Marie sort et revient avec les femmes qui semblent n’avoir plus de poids, tant leur démarche est légère.

Elles le saluent avec de profondes marques de respect et seule Marie de Cléophas est un peu familière. Marthe tire d’une grande bourse une amphore qui sue, alors que Marie enlève d’un vase, poreux lui aussi, des fruits frais venus de Béthanie et les dispose sur la table à côté de ce qu’a préparé sa sœur, c’est-à-dire un pigeon grillé sur la flamme, croquant, appétissant, et elle prie Jésus d’y goûter en disant: “Mange, cette viande est nourrissante. C’est moi qui l’ai préparée.”

Jeanne de son côté a apporté du vinaigre rosé. Elle explique:

“Il rafraîchit tellement en ces premières chaleurs. Mon époux aussi s’en sert quand il est las dans ses longues chevauchées.”

“Nous n’avons rien” disent pour s’excuser Marie de Salomé, Marie de Cléophas, Suzanne et Élise.

Et Nikê et Valeria disent à leur tour:

“Et nous, non plus. Nous ne savions pas que nous devions venir.”

“Vous m’avez donné tout votre cœur. Cela me suffit. Et vous me donnerez encore…”

Il mange, mais surtout il boit la fraîche eau miellée que Marthe Lui verse de l’amphore poreuse, et les fruits frais qui sont un réconfort pour l’Épuisé.

Les disciples ne parlent pas beaucoup. Elles le regardent se restaurer. Leurs yeux trahissent amour et inquiétude. À l’improviste Élise se met à pleurer et elle s’en excuse en disant:

“Je ne sais pas. J’ai le cœur accablé de tristesse…”

“Nous l’avons toutes, même Claudia dans son palais…” dit Valeria.

“Je voudrais que ce soit déjà la Pentecôte” murmure Salomé.

“Moi, au contraire, je voudrais arrêter le temps à cette heure” dit Marie de Magdala.

“Tu serais égoïste, Marie” lui répond Jésus.

“Pourquoi, Rabboni?”

“Parce que tu voudrais pour toi seule la joie de ta rédemption. Il y a des milliers et des millions d’êtres qui attendent cette heure, ou qui à cause de cette heure seront rachetés.”

“C’est vrai, je n’y pensais pas…”

Elle penche la tête en se mordant les lèvres pour ne pas faire voir les larmes qui coulent de ses yeux et le tremblement de ses lèvres. Mais elle est toujours le courageux lutteur, et elle dit:

“Si tu viens demain tu pourras prendre le vêtement que tu as envoyé. Il est frais et propre, digne de la cène pascale.”

“Je viendrai…”

Avec un bon sourire, Il les invite à parler:

596.32 – “Vous n’avez rien à me dire? Vous êtes muettes et affligées. Ne suis-je plus Jésus?…”

“Oh! c’est Toi! Mais tu es si grand en ces jours, que je ne sais plus te voir comme le petit que j’ai porté dans mes bras” s’écrie Marie d’Alphée.

“Et moi comme le simple rabbi qui entrait dans ma cuisine pour chercher Jean et Jacques” dit Salomé.