Cette pauvre femme reste bouche bée, puis murmure un salut et s’en va.
“Elle est heureuse dans son malheur” dit Jésus en sortant de son silence. “Maintenant elle est heureuse car la bénédiction de Dieu l’accompagne.
596.9 – Écoutez, amis, et vous qui êtes autour de Moi. Voyez-vous cette femme? Elle n’a donné que deux piécettes, moins qu’il n’en faut pour payer le repas d’un passereau en cage, et pourtant elle a donné davantage que tous ceux qui, depuis l’ouverture du Temple à l’aurore, ont versé leur obole au Trésor du Temple.
Écoutez. J’ai vu des riches en grand nombre mettre dans ces bouches des sommes capables de la rassasier pendant une année et de revêtir sa pauvreté qui n’est décente que parce qu’elle est propre. J’ai vu des riches qui, avec une satisfaction visible, mettaient des sommes avec lesquelles on aurait pu rassasier les pauvres de la Cité Sainte pendant un jour ou plus, et leur faire bénir le Seigneur. Mais, en vérité, je vous dis que personne n’a donné plus qu’elle. Son obole est charité, l’autre ne l’est pas. Elle est générosité, l’autre ne l’est pas. Elle est sacrifice, l’autre ne l’est pas. Aujourd’hui cette femme ne mangera pas car elle n’a plus rien. Il lui faudra d’abord travailler pour un salaire pour qu’elle puisse donner du pain à sa faim.
Elle n’a pas de richesses en réserve; elle n’a pas de parents qui gagnent pour elle. Elle est seule. Dieu lui a enlevé parents, mari et enfants, lui a enlevé le peu de bien qu’ils lui avaient laissé, et plus que Dieu le lui ont enlevé les hommes; ces hommes qui maintenant, avec de grands gestes, vous les voyez?, continuent de jeter à l’intérieur leur superflu dont une grande partie est extorquée par l’usure aux pauvres mains de ceux qui sont faibles et qui ont faim.
596.10 – Eux disent qu’il n’y a pas de sang ni d’affection supérieurs au Temple et de cette façon enseignent à ne pas aimer le prochain. Moi, je vous dis qu’au-dessus du Temple, il y a l’amour. La Loi de Dieu est amour et Il n’aime pas qui n’a pas pitié de son prochain. L’argent superflu, l’argent souillé par l’usure, par la rancœur, par la dureté, par l’hypocrisie, ne chante pas la louange de Dieu et n’attire pas sur le donateur la bénédiction céleste. Dieu le rejette. Il engraisse cette caisse, mais ce n’est pas de l’or pour l’encens: c’est de la boue qui vous submerge, ô ministres, qui ne servez pas Dieu mais votre intérêt; mais c’est un lacet qui vous étrangle, ô docteurs, qui enseignez une doctrine de votre invention; mais c’est un poison qui vous corrode ce reste d’âme que vous avez encore, ô pharisiens. Dieu ne veut pas ce qui reste. Ne soyez pas des Caïns. Dieu ne veut pas ce qui est le fruit de la dureté. Dieu ne veut pas ce qui élevant une voix plaintive dit: “Je devais rassasier un affamé, mais on m’a refusé pour étaler leurs fastes là-dedans. Je devais aider un vieux père, une mère chancelante, et on m’a refusé parce que cette aide n’aurait pas été connue du monde, et je dois résonner ma sonnerie pour que le monde voie le donateur”.
Non, rabbi: tu enseignes que ce qui est reste doit être donné à Dieu et qu’il est permis de refuser au père et à la mère pour donner à Dieu. Le premier commandement c’est: “Aime Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ton intelligence, de toute ta force” Deutéronome 6,5. . Ce n’est donc pas le superflu, mais ce qui est notre sang qu’il faut Lui donner, en aimant souffrir pour Lui. Souffrir, non pas faire souffrir. Et s’il en coûte beaucoup de donner parce qu’il est désagréable de se dépouiller des richesses, et que le trésor est le cœur de l’homme, vicieux par nature, c’est justement parce qu’il en coûte qu’il faut donner. Par justice: car tout ce que l’on a, on l’a par la bonté de Dieu. Par amour: car c’est une preuve d’amour d’aimer le sacrifice pour donner de la joie à ceux qu’on aime. Souffrir pour offrir. Mais souffrir. Non pas faire souffrir, je le répète. Car le second commandement dit: “Aime ton prochain comme toi-même” Lévitique 19,18. . Et la loi précise qu’après Dieu, les parents sont le prochain à qui l’on a l’obligation de donner honneur et aide.
