“Maître, nous sommes très mauvais. Tous. Il n’y a pas d’obéissance en nous… et il n’y a pas le désir de rester avec Toi. Même Pierre et Simon se sont éloignés. Je ne sais où. Et Judas y a trouvé l’occasion d’une querelle.”

“Judas est-il parti?”

“Non, Seigneur, il n’est pas parti. Il dit qu’il n’en a pas besoin, que lui n’a pas de complices dans les manigances que nous faisons pour essayer de t’obtenir des protections. Mais si je suis allé chez Hanne, si d’autres sont allés trouver des galiléens qui résident ici, ce n’est pas pour faire du mal!… Et je ne crois pas que Simon de Jonas et Simon le Zélote soient des hommes capables de manèges équivoques…”

“N’y fais pas attention. En effet Judas n’a pas besoin de s’en aller pendant que vous reposez. Lui sait quand et où aller pour accomplir tout ce qu’il doit faire.”

“Et alors pourquoi parle-t-il ainsi? Ce n’est pas bien devant les disciples!” “Ce n’est pas bien, mais c’est ainsi.

596.35 – Tranquillise-toi, mon agneau.”

“Moi, ton agneau? Il n’y a que Toi qui es Agneau!”

“Oui, toi. Moi l’Agneau de Dieu, et toi l’agneau de l’Agneau de Dieu.”

“Oh!!! Une autre fois, c’était les premiers jours que j’étais avec Toi, tu m’as dit déjà cette parole. Nous étions nous deux seuls, comme maintenant, dans la verdure comme maintenant. C’était la belle saison.”

Jean est tout réjoui par le souvenir qui lui revient. Et il murmure:

“Je suis toujours, encore l’agneau de l’Agneau de Dieu…”

Jésus le caresse et il lui offre un morceau du pigeon rôti resté sur la table, enveloppé d’une feuille de parchemin. Ensuite il ouvre des figues succulentes et les lui offre, joyeux de le voir manger.

Jésus s’est assis de travers sur le bord de la table et il regarde Jean avec une telle intensité que ce dernier Lui demande:

“Pourquoi me regardes-tu ainsi? Parce que je mange comme un goulu?”

“Non. Parce que tu es comme un enfant… Oh! mon bien-aimé! Comme je t’aime pour ton cœur!”

Jésus se penche pour baiser les cheveux blonds de l’apôtre et il lui dit:

“Reste ainsi, toujours ainsi, avec ton cœur sans orgueil ni rancœurs. Ainsi, même dans les heures du déchaînement de la férocité. N’imite pas ceux qui pèchent, mon enfant.”

596.36 – Jean est repris par sa peine et il dit:

“Mais moi, je ne puis croire que Simon et Pierre…”

“Tu te tromperais, en vérité, si tu les croyais pécheurs. Bois. C’est une bonne et fraîche boisson. C’est Marthe qui l’a préparée… Maintenant tu t’es restauré. Je suis certain que tu n’avais pas fini ton repas…”

“C’est vrai. Les larmes m’étaient venues. En effet tant que c’est le monde qui nous hait, on comprend. Mais que l’un de nous insinue…”

“N’y pense plus. Toi et Moi nous savons que Simon et le Zélote sont honnêtes. Et cela suffit. Et tu sais que, malheureusement, Judas est pécheur. Mais tais-toi. Quand seront passés tant et tant de lustres, et qu’il sera juste de dire toute la grandeur de ma douleur, tu diras alors même ce que j’ai souffert des actions de cet homme en plus de ce que j’ai souffert de l’apôtre. Allons. C’est l’heure de quitter cet endroit pour aller vers le Camp des Galiléens et…”

“Allons-nous aussi passer cette nuit là-bas? Et auparavant, allons-nous au Gethsémani? Judas voulait le savoir. Il dit qu’il est las de rester sous la rosée et avec un repos si court et si inconfortable.”

“Ce sera bientôt fini. Mais je ne vais pas dire à Judas mes intentions…”

“Tu n’y es pas tenu. C’est Toi qui dois nous guider, et non nous qui devons te guider.”