“Moi, je t’ai toujours connu ainsi: Roi de mon âme!” proclame Marie de Magdala.

Et Jeanne, pleine d’une douce suavité:

“Et moi aussi: divin, depuis le rêve où tu es apparu à moi qui mourais pour m’appeler à la Vie.”

“Tu nous as tout donné, Seigneur. Tout!” dit en soupirant Élise qui s’est reprise.

“Et vous m’avez tout donné.”

“Trop peu!” disent-elles toutes.

“Le don ne cesse pas après cette heure. Il cessera seulement quand vous serez avec Moi dans mon Royaume, mes disciples fidèles. Vous ne siégerez pas, non, à mes côtés, sur les douze trônes pour juger les douze tribus d’Israël, mais vous chanterez l’hosanna avec les anges, pour faire un chœur d’honneur à ma Mère, et alors comme maintenant le cœur du Christ trouvera sa joie en vous contemplant.”

“Je suis jeune! Et il faudra du temps pour monter à ton Royaume. Heureuse Annalia!” dit Suzanne.

“Moi, je suis vieille et heureuse de l’être. J’espère que pour moi la mort sera proche” dit Élise.

“Moi, j’ai des fils… Je voudrais les servir, ces serviteurs de Dieu!” soupire Marie de Cléophas.

“Ne nous oublie pas, Seigneur!” dit la Madeleine avec une angoisse contenue, je dirais avec un cri de son âme, tellement la voix, qu’elle garde basse pour ne pas éveiller les dormeurs, a une force plus vibrante qu’un cri.

“Je ne vous oublierai pas. Je viendrai. Toi, Jeanne, tu sais que je puis venir même si je suis très loin… Les autres doivent le croire. Et je vous laisserai une chose… un mystère qui me gardera en vous et vous en Moi, jusqu’à ce que nous soyons, vous et Moi, dans le Royaume de Dieu.

596.33 – Maintenant allez. Vous allez dire que je vous ai dit peu de chose, qu’il était presque inutile de vous faire venir pour si peu. Mais j’ai désiré avoir autour de Moi des cœurs qui m’ont aimé sans calcul. Pour Moi. Pour Moi: Jésus. Non pas pour le futur Roi d’Israël que l’on rêve. Allez. Et soyez bénies une fois de plus. Même les autres qui ne sont pas ici, mais qui pensent à Moi, avec amour: Anne, Myrta, Anastasica, Noémi, et Syntica qui est si loin, et Fotinaï, et Aglaé et Sarah, Marcelle, les filles de Philippe, Myriam de Jaïre, les vierges, les rachetées, les épouses, les mères qui sont venues vers Moi, qui ont été pour Moi des sœurs et des mères, meilleures, oh! bien meilleures que les hommes, même les meilleurs!… Toutes, toutes! Je les bénis toutes. La grâce commence déjà à descendre, la grâce et le pardon, sur la femme, par cette bénédiction que je vous donne. Allez…”

Il les congédie en retenant sa Mère:

“Avant le soir je serai au palais de Lazare. J’ai besoin de te voir encore. Et avec Moi, il y aura Jean. Mais je ne veux que toi, Mère, et les autres Marie, Marthe et Suzanne. Je suis si las…”

“Il n’y aura que nous seules. Adieu, Fils…”

Ils s’embrassent, ils se séparent… Marie s’en va lentement. Elle se retourne avant de sortir. Elle se retourne avant de quitter le petit pont. Elle se retourne encore tant qu’elle peut voir Jésus… ïl semble qu’elle ne puisse s’éloigner de Lui…

596.34 – Jésus est seul de nouveau. Il se lève et sort. Il va appeler Jean qui dort à plat ventre parmi les fleurs comme un enfant et il lui confie la petite amphore de vinaigre rosé, que Jeanne Lui a apporté, en lui disant:

“Nous irons ce soir chez ma Mère, mais nous deux seuls.”

“J’ai compris. Elles sont venues?”

“Oui. J’ai préféré ne pas vous éveiller…”

“Tu as bien fait. Ta joie aura été plus grande. Elles savent t’aimer mieux que nous…” dit Jean éploré.

“Viens avec Moi.”

Jean le suit.

“Qu’as-tu?” Lui demande Jésus quand ils sont de nouveau dans la pénombre verte de la tonnelle où il reste de la nourriture.