmes crieraient. Sur quoi ils se retirèrent.
De leur côté, les princes des prêtres tinrent conseil; ils mandèrent devant eux les maris et les parents dont les femmes et les enfants étaient sortis de Jérusalem pour aller au-devant de Jésus, les firent enfermer dans la grande cour du tribunal, et envoyèrent des gens pour espionner.
La foule en liesse.
Cependant le peuple coupait des branches d’arbres et en jonchait le chemin; on se dépouillait de ses manteaux, qu’on étendait par terre; on chantait, on poussait des cris de joie. Les enfants avaient quitté les écoles malgré leurs maîtres, et joignaient leurs acclamations à celles de la multitude. Véronique en avait deux auprès d’elle; elle jeta son voile, et ôta à l’un des enfants une partie de ses vêtements, qu’elle étendit sur le chemin. Elle se joignit aux saintes femmes qui fermaient la marche. Le chemin était tellement couvert de branches d’arbres et de vêtements, que le cortège ne cessa de marcher comme sur un tapis moelleux, sous les guirlandes de verdure qu’on avait suspendues entre les maisons. Jésus avait dit aux disciples de faire attention à ceux qui étendraient leurs vêtements devant lui, qui y jetteraient des branches d’arbres ou qui feraient l’une et l’autre chose. Les derniers étaient ceux qui sacrifieraient, non seulement leurs biens, mais leurs personnes mêmes à son service.
Jésus pleure sur la ville.
Jésus versa des larmes, et les apôtres pleurèrent aussi, quand il dit que beaucoup de ceux qui maintenant l’acclamaient si joyeusement, l’accableraient bientôt d’outrages, et que l’un d’eux le trahirait. En même temps il regarda la ville et pleura sur sa destruction prochaine.
Lorsqu’il eut passé la porte, l’allégresse fut à son comble, et on lui amena un grand nombre de malades. Jésus s’arrêta à plusieurs reprises, descendit de sa monture, et les guérit tous sans exception. Il y avait dans la foule beaucoup de ses ennemis, qui criaient et faisaient grand bruit.
Plus on approchait du Temple, plus la décoration du chemin s’embellissait. Des deux côtés, on voyait des barrières, derrière lesquelles de petits animaux à longs cous, des chevreaux et des agneaux avec des guirlandes autour de la tête, bondissaient au milieu des arbustes comme dans de petits jardins. Il y avait toujours là, mais particulièrement vers le temps de la Pâque, des animaux sans tache, destinés au sacrifice. Le cortège mit près de trois heures à se rendre de la porte de la ville au Temple, par un chemin d’une demi-lieue environ.
Seconde expulsion des marchands du Temple.
Lorsqu’ils furent arrivés au Temple, on ramena l’âne où on l’avait pris. Les vendeurs du Temple étaient couchés sur des bancs derrière leurs marchandises; il y en avait aussi par-derrière et au-dessus d’eux. Dans les cours, on voyait beaucoup de bétail; ce jour-là le Seigneur chassa les vendeurs avec plus de vivacité que la première fois, et il resta longtemps dans les parvis, car ils étaient là en grand nombre, avec des gens de mauvaise vie. Ensuite il enseigna longtemps, assis sur un banc d’échangiste, d’où il avait chassé ceux qui s’y tenaient. Plusieurs personnes vinrent à lui, accompagnées d’enfants et de malades qu’il guérit. La foule nombreuse qui l’entourait en poussa des cris de joie. Je vis, plus avant dans le Temple, une belle porte qui brillait comme de l’or, derrière laquelle plusieurs Juifs très âgés étaient assis et priaient.
Au moment où Jésus s’approcha de cette porte, ces vieux prêtres se retirèrent dans la partie du Temple où était l’autel des sacrifices. Marie et les autres femmes allèrent seulement jusqu’à l’entrée puis elles se mirent à l’écart pour éviter la foule.
Les Juifs avaient fait fermer toutes les maisons, ainsi que les portes de la ville; aussi, lorsque le Seigneur eut mis pied à terre devant le Temple, et que les disciples voulurent ramener l’ânesse, ils furent obligés d’attendre jusqu’au soir que la porte fût rouverte. Tout ce monde dut rester à jeun la journée entière, car toutes les maisons de cette partie de la ville étaient barricadées. Madeleine était fort triste de ce que Jésus ne trouvait rien à prendre pour se soutenir.
Le soir, on ouvrit les portes. Les saintes femmes retournèrent à Béthanie les premières; Jésus et les apôtres les y suivirent peu de temps après. Madeleine, qui se tourmentait de ce que le Seigneur et les siens n’avaient rien pris à Jérusalem, leur prépara elle-même un repas. Quand le Seigneur, à la nuit tombante, entra dans la cour de la maison de Lazare, elle apporta de l’eau dans un bassin, lui lava les pieds et les essuya avec un linge, qu’elle portait sur son épaule. Ensuite, tandis que Jésus prenait un peu de nourriture, elle s’approcha de sa personne et répandit sur sa tête un parfum. J’entendis Judas murmurer quand Madeleine passa devant lui; mais elle répondit qu’elle ne pourrait jamais assez reconnaître ce que le Seigneur avait fait pour elle et pour son frère.
