“Ce n’est plus un tombeau, puisqu’il ne contient pas la mort.”
“Mais il l’a contenue pendant quatre jours. On est, pour beaucoup moins, réputé immonde en Israël! Celui qui effleure avec son vêtement quelqu’un qui a touché un cadavre, vous dites qu’il est immonde, et mon tombeau dégage encore des relents de mort bien qu’étant ouvert depuis si longtemps.”
“Peu importe. Nous nous purifierons.”
Lazare regarde les deux pharisiens Jean et Eléazar, et leur dit:
“Vous aussi vous venez?”
“Oui, nous venons.”
585.4 – Lazare va rapidement vers le côté limité par des haies hautes et épaisses comme des murs, et il ouvre un portail inséré dans l’une d’entre elles et il se présente sur la route qui mène à la maison de Simon et il fait signe d’avancer à ceux qui attendent. Il les conduit vers le tombeau. Un rosier en fleurs en contourne l’entrée, mais il ne suffit pas pour supprimer l’horreur qui émane d’une tombe ouverte. Sur la roche inclinée sous l’arc fleuri on lit les mots: “Lazare, viens dehors!”
Les malveillants les voient tout de suite, et disent tout de suite:
“Pourquoi as-tu fait graver là ces mots? Tu ne devais pas!”
“Pourquoi? Dans ma maison je puis faire ce que je veux, et personne ne peut m’accuser de péché si j’ai voulu fixer sur la roche, afin qu’ils fussent ineffaçables, les mots du cri divin qui m’a rendu la vie. Quand je serai à l’intérieur, et que je ne pourrai plus célébrer la puissance du Rabbi, je veux que le soleil les lise encore sur la pierre, et que les vents les apprennent aux arbres, que les caressent les oiseaux et les fleurs, en continuant à ma place de bénir le cri du Christ qui m’a tiré de la mort.”
“Tu es un païen! Tu es un sacrilège! Tu blasphèmes notre Dieu. Tu célèbres le sortilège du fils de Belzébuth. Attention à toi, Lazare!”
“Je vous rappelle que je suis dans ma maison et que vous êtes dans ma maison, venus sans être appelés et dans des intentions indignes. Vous êtes pires qu’eux qui sont païens, mais reconnaissent un Dieu en Celui qui a ressuscité.”
“Anathème! Tel Maître, tel disciple. Horreur! Éloignons-nous! Loin de ce cloaque impur. Corrupteur d’Israël, le Sanhédrin se souviendra de tes paroles.”
“Et Rome de vos complots. Sortez!”
Lazare, toujours doux, se rappelle qu’il est le fils de Théophile, et les chasse comme une bande de chiens. Il reste les pèlerins de toutes les régions et ils demandent, ils regardent, ils implorent de voir le Christ.
585.5 – “Vous le verrez dans la ville. Maintenant, non. Je ne puis.”
“Ah! mais il vient dans la ville? Vraiment? Tu ne mens pas? Il vient même s’ils le haïssent à ce point?”
“Il vient. Partez maintenant, tranquilles. Voyez-vous comment repose la maison? On ne voit personne et on n’entend pas un mot. Vous avez vu ce que vous vouliez: le ressuscité et le lieu de sa sépulture. Maintenant partez, mais ne rendez pas votre curiosité stérile. Que de m’avoir vu, moi, vivante preuve de la puissance de Jésus Christ, l’Agneau de Dieu et le Messie très Saint, puisse vous amener tous sur son chemin. C’est à cause de cette espérance que je suis content d’être ressuscité: car j’espère que le miracle pourra émouvoir ceux qui doutent et convertir les païens, en les persuadant tous qu’un seul est le vrai Dieu et un seul le vrai Messie: Jésus de Nazareth, Maître saint.”
Les gens se séparent de mauvais gré. Pour un qui part, il en arrive dix, car de nouvelles gens continuent de venir. Mais Lazare, avec l’aide de quelques serviteurs, réussit à repousser tout le monde dehors et à fermer les grilles.
585.6 – Il va se retirer en ordonnant: “Surveillez pour qu’on ne force pas la clôture ou qu’on ne la saute pas. Le soir va bientôt descendre et ils vont s’en aller à leurs abris”, quand il voit sortir d’un massif de myrtes Eléazar et Jean.
