“Pourquoi ne doit-elle pas y être? Qu’a-t-elle de différent de la mère de tes frères et de celle des fils de Zébédée?”

“Toi. Et tu sais pourquoi je te le dis. Mais si tu m’écoutes, si tu vas à Bozra, j’enverrai prévenir ta mère et je la ferai accompagner pour qu’elle, qui est si bonne, t’aide à guérir.

575.15 – Crois-le: nous seuls t’aimons ainsi, sans mesure. Ils sont trois qui t’aiment dans le Ciel: le Père, le Fils, l’Esprit Saint, qui t’ont contemplé et qui attendent ta décision pour faire de toi la gemme de la Rédemption, la proie la plus grande arrachée à l’Abîme. Et ils sont trois sur la Terre: ta mère, ma Mère et Moi. Rends-nous heureux, Judas! Nous du Ciel, nous de la Terre, ceux qui t’aiment d’un amour véritable.”

“Tu le dis: il n’y en a que trois qui m’aiment: les autres… non.”

“Pas comme nous, mais ils t’aiment tant. Élise t’a défendu. Les autres étaient inquiets pour toi. Quand tu es éloigné, tous te portent dans leur cœur et ont ton nom sur leurs lèvres. Tu ne connais pas tout l’amour qui t’entoure. Celui qui t’opprime te le cache. Mais crois à ma parole.”

“Je te crois et je chercherai à te satisfaire. Mais je veux agir de moi-même. C’est de moi-même que j’ai erré, c’est de moi-même que je dois guérir du mal.”

“Il n’y a que Dieu qui puisse agir de Lui-même. Cette pensée est de l’orgueil. Dans l’orgueil se trouve encore Satan. Sois humble, Judas. Prends cette main qui t’offre son amitié. Réfugie-toi sur ce cœur qui s’ouvre pour te protéger. Ici, avec Moi, Satan ne pourrait te faire du mal.”

“J’ai essayé d’être avec Toi… Je suis descendu toujours plus… C’est inutile!”

“Ne dis pas cela! Ne dis pas cela! Repousse le découragement. Dieu peut tout. Serre-toi à Dieu. Judas! Judas!”

“Tais-toi! Que les autres n’entendent pas…”

“Tu te préoccupes des autres et non de ton esprit? Malheureux Judas!…”

575.16 – Jésus ne parle plus, mais il continue de rester à côté de l’apôtre jusqu’à ce que la femme, qui était en avant de quelques mètres, entre dans une maison qui émerge d’un bois d’oliviers. Alors Jésus dit à son disciple:

“Je ne dormirai pas cette nuit. Je prierai pour toi, et je t’attendrai… Que Dieu parle à ton cœur. Et toi, écoute-le… Je resterai ici où je suis maintenant pour prier, jusqu’à l’aube… Rappelle-le-toi.”

Judas ne Lui répond pas. Les autres sont arrivés et aussi les femmes, et tous restent ensemble en attendant le retour de la samaritaine. Elle ne tarde guère à revenir. Elle a avec elle une autre femme qui lui ressemble et qui les salue en disant:

“Je n’ai pas beaucoup de pièces car j’ai déjà les moissonneurs qui pour le moment travaillent aux oliviers. Mais j’ai un grand grenier avec beaucoup de paille. Pour les femmes, j’ai de la place. Venez.”

“Allez! Moi je reste ici à prier. La paix à vous tous” dit Jésus.

Et pendant que les autres s’en vont, il retient sa Mère pour lui dire:

“Je reste à prier pour Judas, ma Mère. Aide-moi, toi aussi…”

“Je t’aiderai, mon Fils. Peut-être renaît-il en lui la volonté?”

“Non, Maman. Mais nous devons faire comme si… Le Ciel peut tout, Maman!”

“Oui. Et moi, je puis encore avoir des illusions. Pas Toi, mon Fils. Tu sais, mon Saint Fils! Mais moi, je t’imiterai toujours. Va et sois tranquille, mon amour! Même quand tu ne pourras plus lui parler parce qu’il te fuira, j’essaierai de te l’amener. Que seulement le Père très Saint écoute ma souffrance… Me laisses-tu prier avec Toi, Jésus? Nous prierons ensemble et ce sera autant d’heures pour te posséder pour moi seule…”

“Reste, Maman. Je t’attends ici.”

575.17 – Marie s’en va rapidement et revient de même. Ils s’assoient sur leurs sacs, aux pieds des oliviers. Dans le grand silence, on entend le bruissement du fleuve peu éloigné, et le chant des cigales semble puissant dans le grand silence de la nuit. Puis, c’est le chant des rossignols. Une chouette rit et un petit duc pleure. Les étoiles se déplacent lentement dans le firmament où elles sont reines, maintenant que la lune qui est couchée ne les offusque plus. Puis un coq rompt l’air tranquille de son cri vibrant. Beaucoup plus loin, à peine perceptible, un autre coq lui répond. Puis de nouveau le silence rompu par un arpège de gouttes qui tombent des tuiles d’une maison toute proche sur le pavé qui l’entoure. Et puis un nouveau bruissement dans les feuillages comme s’ils secouaient l’humidité de la nuit et un cri isolé d’un oiseau qui se réveille, et en même temps un changement dans le ciel, un retour de la lumière. C’est l’aube. Et Judas n’est pas venu…

Jésus regarde sa Mère, blanche comme un lys contre l’olivier sombre, et il lui dit:

“Nous avons prié, Mère. Notre prière, Dieu s’en servira…”