Dans les récits ci-dessus, on peut remarquer que:
Marie d’Agréda et Anne-Catherine Emmerich, situent bien, comme Maria Valtorta, deux expulsions des marchands du Temple. Cette deuxième expulsion est conforme aux évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc).
Aucune des deux voyantes ne reprend, pour la seconde expulsion, les évènements propres à la première: le fouet, l’annonce de la résurrection, l’altercation sur la datation du Temple.
Seule Maria Valtorta cite la deuxième admonestation de Jésus “Il est écrit: Ma maison sera appelée maison de prière. Pourquoi donc en avez-vous fait une caverne de voleurs?” Cette admonestation fait écho à la première sans lui être identique toutefois.
- Ainsi Jean cite pour la première admonestation: “Otez tout cela d’ici et ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic.”
- Les synoptiques citent unanimement pour la seconde:
- “Il est écrit: Ma maison sera appelée une maison de prière. Mais vous, vous en faites un repaire de brigands!” (Matthieu)
- “N’est-il pas écrit: Ma maison sera appelée une maison de prière pour toutes les nations? Mais vous, vous en avez fait un repaire de brigands!” (Marc)
- “Il est écrit: Ma maison sera une maison de prière. Mais vous, vous en avez fait un repaire de brigands!” (Luc).
Avertissement de ne pas faire dans le premier cas, constat de dépravation dans le second.
Aucunes des deux voyantes ne reprend la précision apportée par Marc qui situe au lendemain du dimanche des rameaux l’expulsion des marchands du Temple (Marc 11, 11-12).
Aucunes ne reprend l’intégralité du dialogue envoyant les disciples (anonymes, sauf pour Anne-Catherine Emmerich) chercher l’ânesse et son ânon à Betphagé, comme dans les évangiles synoptiques:
- “Rendez-vous au village qui est en face de vous; et aussitôt vous trouverez, à l’attache, une ânesse avec son ânon près d’elle; détachez-la et amenez-les-moi. Et si quelqu’un vous dit quelque chose, vous direz: “Le Seigneur en a besoin, mais aussitôt il les renverra” (Matthieu)
- “Allez au village qui est en face de vous, et aussitôt, en y pénétrant, vous trouverez, à l’attache, un ânon que personne au monde n’a encore monté. Détachez-le et amenez-le. Et si quelqu’un vous dit: “Que faites-vous là?” Dites: “Le Seigneur en a besoin et aussitôt il va le renvoyer ici” (Marc).
- “Allez au village qui est en face et, en y pénétrant, vous trouverez, à l’attache, un ânon que personne au monde n’a jamais monté; détachez-le et amenez-le. Et si quelqu’un vous demande: “Pourquoi le détachez-vous?” Vous direz ceci: “C’est que le Seigneur en a besoin” (Luc).
- Marie d’Agréda mentionne: “Et, ayant marché environ deux lieues, il ne fut pas plutôt arrivé à Bethphagé, qu’il envoya, deux de ses disciples chez un homme de considération dont la maison n’était pas éloignée, et avec son agrément ils amenèrent à leur Maître une ânesse et son poulain, que, personne n’avait encore monté” (ci-dessus, page 457).
- Pour Anne-Catherine Emmerich “Près d’une hôtellerie, en avant de Bethphagé, ils (Erémenzear et Silas) trouveraient, dans une prairie, une ânesse avec son ânon. Ils devaient délier l’ânesse, et, si quelqu’un leur disait quelque chose, répondre que telle était la volonté du Seigneur. Ensuite ils fraieraient le chemin jusqu’au Temple, et reviendraient aussitôt à Bethphagé”. La voyante précise “Les ânes appartenaient à des gens qui étaient allés au Temple, et les avaient laissés là” (ci-dessus, page 75).
- Maria Valtorta rapporte seule le dialogue, mais il est laconique: “Voilà Sion là-bas au fond. Allez prendre l’ânesse et l’ânon. Dites à l’homme: “Il les faut pour le Rabbi Jésus”. Le propriétaire, un certain Cléanthe, était connu et sympathisant (EMV 589).
D’autre part, on a argué qu’il ne pouvait y avoir deux expulsions des marchands du Temple. Jésus, à la fin de son ministère, serait un être traqué et condamné qui n’aurait pu commettre une telle bravade. Une telle analyse va à l’encontre du récit des rameaux qui montre Jésus venant au grand jour et au milieu d’une foule en liesse, dans le repaire de ses adversaires.
Une telle analyse est aussi incompatible avec la suite de l’Évangile qui décrit un Jésus enseignant au grand jour et en toute tranquillité au milieu du Temple… jusqu’à son arrestation de nuit.