“Pourquoi pleure-t-il alors?” demande le plus âgé de tous.
Pierre et Jean se lèvent ensemble et s’approchent du Maître. Ils pensent que l’unique chose à faire c’est de Lui faire sentir qu’ils l’aiment et de Lui demander ce qu’il a.
“Maître, tu pleures?” dit Jean en mettant sa tête blonde sur l’épaule de Jésus, qui le dépasse de la tête et du cou.
Et Pierre, en Lui mettant une main à la taille, en l’entourant presque d’un embrassement pour l’attirer à lui, Lui dit:
“Quelque chose te fait souffrir, Jésus? Dis-le à nous qui t’aimons.”
Jésus appuie sa joue sur la tête blonde de Jean et, desserrant ses bras, il passe à son tour son bras autour de l’épaule de Pierre. Ils restent ainsi embrassés tous les trois, dans une pose si affectueuse. Mais les larmes continuent de couler.
Jean, qui les sent tomber dans ses cheveux, recommence à Lui demander: “Pourquoi pleures-tu, mon Maître? Peut-être que de nous il te vient de la peine?”
Les autres apôtres se sont réunis au groupe affectueux et attendent anxieusement une réponse. “Non, dit Jésus. Pas de vous. Vous êtes pour Moi des amis et l’amitié, quand elle est sincère, est baume et sourire, jamais larme.
590.6 – Je voudrais que vous restiez toujours mes amis. Même maintenant que nous allons entrer dans la corruption qui fermente et qui corrompt celui qui n’a pas une volonté décidée de rester honnête.”
“Où allons-nous, Maître? Pas à Jérusalem? La foule t’a déjà salué joyeusement. Veux-tu la décevoir? Allons-nous peut-être en Samarie pour quelque prodige? Justement maintenant que la Pâque est proche?”
Les questions fusent de tout côté.
Jésus lève la main pour imposer le silence et puis, de sa main droite, il montre la ville. Un geste large comme celui du semeur qui jette son grain devant lui et il dit:
“Elle est la Corruption. Nous entrons dans Jérusalem. Nous y entrons. Et seul le Très-Haut sait comment je voudrais la sanctifier en y amenant la Sainteté qui vient des Cieux. La sanctifier à nouveau, cette ville qui devrait être la Cité Sainte. Mais je ne pourrai rien lui faire. Corrompue elle est, et corrompue elle reste. Et les fleuves de sainteté qui coulent du Temple vivant, et qui couleront encore davantage dans peu de jours jusqu’à le vider de la vie, ne suffiront pas pour la racheter. Ils viendront au Saint la Samarie et le monde païen. Sur les temples mensongers s’élèveront les temples du vrai Dieu. Les cœurs des gentils adoreront le Christ. Mais ce peuple, cette ville sera toujours pour Lui une ennemie et sa haine l’amènera au plus grand péché.
590.7 – Cela doit arriver. Mais malheur à ceux qui seront les instruments de ce crime. Malheur!…”
Jésus regarde fixement Judas qui est presque en face de Lui.
“Cela ne nous arrivera jamais. Nous sommes tes apôtres et nous croyons en Toi, prêts à mourir pour Toi.”
Judas ment effrontément et soutient sans embarras le regard de Jésus.
Les autres unissent leurs protestations.
Jésus répond à tous pour éviter de répondre directement à Judas.
“Veuille le Ciel que vous soyez tels, mais vous avez encore beaucoup de faiblesse en vous et la tentation pourrait vous rendre semblables à ceux qui me haïssent. Priez beaucoup et veillez beaucoup sur vous. Satan sait qu’il va être vaincu et il veut se venger en vous arrachant à Moi. Satan est autour de nous tous: de Moi, pour m’empêcher de faire la volonté du Père et d’accomplir ma mission; de vous, pour faire de vous ses serviteurs. Veillez. Dans ces murs Satan prendra celui qui ne saura pas être fort. Celui pour lequel cela aura été une malédiction d’être choisi parce qu’il a donné à ce choix un but humain. Je vous ai choisis pour le Royaume des Cieux et non pour celui du monde. Souvenez-vous-en.
590.8 – Et toi, cité qui veux ta ruine et sur qui je pleure, sache que ton Christ prie pour ta rédemption. Oh! si au moins en cette heure qui te reste tu savais venir à Celui qui serait ta paix! Si au moins tu comprenais à cette heure l’Amour qui passe au milieu de toi et si tu te dépouillais de la haine qui te rend aveugle et folle, cruelle pour toi-même et pour ton bien! Mais un jour viendra où tu te rappelleras cette heure! Trop tard alors pour pleurer et te repentir! L’Amour sera passé et sera disparu de tes routes et il restera la Haine que tu as préférée. Et la haine se tournera vers toi, vers tes enfants. Car on a ce qu’on a voulu, et la haine se paie par la haine.
Et ce ne sera pas alors la haine des forts contre le désarmé. Mais ce sera haine contre haine, et donc guerre et mort. Entourée de tranchées et de gens armés, tu souffriras avant d’être détruite et tu verras tomber tes fils tués par les armes et par la faim, et les survivants être prisonniers et méprisés, et tu demanderas miséricorde, et tu ne la trouveras plus parce que tu n’as pas voulu connaître ton Salut.
Je pleure, amis, car j’ai un cœur d’homme et les ruines de la patrie m’arrachent des larmes. Mais que ce qui est juste s’accomplisse puisque dans ces murs la corruption dépasse toute limite et attire le châtiment de Dieu. Malheur aux citoyens qui sont la cause du mal de leur patrie! Malheur aux chefs qui en sont la principale cause! Malheur à ceux qui devraient être saints pour amener les autres à être honnêtes, et qui au contraire profanent la Maison de leur ministère et eux-mêmes! Venez. À rien ne servira mon action. Mais faisons en sorte que la Lumière brille encore une fois au milieu des Ténèbres!”
Et Jésus descend suivi des siens. Il s’en va rapidement par le chemin, le visage sérieux et je dirais presque renfrogné. Il ne parle plus. Il entre dans une maisonnette au pied de la colline et je ne vois pas autre chose.