596.11 – Je vous dis donc en vérité que cette pauvre femme a compris la loi mieux que les sages, et qu’elle est justifiée plus que tout autre et bénie, puisque dans sa pauvreté elle a tout donné à Dieu alors que vous, vous donnez le superflu et le donnez pour grandir dans l’estime des hommes. Je sais que vous me haïssez parce que je parle ainsi. Mais tant que cette bouche pourra parler, elle parlera de cette façon. Vous joignez votre haine pour Moi au mépris pour la pauvresse que je loue. Mais ne croyez pas faire de ces deux pierres un double piédestal pour votre orgueil. Ce sera la meule qui vous broiera.
Allons. Laissons les vipères se mordre pour augmenter leur venin. Que celui qui est pur, bon, humble, contrit et qui veut connaître le vrai visage de Dieu, me suive.”
596.12 – Jésus dit:
“Et toi, à qui rien ne reste puisque tu m’as tout donné, donne-moi ces deux dernières piécettes. Devant tant que tu m’as donné, elles sembleront, pour les étrangers, un rien. Mais pour toi qui n’as plus qu’elles, elles sont tout. Mets-les dans la main de ton Seigneur. Et ne pleure pas. Ou du moins: ne pleure pas seule. Pleure avec Moi qui suis le seul qui puisse te comprendre et qui te comprends sans la brume d’humanité qui est toujours un voile intéressé pour la vérité.”
Vision du mercredi 2 avril 1947 (mercredi saint).
596.13 – Les apôtres, les disciples et la foule le suivent en groupes compacts quand il revient à l’endroit de la première enceinte qui est presque à l’abri du mur d’enceinte du Temple, là où il y a un peu de fraîcheur car la journée est absolument étouffante. Comme le terrain est bouleversé par les sabots des animaux, semé de pierres que les marchands et les changeurs emploient pour fixer leurs enclos et leurs tentes, les rabbis d’Israël n’y viennent pas. Ils permettaient de faire un marché dans le Temple, mais ils éprouvaient du dégoût à porter les semelles de leurs sandales là où sont mal dissimulés les restes des quadrupèdes expulsés de là il y a peu de jours…
Jésus n’en a pas de dégoût et il se réfugie là, dans un cercle nombreux d’auditeurs. Pourtant, avant de parler, il appelle près de Lui ses apôtres auxquels il dit: “Venez et écoutez bien, Hier vous vouliez savoir beaucoup des choses que je vais vous dire maintenant, et auxquelles hier je faisais de vagues allusions quand nous reposions dans le jardin de Joseph. Soyez donc bien attentifs, car ce sont de grandes leçons pour tous et surtout pour vous, mes ministres et mes continuateurs.
596.14 – Écoutez: Sur le siège de Moïse s’assirent au temps qu’il fallait les scribes et les pharisiens. Tristes heures celles-là pour la Patrie Comme le rapporte Esdras chapitre 1 à 10 | Néhémie, chapitre 1 à 13,1 | Premier livre des Martyrs d'Israël (Maccabées) chapitre 1 et 2. .
Une fois terminé l’exil de Babylone, et une fois reconstruite la nation grâce à la magnanimité de Cyrus, ceux qui dirigeaient le peuple se rendirent compte de la nécessité de reconstruire aussi le culte et la connaissance de la Loi. Car malheur au peuple qui ne les a pas pour sa défense, guide et soutien, contre les plus puissants ennemis d’une nation que sont l’immoralité des citoyens, la révolte contre les chefs, la désunion entre les différentes classes et partis, les péchés contre Dieu et contre le prochain, l’irréligion, tous éléments de désagrégation pour eux-mêmes et cause des punitions célestes qu’ils provoquent!
S’élevèrent donc les scribes, ou docteurs de la Loi, pour pouvoir enseigner le peuple qui, parlant la langue chaldéenne, héritage du dur exil, ne comprenait plus les Écritures écrites en pur hébreu. S’élevèrent pour aider, des prêtres, en nombre insuffisant pour s’acquitter du devoir d’enseigner les foules. Un laïcat docte et consacré pour honorer le Seigneur en portant sa connaissance chez les hommes et en amenant à Lui les hommes. Ce laïcat eut sa raison d’être et il fit aussi du bien. Car, rappelez-le-vous tous même les choses qui, à cause de la faiblesse humaine, dégénèrent ensuite, comme ce fut le cas pour celle-là qui s’est corrompue au cours des siècles, ont toujours quelque chose de bon et au début, du moins, une raison d’être, à cause de quoi le Très-Haut leur permet de s’élever et de durer, jusqu’au moment où la dégénérescence arrivant à son comble, le Très-Haut les disperse.
