“Dans le Temple? Toi, dans le Temple? Et tu oserais? Mais tu ne sais pas…”

“Que vous me haïssez? Je le sais. Il me suffit de n’être pas haï par mon Père. D’ici peu le Temple frémira à cause de ma parole.”

Et sans plus s’occuper de son interlocuteur il ouvre les bras pour imposer le silence aux gens qui s’agitent en deux courants opposés et manifestent contre les perturbateurs.

570.6 – Il se fait un silence subit, et Jésus parle dans ce silence:

“À Silo j’ai parlé des mauvais conseillers Cf. EMV 569.1 au chapitre précédent. et de ce qui peut réellement faire, d’un conseil, un bien ou un mal. À vous qui n’êtes plus seulement de Lébona, mais de tous les endroits de la Palestine, je propose maintenant cette parabole. Nous l’appellerons: “La parabole des mal conseillés”.

Écoutez. Il y avait une fois une famille très nombreuse, au point d’être une tribu. Les nombreux enfants s’étaient mariés en formant autour de la première famille beaucoup d’autres familles avec de nombreux enfants. Ces derniers à leur tour, en se mariant, avaient formé d’autres familles. De sorte que le vieux père s’était, pour ainsi dire, trouvé à la tête d’un petit royaume dont il était le roi.

Comme il arrive toujours dans les familles, parmi les nombreux enfants et les enfants des enfants, il y en avait de différents caractères: des bons et justes, des orgueilleux et injustes. Ceux qui étaient contents de leur sort et ceux qui étaient envieux, leur part leur semblant plus petite que celle d’un frère ou d’un parent. Et il y avait, près du plus mauvais, le meilleur de tous. Et il était naturel que ce dernier fût le plus tendrement aimé du père de toute la grande famille. Et, comme il arrive toujours, le mauvais et ceux qui lui ressemblaient davantage, haïssaient le bon parce qu’il était le plus aimé, ne réfléchissant pas qu’eux aussi auraient pu être aimés s’ils avaient été bons comme lui. Et celui qui était bon et auquel le père confiait ses pensées pour qu’il les dît à tous, était suivi par d’autres qui étaient bons. De cette façon la grande famille s’était divisée en trois parties: celle des bons et celle des mauvais, et entre l’une et l’autre la troisième partie faite des indécis, qui se sentaient attirés vers le bon fils, mais craignaient le fils mauvais et ceux de son parti. Cette troisième partie louvoyait entre l’une et l’autre des deux premières et ne savait pas se décider avec fermeté pour l’une ou l’autre. Alors le vieux père, en voyant cette indécision, dit à son fils bien-aimé:

“Jusqu’à présent tu as dépensé ta parole spécialement pour ceux qui l’aiment et pour ceux qui ne l’aiment pas, parce que les premiers te la demandent pour m’aimer toujours plus avec justice, et parce que les autres sont des sots qu’il faut rappeler à la justice. Mais tu vois que ces sots non seulement ne l’accueillent pas en restant ce qu’ils étaient, mais qu’à leur première injustice envers toi, qui leur portes mon désir, ils joignent celle de corrompre par de mauvais conseils ceux qui ne savent pas vouloir fortement prendre le meilleur chemin. Va donc les trouver, et parle-leur de ce que je suis, et de ce que tu es, et de ce qu’ils doivent faire pour être avec moi et avec toi”.

570.7 – Le fils, toujours obéissant, alla comme le voulait le père, et chaque jour il conquérait quelque cœur. Et le père vit ainsi clairement quels étaient ses vrais fils rebelles, et il les regardait avec sévérité, sans cependant leur faire des reproches parce qu’il était père, et qu’il voulait les attirer à lui par la patience, l’amour et l’exemple des bons.

