“Sont-ils nombreux les disciples?” demande Barthélemy.

“Oh! une multitude. On n’arrive pas à passer par les rues de Bethphagé. Aussi j’ai dit à Isaac de conduire l’âne chez Cléonte, le fromager” répond Thomas.

“Tu as bien fait. Allons jusqu’à cet escarpement des collines, et attendons un peu à l’ombre de ces arbres.”

Ils vont à l’endroit indiqué par Jésus.

“Mais nous nous éloignons! Tu dépasses Bethphagé en la contournant par derrière!” s’écrie l’Iscariote.

“Et si je veux le faire, qui peut m’en empêcher? Suis-je peut-être déjà prisonnier, pour qu’il ne me soit pas permis d’aller où je veux? Et est-on pressé que je le sois et craint-on que je puisse échapper à la capture? Et si j’estimais juste de m’éloigner pour des lieux plus sûrs, y a-t-il quelqu’un qui pourrait m’en empêcher?”

Jésus darde son regard sur le Traître qui ne parle plus et hausse les épaules, comme pour dire: “Fais ce que bon te semble.”

Ils tournent en effet en arrière du petit village, je dirais un faubourg de la ville elle-même car, du côté ouest, il est vraiment peu éloigné de la ville, faisant déjà partie des pentes de l’Oliveraie qui couronne Jérusalem du côté oriental. En bas, entre les pentes et la ville, le Cédron brille au soleil d’avril.

Jésus s’assoit dans cette silencieuse verdure et se concentre dans ses pensées. Puis il se lève et va réellement sur la cime de l’escarpement.

590.3 – Jésus me dit:

“Ici tu mettras la vision du 31 Juillet 1944: Jésus qui pleure sur Jérusalem, à partir de la phrase que je t’ai dite pour commencer la vision.” Et ensuite, il recommence à me montrer les phases de son entrée triomphale.

Dimanche 30 Juillet 1944.

590.4 – Je ne sais comment faire pour décrire, car je ressens au cœur un tel malaise que j’ai peine à rester assise. Mais il y a si longtemps que c’est ainsi. Je dois écrire ce que je vois.

Pour moi s’éclaire l’Évangile d’aujourd’hui: 9ème dimanche après la Pentecôte Celui de Luc 19, 41-47. Voir aussi dans le Livre d'Azarias, le commentaire des textes du 9e dimanche après la Pentecôte en date du 11 août 1946. .

D’un coteau près de Jérusalem, Jésus regarde la ville qui s’étend à ses pieds.

Le coteau n’est pas plus haut que la petite place San Miniato al Monte, à Florence; mais cela suffit pour que l’œil domine l’étendue de toutes les maisons et des rues qui montent et descendent sur les petits accidents de terrain sur lesquels se trouve Jérusalem. Cette colline est certainement bien plus haute, si on prend le niveau le plus bas de la ville, que ne l’est le Calvaire, mais elle est plus proche de l’enceinte que ce dernier. Elle commence exactement tout près des murs et s’élève rapidement en s’éloignant de ceux-ci, alors que de l’autre côté elle descend mollement vers une campagne toute verte qui s’étend vers l’est, vers l’orient si j’en juge du moins par la lumière solaire.

Jésus et les siens sont sous un bosquet, à l’ombre, assis. Ils se reposent du chemin parcouru. Puis Jésus se lève, quitte l’endroit boisé où ils étaient assis et s’en va tout à fait au sommet du coteau.

Sa haute personne se détache nettement dans l’espace vide qui l’entoure. Il paraît encore plus grand ainsi, debout, et seul. Il tient les mains serrées sur sa poitrine, sur son manteau bleu, et regarde extrêmement sérieux.

Les apôtres l’observent, mais ils le laissent faire sans bouger ni parler. Ils doivent penser qu’il s’est éloigné pour prier.

Mais Jésus ne prie pas. Après avoir longuement regardé la ville en tous ses quartiers, en toutes ses élévations, en toutes ses particularités, parfois avec de longs regards sur tel ou tel point, parfois en insistant moins, Jésus se met à pleurer sans sanglots ni bruit.

Les larmes gonflent ses yeux, puis coulent et roulent sur ses joues et tombent parterre… des larmes silencieuses et tellement tristes, comme celles de quelqu’un qui sait qu’il doit pleurer, seul, sans espérer de réconfort ni de compréhension de personne. À cause d’une douleur qui ne peut être annulée et qui doit être soufferte absolument.

590.5 – Le frère de Jean, à cause de sa position, est le premier à voir ces pleurs et il le dit aux autres qui se regardent entre eux, étonnés.

“Personne de nous n’a fait de mal” dit quelqu’un.

Et un autre:

“La foule aussi ne nous a pas insultés. Il ne s’y trouve personne qui Lui soit ennemi.”