Maintenant voilà, écoute, O Jérusalem! Maintenant voilà, écoutez, vous tous qui me haïssez et haïssez tout ce qui vient de Dieu. Maintenant voilà, écoutez, vous qui m’aimez et qui serez entraînés dans le châtiment réservé à ceux qui persécutent les envoyés de Dieu. Et écoutez, vous aussi qui n’êtes pas de ce peuple, mais qui m’écoutez quand même, vous qui écoutez pour savoir qui est Celui qui vous parle et qui prédit sans avoir besoin d’étudier le vol, le chant des oiseaux, ni les phénomènes célestes et les viscères des animaux sacrifiés, ni la flamme et la fumée des holocaustes, parce que tout ce qui est futur est présent pour Celui qui vous parle. “Cette maison qui est la vôtre vous sera laissée déserte. Moi je vous dis, dit le Seigneur, que vous ne me verrez plus jusqu’à ce que vous disiez vous aussi: “Béni Celui qui vient au nom du Seigneur” Comme en Psaume 117 (hébreu 118), 26. .

596.22 – Jésus a chaud, il est visiblement exténué, à la fois par la fatigue d’un discours prolongé et tonnant et par la chaleur étouffante de cette journée sans vent. Bloqué contre le mur par une multitude, fixé par des milliers de pupilles, sentant toute la haine qui de dessous les portiques de la Cour des Païens l’écoute, et tout l’amour ou au moins l’admiration qui l’entoure, sans souci du soleil qui tombe sur les échines et sur les visages rougis et en sueur, il apparaît vraiment épuisé. Il a besoin de réconfort et il le cherche en disant à ses apôtres et aux soixante-douze qui, comme autant de coins, se sont ouverts lentement un passage dans la foule et qui maintenant sont au premier rang, barrière d’amour fidèle autour de Lui:

“Sortons du Temple et allons au grand air parmi les arbres. J’ai besoin d’ombre, de silence et de fraîcheur. En vérité je vous dis que ce lieu semble déjà brûler du feu de la colère céleste.”

Ils lui fraient un passage non sans mal et peuvent ainsi sortir par la porte la plus proche où Jésus s’efforce, mais inutilement, d’en congédier un grand nombre. Ils veulent le suivre à tout prix.

596.23 – Les disciples pendant ce temps observent le cube du Temple qui étincelle au soleil qui est presque au midi, et Jean d’Ephèse fait observer au Maître la puissance de la construction:

“Regarde quelles pierres et quelles constructions!”

“Et pourtant d’elles, il ne restera pas pierre sur pierre” dit Jésus.

“Non? Quand? Comment?” demandent plusieurs.

Mais Jésus ne répond pas.

Il descend le Moriah et sort de la ville en passant par Ophel et par la porte d’Ephraïm ou du Fumier et en se réfugiant au cœur des jardins du roi d’abord, c’est-à-dire tant que ceux qui, sans être apôtres ni disciples, se sont obstinés à le suivre, et s’en vont lentement quand Manahen, qui a fait ouvrir le lourd portail, se présente imposant, pour dire à tous: “Allez. N’entrent ici que ceux que je veux.”

Ombre, silence, parfums de fleurs, arômes de camphre et d’œillets, de cannelle, de lavande et de mille autres plantes odorantes, et bruissements de ruisseaux, certainement alimentés par les sources et citernes voisines, sous des galeries de feuillages, gazouillis d’oiseaux, font de cet endroit un lieu de repos paradisiaque. La ville semble éloignée de plusieurs milles avec ses rues étroites, assombries par les archivoltes ou ensoleillées jusqu’à en être éblouissantes, avec ses odeurs et ses puanteurs d’égouts qui ne sont pas toujours nettoyés, et des rues parcourues par trop de quadrupèdes pour être propres, surtout celles d’importance secondaire.

596.24 – Le gardien des jardins doit connaître très bien Jésus Il lui avait guérit la jambe (cf. EMV 488.5). car il le salue à la fois avec respect et familiarité, et Jésus lui demande des nouvelles de ses enfants et de sa femme.

L’homme voudrait recevoir Jésus dans sa maison, mais le Maître préfère la paix fraîche, reposante, du vaste jardin du roi, un vrai parc de délices. Et avant que les deux infatigables et très dévoués serviteurs de Lazare s’en aillent prendre le panier de nourriture, Jésus leur dit:

“Dites à vos maîtresses de venir. Nous resterons ici quelques heures avec ma Mère et les disciples fidèles, et ce sera si doux…”

“Tu es très fatigué, Maître! Ton visage le dit” observe Manahen.

“Oui. Tellement que je n’ai pas eu la force d’aller plus loin.”

“Mais je t’avais offert ces jardins plusieurs fois en ces jours. Tu sais si je suis content de pouvoir t’offrir paix et réconfort!”

“Je le sais, Manahen.”

“Et hier, tu as voulu aller dans ce triste lieu dont les approches sont si arides, si étrangement dépouillé dans sa végétation cette année! Si proche de cette triste porte!”

“J’ai voulu faire plaisir à mes apôtres. Ce sont des enfants, au fond, de grands enfants. Vois-les là-bas comme ils se restaurent gaiement!… Tout de suite oublieux de ce qui se trame contre Moi au-delà de ces murs…”

“Et oublieux que tu es si affligé… Mais il ne semble pas qu’il y ait beaucoup lieu de s’alarmer. L’endroit me semblait plus dangereux d’autres fois.”

Jésus le regarde et se tait. Que de fois je vois Jésus regarder et se taire ainsi, en ces derniers jours!

Puis Jésus se met à regarder les apôtres et les disciples. Ils ont enlevé leurs couvre-chefs, leurs manteaux et leurs sandales pour se rafraîchir le visage et les extrémités dans les frais ruisselets, imités par plusieurs des soixante-douze disciples qui maintenant sont beaucoup plus nombreux, je crois, et qui, tous unis par la fraternité d’idéal, se jettent ça et là pour se reposer, un peu à part pour laisser Jésus se reposer tranquillement.

Manahen aussi se retire pour le laisser en paix. Tous respectent le repos du Maître extrêmement fatigué. Il s’est réfugié sous une tonnelle de jasmins en fleurs qui fait office de cabane, isolée par un circuit d’eau qui court en bruissant par un petit canal où plongent herbes et fleurs. C’est un vrai refuge de paix auquel on accède par un petit pont large de deux palmes et long de quatre, avec une balustrade fleurie par toute une guirlande de corolles de jasmins.

596.25 – Les serviteurs reviennent avec plusieurs d’autres, car Marthe a voulu pourvoir aux besoins de tous les serviteurs du Seigneur, et ils disent que leurs maîtresses ne vont pas tarder de venir.