586 – Le sabbat qui précède l’entrée à Jérusalem. Le diner à Béthanie. Judas Iscariote prend sa décision
28 mars 1947 / 2 mars 1945
Le vendredi 28 mars 1947.
586.1 – La cène a été préparée dans la salle toute blanche où Jésus a parlé aux femmes disciples. C’est toute une splendeur de blanc et d’argent, où mettent une nuance moins neigeuse et moins froide des bouquets de branches de pommiers ou de poiriers, ou d’autres arbres fruitiers, candides comme la neige, mais avec un léger souvenir de rose qui fait penser à de la neige effleurée par un baiser d’une lointaine aurore.
Elles se dressent dans des vases pansus ou de grêles amphores d’argent, sur des tables et sur des coffrets et des crédences qui sont le long des murs de la salle. Les fleurs répandent à travers la salle l’odeur caractéristique des fleurs des arbres à fruit, fraîche, un peu amère, du pur printemps…
Lazare entre dans la salle à côté de Jésus. Derrière, deux par deux, ou en groupes plus nombreux, les apôtres. En dernier lieu, les deux sœurs de Lazare avec Maximin.
Je ne vois pas les femmes disciples. Je ne vois pas même Marie. Peut-être elles ont préféré rester dans la maison autour de la Mère affligée.
On approche du crépuscule. Mais il reste quelques rayons de soleil pour frapper la frondaison bruissante de quelques palmiers qui forment un groupe à quelques mètres de la salle, et la cime d’un laurier gigantesque où des passereaux se disputent avant de prendre leur sommeil. Au-delà du palmier et du laurier, au-delà des haies de roses et de jasmins, des parterres de muguets et d’autres fleurs, et des plantes odoriférantes, la tache blanche saupoudrée de vert tendre des premières feuilles d’un groupe de pommiers ou de poiriers tardifs. Elle semble une nuée restée accrochée dans les branches.
586.2 – Jésus, en passant près d’une amphore garnie de branches, observe:
“Elles avaient déjà les premiers petits fruits. Regarde! À la cime des fleurs alors que plus bas la fleur est déjà tombée et que l’ovaire se gonfle.”
“C’est Marie qui a voulu les cueillir. Elle en a apporté des bouquets aussi à ta Mère. Elle s’est levée à l’aube, craignant qu’un jour de soleil de plus n’abîmât ces fragiles corolles. J’ai appris depuis peu ce massacre, mais je n’en ai pas été indigné comme les serviteurs agricoles. J’ai pensé, au contraire, qu’il était juste de t’offrir toutes les beautés de la création, à Toi, Roi de toutes les choses.”
Jésus s’assoit en souriant à sa place et il regarde Marie qui, avec sa sœur, se dispose à servir comme si elle était une servante, apportant les coupes pour la purification et les serviettes, puis versant le vin dans les calices et mettant les plateaux des mets sur la table à mesure que les serviteurs les apportent de la cuisine ou les présentent, après les avoir découpés sur les crédences.
Naturellement, si les sœurs servent avec courtoisie tous les convives, leur empressement va spécialement aux deux convives qui leur sont les plus chers: Jésus et Lazare.
586.3 – À un certain moment Pierre, qui mange avec appétit, observe:
“Regarde! Je m’en aperçois maintenant! Tous les plats comme on les sert en Galilée. Il me semble… mais oui! Il me semble être à un repas de noces. Cependant ici le vin ne manque pas comme il manqua à Cana.”
Marie sourit en versant à l’apôtre un nouveau calice de vin ambré, très limpide, mais elle ne parle pas.
C’est encore Lazare qui explique:
“En effet, c’était l’intention des sœurs et spécialement de Marie: servir un repas dans lequel le Maître aurait l’impression d’être dans sa Galilée, certainement meilleure, bien meilleure, bien que pourtant imparfaite que ce qui se fait en cet endroit…”
“Mais pour le Lui faire penser, il aurait fallu Marie à cette table. À Cana, elle y était. C’est par elle qu’arriva le miracle” observe Jacques d’Alphée.
“Ce devait être un grand vin celui-là!”
“Le vin est symbole de gaieté, et devrait l’être aussi de fécondité, puisque c’est le jus de la vigne féconde. Mais il ne me semble pas qu’il ait beaucoup fécondé: Suzanne n’a pas d’enfant” dit l’Iscariote.
“Oh! c’était un vin! Il a fécondé notre esprit…” dit Jean, rêvant un peu comme il l’est toujours quand il contemple en son intérieur les miracles opérés par Dieu, Et il termine:
“C’est par une vierge que cela a été fait… et une influence de pureté descendit en celui qui le goûta.”
“Mais crois-tu Suzanne vierge?” demande l’Iscariote en riant.
“Je n’ai pas dit cela. Vierge est la Mère du Seigneur. La virginité découle de tout ce qui est accompli par elle. Je ne cesse de penser comme sont virginisantes toutes les choses qui se font par Marie…” et il rêve de nouveau, souriant à je ne sais quelle vision.