Jésus fait appeler Pierre et lui dit:

“Avec Jacques mon frère, bénis, offre et distribue comme Moi je le fais.”

“Distribuer oui, mais bénir non, Seigneur. C’est à Toi qu’il revient d’offrir et de bénir, pas à Moi.”

“Quand tu étais à la tête de tes compagnons, loin de Moi, ne le faisais-tu pas?”

“Si. Mais alors… j’étais obligé de le faire. En ce moment tu es avec nous, et c’est Toi qui bénis. Cela me paraît meilleur quand c’est Toi qui offres pour nous et nous distribues…”

À ces mots, le fidèle Simon embrasse son Jésus, assis épuisé dans cette ombre, et il penche la tête sur ses épaules, heureux de pouvoir le serrer et l’embrasser ainsi…

Jésus se lève et lui fait ce plaisir. Il va vers les disciples, offre la nourriture, la bénit, la partage, les regarde manger avec plaisir et leur dit:

“Dormez ensuite, reposez-vous pendant que c’est l’heure, et pour que vous puissiez ensuite veiller et prier quand vous aurez besoin de le faire, et pour que la fatigue et l’épuisement n’accablent pas de sommeil vos yeux et votre esprit quand il sera nécessaire que vous soyez dispos et bien éveillés.”

“Tu ne restes pas avec nous? Tu ne manges pas?”

“Laissez-moi me reposer. C’est de cela seulement que j’ai besoin. Mangez, mangez!” Il caresse en passant ceux qu’il trouve sur son chemin, et revient à sa place…

596.26 – Douce, suave est la venue de la Mère près de son Fils. Marie s’avance avec assurance, car Manahen, qui a veillé près du portail étant moins las que les autres, lui indique l’endroit où se trouve Jésus.

Les autres, et il y a toutes les disciples hébraïques et des romaines la seule Valeria, s’arrêtent quelque temps en silence pour ne pas réveiller les disciples qui dorment à l’ombre des feuillages des arbres, semblables à des brebis allongées dans l’herbe. C’est l’heure de sexte. Sexte = 6 heures = midi.

Marie entre sous la tonnelle de jasmins sans faire crisser le petit pont de bois et le gravier du sol, et avec encore plus de précautions elle approche de son Fils qui, vaincu par la fatigue, s’est endormi la tête sur une table de pierre qu’il y a là-dessous. Son bras gauche Lui sert d’oreiller sous son visage caché par ses cheveux. Marie s’assied patiemment près de son Fils fatigué. Elle le contemple… tant… et elle a sur ses lèvres un sourire douloureux et affectueux alors que sans bruit des larmes tombent sur son sein. Mais si ses lèvres sont closes et muettes, son cœur prie avec toute la force qu’il possède, et la puissance de cette prière et de son souffle est trahie par ses mains jointes sur ses genoux, serrées, entrecroisées pour ne pas trembler et pourtant secouées d’un léger tremblement. Des mains qui ne se disjoignent que pour chasser une mouche importune qui veut se poser sur le Dormeur et pourrait l’éveiller.

C’est la Mère qui veille son Fils, le dernier sommeil de son Fils qu’elle puisse veiller. Si le visage de la Mère, dans ce mercredi pascal, est différent de celui de la Mère au jour de la naissance du Seigneur, car la douleur le rend pâle et déprime ses traits, c’est la même pureté du regard affectueux, le même soin tremblant qu’elle avait quand, penchée sur la crèche de Bethléem, elle protégeait de son amour le premier sommeil inconfortable de son Enfant.

Jésus fait un mouvement et Marie essuie rapidement ses yeux pour ne pas montrer de larmes à son Fils. Mais Jésus ne s’est pas éveillé, son visage a seulement changé de position, pour se tourner de l’autre côté et Marie, reprenant son immobilité, continue de le veiller.

596.27 – Mais quelque chose brise le cœur de Marie. C’est d’entendre son Jésus pleurer en dormant et dans un murmure confus, car il parle la bouche serrée contre son bras et son vêtement, il nomme le nom de Judas…

Marie se lève, s’approche, se penche sur son fils. Elle suit ce murmure confus, les mains pressant son cœur. Le discours de Jésus, interrompu, mais pas au point qu’on ne puisse pas le suivre, fait comprendre qu’il rêve et rêve de nouveau le présent et le passé et puis l’avenir, jusqu’à ce qu’il se réveille en sursaut comme pour fuir quelque chose d’horrible. Mais il trouve la poitrine de sa Mère, les bras de sa Mère, le sourire de sa Mère, la douce voix de sa Mère, son baiser, ses caresses et son voile qui passe légèrement sur son visage pour essuyer ses larmes et sa sueur en disant: “Tu étais mal à l’aise et tu rêvais… Tu es en sueur et las, mon Fils.” Elle Lui peigne ses cheveux en désordre, Lui essuie le visage et le tient embrassé, appuyé sur son cœur, ne pouvant le prendre sur ses genoux comme quand il était petit.

Jésus lui sourit en disant:

“Tu es toujours la Mère. Celle qui console. Celle qui dédommage de tout. Ma Mère!”

Il la fait asseoir près de Lui, lui abandonnant la main sur ses genoux, et Marie prend cette longue main, si distinguée et pourtant si robuste, d’artisan, dans ses petites mains, elle caresse les doigts et le dos, en lissant les veines qui s’étaient gonflées pendant qu’elle pendait durant le sommeil. Elle essaie de le distraire…

596.28 – “Nous sommes venues. Nous sommes toutes là, même Valeria. Les autres sont à l’Antonia. C’est Claudia qui les a voulu, “elle est profondément attristée” a dit son affranchie. Elle dit, je ne sais pour quelle raison, qu’elle présage beaucoup de larmes. Supersti­tions!… Seul Dieu connaît les choses…”

“Où sont les disciples?”

“Elles sont là, à l’entrée des jardins. Marthe a voulu te préparer de la nourriture et des boissons rafraîchissantes et nourrissantes en pensant à ton épuisement. Mais moi, regarde: tu l’aimes toujours et moi je te l’ai apporté. C’est ma contribution. C’est meilleur car c’est de ta Maman.”

Elle Lui montre du miel et une petite fouace de pain sur laquelle elle l’étend pour le donner à son Fils et en disant:

“Comme à Nazareth, quand tu prenais du repos à l’heure la plus chaude et puis tu t’éveillais que tu avais chaud et moi je venais de la grotte fraîche avec cette collation…”