“Tu restes? Tu avais dit…” interrompt Salomé.

“Si tous y allaient, je venais moi aussi, pour ne pas rester seule ici. Mais étant donné que Judas reste…”

“Mais alors je viens. Je ne veux pas que tu te sacrifies, femme. Certainement tu iras volontiers voir le refuge du Baptiste…”

“Je suis de Bet-Çur et je n’ai jamais senti le besoin d’aller à Bethléem pour voir la grotte où le Maître est né Cf. Bet-Çur est à une quinzaine de kilomètres au sud-ouest de Bethléem. . C’est ce que je ferai quand je n’aurai plus le Maître. Pense si je brûle de voir l’endroit où Jean a été… Je préfère exercer la charité, sûre qu’elle a plus de valeur qu’un pèlerinage.”

“Tu fais un reproche au Maître. Tu ne t’en aperçois pas?”

“Je parle pour moi. Lui y va, et il fait bien. Lui est le Maître. Moi, je suis une vieille à qui les douleurs ont enlevé toute curiosité et à qui l’amour pour le Christ a enlevé le désir de tout ce qui n’est pas le servir.”

“Alors, pour toi, c’est un service de m’espionner.”

“Fais-tu des choses dignes de reproches? On surveille celui qui fait des choses nuisibles, mais je n’ai jamais espionné personne, homme. Je n’appartiens pas à la famille des serpents. Et je ne trahis pas.”

“Moi non plus.”

“Dieu le veuille pour ton bien. Mais je n’arrive pas à comprendre pourquoi il t’est si odieux que je reste me reposer ici…”

573.5 – Jésus, muet jusqu’alors, qui écoute au milieu des autres étonnés de cette prise de bec, lève la tête qu’il tenait un peu inclinée et dit:

“Suffit. Le désir que tu as, peut l’avoir à plus forte raison une femme, et de plus une femme âgée. Vous resterez ici jusqu’à l’aurore du lendemain du sabbat, puis vous me rejoindrez. En attendant, va acheter ce qui peut être nécessaire pour ces jours. Va et dépêche-toi.”

Judas s’en va, à contrecœur, acheter la nourriture. André s’apprête à le suivre, mais Jésus le prend par le bras en lui disant:

“Reste. Il peut le faire tout seul.” Jésus est très sévère.

Élise le regarde et puis va près de Lui pour Lui dire:

“Pardon, Maître, si je t’ai déplu.”

“Je n’ai pas à te pardonner, femme. Et toi, plutôt, pardonne à cet homme, comme si c’était ton fils.”

“C’est avec ce sentiment que je reste près de lui… même s’il croit le contraire… Tu me comprends…”

“Oui, et je te bénis. Et je te dis que tu as bien parlé en disant que les pèlerinages aux endroits où j’ai été seront une nécessité qui viendra quand je ne serai plus parmi vous… une nécessité de réconfort pour votre esprit. Pour le moment, c’est seulement servir les désirs de votre Jésus. Et tu as compris un de mes désirs, puisque tu te sacrifies pour protéger un esprit imprudent…”

Les apôtres se regardent entre eux… Les femmes disciples aussi. Marie seulement reste toute voilée et elle ne lève pas la tête pour échanger un regard avec quelqu’un. Marie de Magdala, debout comme une reine qui juge, n’a jamais perdu de vue Judas qui tourne parmi les vendeurs, et a un regard courroucé et un pli méprisant sur sa bouche serrée. Son expression en dit plus que si elle parlait…

Judas revient. Il donne à ses compagnons ce qu’il a acheté. Il réajuste son manteau dont il s’était servi pour porter les achats qu’il avait faits, et il fait le geste de donner la bourse à Jésus.

Jésus la repousse de la main:

“Ce n’est pas nécessaire. Pour les aumônes, il y a encore Marie. À toi d’être bienfaisant ici. Il y a de nombreux mendiants qui descendent de tous les côtés pour aller vers Jérusalem ces jours-ci. Donne, sans préventions et avec charité, en te rappelant que nous sommes tous pour Dieu des mendiants de sa miséricorde et de son pain… Adieu. Adieu, Élise. La paix soit avec vous.”

Et il se tourne rapidement pour se mettre à marcher d’un pas décidé sur la route qui était près de Lui, sans donner à Judas le temps de le saluer…

Tous le suivent en silence. Ils sortent de la ville pour se diriger vers le nord-est, à travers la très belle campagne…