“Quoi? Je ne vous avais pas vus et je croyais…”
“Ne nous chasse pas. Nous sommes entrés dans un massif pour ne pas être vus. Nous devons parler au Maître. Nous sommes venus nous, étant moins suspects que Joseph et Nicodème. Mais nous voudrions n’être vus de personne, sauf de toi et du Maître… Tes serviteurs sont-ils sûrs?”
“Dans la maison de Lazare, c’est la coutume de ne voir et n’entendre que ce qui plaît au maître, et de ne rien savoir pour les étrangers. Mais venez par ce sentier, entre ces deux murs de verdure plus épais qu’un mur.”
Il les conduit dans une ruelle qui se trouve entre la double barrière impénétrable des buis et des lauriers.
“Restez ici, je vous amènerai Jésus.”
“Que personne ne s’en aperçoive!…”
“Ne craignez pas.”
585.7 – L’attente dure peu. Bientôt, sur le sentier à demi-obscur à cause de l’entrelacement des branches, Jésus apparaît, tout blanc dans son vêtement de lin, et Lazare reste au bord du sentier comme s’il était de garde, ou par prudence. Mais Eléazar lui dit, ou plutôt lui fait signe:
“Viens ici.”
Lazare s’approche alors que Jésus salue les deux qui Lui rendent de profonds hommages.
“Maître, et toi, Lazare, écoutez. Dès que s’est répandue la nouvelle que tu es venu et que tu es ici, le Sanhédrin s’est réuni dans la maison de Caïphe. Tout est abusif de ce qui se fait… Et il a décidé… Ne te flatte pas, Maître! Sois circonspect, Lazare! Que ne vous séduise pas une paix qui n’est qu’une feinte, l’apparente somnolence du Sanhédrin, c’est une feinte, Maître. Une feinte pour t’attirer et te prendre sans que la foule s’agite et se prépare à te défendre. Ton sort est fixé, et le décret ne change pas. Que ce soit demain ou dans un an, il s’accomplira. Le Sanhédrin n’oublie jamais ses vengeances. Il attend, il sait attendre l’occasion favorable, mais ensuite!…
Et toi aussi, Lazare. Ils veulent te faire disparaître, te prendre, te supprimer parce qu’à cause de toi, il y en a trop qui les abandonnent pour suivre le Maître. Toi, tu l’as dit par un mot juste, tu es le témoignage de son pouvoir. Et ils veulent le détruire. Les foules oublieront vite, ils le savent. Après ta disparition et celle du Rabbi, beaucoup d’ardeurs s’éteindront.”
“Non, Eléazar! Elles flamberont!” dit Jésus.
“Oh! Maître! Mais qu’y aura-t-il si tu es mort? Qu’est-ce qui fera que flambe la foi en Toi, en supposant qu’elle existe, si tu es éteint? J’espérais pouvoir te dire seulement une chose agréable et te faire une invitation: mon épouse va bientôt mettre au jour le fils que ta justice a fait fleurir, en remettant la paix entre deux cœurs en tempête. Il naîtra pour la Pentecôte. Je voudrais te dire de venir pour le bénir Le petit garçon que les parents veulent prénommer Emmanuel. "Ce nom te dit ce que je pense. Car mon fils, bienheureux sera-t-il, n'aura pas à lutter pour croire, comme nous le devons. Il grandira dans le temps messianique, et il lui sera facile d'en accepter l'idée" confie Jean à son ami Lazare (EMV 566.22). . Si tu entres sous mon toit, tout malheur en sera pour toujours éloigné” dit le pharisien Jean.
“Je te donne dès maintenant ma bénédiction…”
“Ah! tu ne veux pas venir chez moi! Tu ne me crois pas loyal! Je le suis, Maître! Dieu me voit!”
“Je le sais. C’est que… je ne serai plus parmi vous pour la Pentecôte.”
“Mais l’enfant naîtra dans la maison de campagne…”
“Je le sais, mais je n’y serai pas. Et pourtant toi, ton épouse, celui qui va naître et les fils que tu as déjà, ont ma bénédiction. Merci d’être venus. Maintenant partez. Conduis-les par le sentier au-delà de la maison de Simon. Qu’ils ne soient pas vus… Je retourne à la maison. Paix à vous…”