Mais les mauvais dirent quand ils se virent seuls:

“Ainsi il apparaît trop clairement que nous sommes les rebelles. Auparavant ils nous confondaient parmi ceux qui n’étaient ni bons ni mauvais. Maintenant, vous les voyez, ils vont tous derrière le fils aimé. Il faut agir, détruire son œuvre. Allons, en feignant de nous être ravisés, parmi ceux qui sont à peine convertis, et aussi près des plus simples des meilleurs; et répandons le bruit que le fils aimé feint de servir le père, mais qu’en réalité il se fait des partisans pour ensuite se révolter contre lui; ou bien disons que le père a l’intention d’éliminer son fils et ses partisans, parce qu’ils triomphent trop et offusquent sa gloire de père-roi et que par conséquent, pour défendre le fils aimé et trahi, il faut le retenir parmi nous, loin de la maison paternelle où l’attend la trahison”.

Et ils allèrent, si finement rusés en suggérant et répandant leurs avis et leurs conseils, que beaucoup tombèrent dans le piège, spécialement ceux qui étaient convertis depuis peu, auxquels les mauvais conseillers donnaient ce mauvais conseil:

“Voyez combien il vous a aimés? Il a préféré venir parmi vous plutôt que de rester près de son père ou du moins près de ses bons frères. Il a tant fait qu’en présence du monde il vous a relevé de votre abjection d’êtres qui ne savaient pas ce qu’ils voulaient et dont tout le monde, à cause de cela, se moquait.

À cause de cette prédilection à votre égard, vous avez le devoir de le défendre, et même de le retenir, de force si vos paroles de persuasion ne suffisent pas pour le maintenir dans votre camp. Ou bien soulevez-vous pour le proclamer votre chef et roi et marchez contre le père inique et ses fils iniques comme lui”.

Certains hésitaient en faisant remarquer:

“Mais lui veut, a voulu que nous allions avec lui pour honorer le père, et il nous a obtenu bénédiction et pardon”.

À ces derniers ils disaient:

“Ne croyez pas! Il ne vous a pas dit toute la vérité et le père ne vous a pas montré toute la vérité. Il a agi ainsi parce qu’il sent que le père va le trahir et qu’il a voulu éprouver vos cœurs pour savoir où trouver protection et refuge. Mais peut-être… il est si bon! Peut-être ensuite il se repentira d’avoir douté de son père et il voudra revenir à lui. Ne le lui permettez pas”.

Et beaucoup promirent:

“Nous ne le permettrons pas.”

Et ils s’enflammèrent en faisant des projets susceptibles de retenir le fils aimé. Ils ne s’aperçurent pas que pendant que les mauvais conseillers disaient: “Nous vous aiderons pour sauver le béni”, leurs yeux étaient pleins de lueurs mensongères et cruelles, et qu’ils se faisaient des clins d’œil en se frottant les mains et en murmurant: “Ils tombent dans le piège! Nous allons triompher!” chaque fois que quelqu’un adhérait à leurs paroles sournoises.

570.8 – Puis les mauvais conseillers s’en allèrent. Ils s’en allèrent en répandant dans d’autres endroits le bruit que bientôt on aurait vu la trahison du fils aimé, sorti des terres de son père pour créer un royaume, opposé au père, avec ceux qui haïssaient le père ou du moins ne lui donnaient pas un amour assuré. Et ceux qui avaient été suggestionnés par de mauvais conseils complotaient pendant ce temps comment faire pour amener le fils aimé au péché de rébellion qui aurait scandalisé le monde.

Les plus sages seulement d’entre eux, ceux chez lesquels étaient pénétrée plus profondément la parole du juste et y avait mis des racines parce qu’elle était tombée dans un terrain avide de l’accueillir, dirent, après avoir réfléchi:

“Non. Il n’est pas bien de le faire. C’est un acte de malveillance envers le père, envers le fils et même envers nous. Nous connaissons la justice et la sagesse de l’un et de l’autre. Nous la connaissons même si malheureusement nous ne l’avons pas toujours suivie. Et nous ne devons pas penser que les conseils de ceux qui ont toujours été ouvertement contre le père et la justice, et aussi contre le fils aimé par le père, puissent être plus justes que ceux que nous a donnés le fils béni”.

Et ils ne les suivirent pas. Au contraire, avec amour et avec douleur, ils laissèrent aller le fils là où il devait, en se bornant à l’accompagner avec des signes d’amour jusqu’aux limites de leurs champs et à lui promettre dans leur adieu: