“Les lys! Ils seront le symbole de celles qui m’aimeront comme ma Mère a aimé Dieu. Le blanc parterre du Roi Divin.”

“Mais nous, les mères, nous pleurerons. Nous, les mères, nous avons droit à nos enfants. Pourquoi les enlever à la vie?”

“Ce n’est pas ce que je veux dire, femme. Les filles resteront, mais consacrées au Roi comme les vierges dans les palais de Salomon. Rappelle-toi le Cantique… Et elles seront épouses, les bien-aimées, sur la Terre et au Ciel.”

“Mais ma fille est morte! Elle est morte!” Ses pleurs reprennent déchirants.

“Je suis la Résurrection et la Vie. Celui qui croit en Moi, vit même s’il vient à mourir, et en vérité je te dis qu’il ne meurt pas pour l’éternité. Ta fille vit. Elle vit pour l’éternité parce qu’elle a cru dans la Vie. Ma mort sera pour elle la Vie complète. Elle a connu la joie de vivre en Moi avant de connaître la douleur de me voir arraché à la vie. Ta douleur te rend aveugle et sourde. Ma Mère a raison de le dire. Mais bientôt tu diras ce que je t’ai envoyé dire ce matin: “Vraiment sa mort a été une grâce de Dieu”. Crois-le, femme. L’horreur attend ce lieu.

Et viendra un jour où les mères frappées comme toi diront: “Louange à Dieu qui a épargné ces jours à nos enfants”. Et les mères qui n’auront pas été frappées crieront au Ciel: “Pourquoi, ô Dieu, n’as-tu pas tué nos fils avant cette heure?” Crois-le, femme. Crois à mes paroles. N’élève pas entre toi et Annalia la vraie clôture qui sépare: celle de la différence de foi. Tu vois? Je pouvais ne pas venir. Tu sais combien je suis haï. Que ne t’illusionne pas le triomphe d’une heure!… Chaque recoin peut cacher une embûche pour Moi. Et je suis venu seul, de nuit, pour te consoler et te dire ces paroles. Je compatis à la douleur d’une mère. Mais pour la paix de ton âme, je viens te dire ces paroles. Aie la paix! La paix!”

“Donne-la-moi, Toi, Seigneur! Moi, je ne peux pas! Je ne peux pas dans ma souffrance me donner la paix. Mais Toi, qui donnes la vie aux morts et la santé aux mourants, donne la paix au cœur déchiré d’une mère.”

“Qu’il en soit ainsi, femme. La paix pour toi.” Il lui impose les mains en la bénissant et en priant en silence sur elle. Marie s’est agenouillée à son tour près d’Élise en l’entourant de son bras.

592.10 – “Adieu, Élise. Je m’en vais…”

“Nous ne nous verrons plus, Seigneur? Je ne sortirai pas de la maison pendant plusieurs jours En effet, le rite juif du deuil lui impose de rester cloitrée pendant sept jours. Cette obligation de deuil strict est appelée "shiv'a" (les sept jours de deuil). et tu t’en iras après les fêtes pascales. Toi… tu es encore un peu quelque chose de ma fille… parce que Annalia… parce que Annalia vivait en toi et pour Toi.” Elle pleure, plus calme, mais combien elle pleure!

Jésus la regarde… Caresse sa tête chenue. Il lui dit:

“Tu me verras encore.”

“Quand?”

“D’ici huit nuits.” Il lui apparaîtra après sa résurrection : cf. EMV 632.

“Et tu me réconforteras encore? Tu me béniras pour me donner de la force?”

“Mon cœur te bénira avec toute la plénitude de mon amour pour ceux qui m’aiment. Viens, ma Mère.”

“Mon Fils, si tu le permets, je voudrais rester encore avec cette mère. La douleur est un flot qui revient après que s’est éloigné Celui qui donne la paix… Je rentrerai à l’heure de prime. Je n’ai pas peur d’aller seule, tu le sais. Et tu sais que je passerai à travers toute une armée ennemie pour réconforter un frère en Dieu.”

“Que ce soit comme tu veux. Je m’en vais. Dieu soit avec vous.”

Il sort sans faire de bruit, en fermant derrière Lui la porte de la pièce et celle de la maison.

592.11 – Il revient vers les murs, à la Porte d’Ephraïm ou Stercoraire Stercoraire : qui pousse sur des excréments. , ou du Fumier, car plusieurs fois j’ai entendu indiquer ces deux portes voisines avec ces trois noms, peut-être parce que l’une s’ouvre sur le chemin de Jéricho qui est au fond, chemin qui mène à Ephraïm, et l’autre parce qu’elle est proche de la vallée de Hinnom où l’on brûle les ordures de la ville, et elles se ressemblent tant que je les confonds.

Le ciel commence à blanchir du côté de l’orient tout en étant encore criblé d’étoiles. Les chemins sont enveloppés dans une pénombre plus pénible que l’obscurité de la nuit que la lune tempérait de sa blanche clarté.

Mais le soldat romain a de bons yeux, et voyant Jésus s’avancer vers la porte, il va à sa rencontre.

“Salut. Je t’ai attendu…” Il s’arrête hésitant.

“Parle sans crainte. Que veux-tu de Moi?”

“Savoir. Tu as dit: “La paix que je donne demeure même dans la guerre car c’est une paix d’âme”. Je voudrais savoir quelle est cette paix et ce que c’est que l’âme. Comment l’homme qui est en guerre peut-il être en paix? Quand on ouvre le temple de Janus, on ferme celui de la Paix. Les deux choses ne peuvent exister ensemble dans le monde.” Il parle adossé au muret verdâtre d’un petit jardin, dans une ruelle étroite comme un sentier dans des champs, humide, sombre, obscur, au milieu de pauvres maisons. À part une légère lueur que fait voir le casque bruni, on ne voit rien des deux qui parlent. L’ombre enveloppe les visages et les corps dans une unique obscurité.