Vint ensuite l’autre secte des pharisiens, de la transformation de celle des assidéens, qui surgit pour soutenir par la morale la plus rigide et l’obéissance la plus intransigeante à la Loi de Moïse et l’esprit d’indépendance de notre peuple, quand le parti helléniste s’étant formé sous la pression et les séductions commencées au temps d’Antiochus Épiphane et devenues bientôt des persécutions contre ceux qui ne cédaient pas aux pressions du roi rusé, qui plus que sur ses armes comptait sur la désagrégation de la foi dans les cœurs pour régner sur notre Patrie, tentait de nous rendre esclaves.
596.15 – Rappelez-vous également ceci: craignez plutôt les alliances faciles et les flatteries d’un étranger que ses légions. En effet, tant que vous serez fidèles aux lois de Dieu et de la Patrie, vous vaincrez même si vous êtes encerclés par des armées puissantes, mais quand vous serez corrompus par le poison subtil donné comme un miel enivrant par l’étranger qui a formé des desseins contre vous, Dieu vous abandonnera à cause de vos péchés, et vous serez vaincus et assujettis, sans que votre faux allié livre une bataille sanglante contre vous.
Malheur à celui qui n’est pas sur le qui-vive comme une sentinelle vigilante et ne repousse pas l’embûche subtile d’un voisin astucieux et faux, ou d’un allié, ou d’un maître qui commence sa domination chez les particuliers, en affaiblissant leurs cœurs et en les corrompant par des usages et des coutumes qui ne sont pas nôtres, qui ne sont pas saints, et qui par conséquent nous rendent désagréables au Seigneur! Malheur! Rappelez-vous toutes les conséquences subies par la Patrie parce que certains de ses fils ont adopté les usages et les coutumes de l’étranger pour gagner ses bonnes grâces et jouir. C’est une bonne chose que la charité envers tous, même envers les peuples qui ne partagent pas notre foi, qui n’ont pas nos usages, qui nous ont nui au cours des siècles.
Mais l’amour pour ces peuples, qui sont toujours notre prochain, ne doit jamais nous faire renier la Loi de Dieu et de la Patrie par le calcul de quelque profit soutiré ainsi aux voisins. Non. Les étrangers méprisent ceux qui sont serviles jusqu’à répudier les choses les plus saintes de la Patrie. Ce n’est pas en reniant son Père et sa Mère: Dieu et la Patrie, que l’on obtient le respect et la liberté.
Il fut donc un bien qu’au bon moment se dressèrent aussi les pharisiens pour faire une digue contre le débordement fangeux des usages et des coutumes étrangers. Je le répète: toute chose qui surgit et qui dure a sa raison d’être. Et il faut la respecter pour ce qu’elle a fait, sinon pour ce qu’elle fait. Que si elle est coupable, désormais, il n’appartient pas aux hommes de l’insulter et encore moins de la frapper.
Il y a quelqu’un qui sait le faire: Dieu et Celui qu’il a envoyé et qui a le droit et le devoir d’ouvrir la bouche et d’ouvrir vos yeux pour que vous et eux connaissiez la pensée du Très-Haut et agissiez avec justice. Moi, et aucun autre. Moi, parce que je parle par ordre divin. Moi, parce que je puis parler n’ayant en Moi aucun des péchés qui vous scandalisent quand vous les voyez faits par des scribes et des pharisiens, même si, quand vous le pouvez, vous en faites autant.”
596.16 – Jésus, qui avait commencé doucement son discours, a élevé graduellement la voix et dans ces dernières paroles elle est puissante comme une sonnerie de trompettes.
Hébreux et gentils sont appliqués et attentifs pour l’écouter. Si les premiers applaudissent Jésus quand il rappelle la Patrie et qu’il nomme ouvertement par leurs noms les étrangers qui les ont assujettis et fait souffrir, les seconds admirent la forme oratoire du discours et se félicitent d’assister à ce discours digne d’un grand orateur, disent-ils entre eux.