Personne ne répond.

“Il est allé là-haut, Maître. Nous pouvons nous aussi aller à la maison. Je dépose ici les vêtements de Judas, de Simon et de ton frère Jacques, et puis je mettrai les autres de Simon Pierre, d’André, de Thomas et de Philippe dans la maison d’Anne.”

C’est ce qu’ils font et je comprends que pour faire place aux femmes disciples, les apôtres s’en sont allés dans d’autres maisons, sinon tous, au moins une partie d’entre eux.

Désormais débarrassés des vêtements, ils s’en vont en parlant entre eux, vers la maison de Marie de Jacob et y entrent par la petite porte du jardin qui est seulement poussée. La maison est silencieuse et vide. Jean voit posée à terre une amphore pleine d’eau et, pensant peut-être que la petite vieille l’a déposée là avant qu’on ne l’appelle pour assister la femme, il la prend et se dirige vers une pièce fermée. Jésus s’attarde dans le couloir pour enlever son manteau et le plier avec son soin habituel avant de le déposer sur le coffre de l’entrée.

567.11 – Jean ouvre la porte et pousse un “ah!” presque terrifié. Il laisse tomber le broc et couvre ses yeux de ses mains, en se courbant, comme pour se faire petit, pour disparaître, pour ne pas voir. De la pièce arrive un bruit de pièces de monnaie qui se répandent sur le sol en résonnant.

Jésus est déjà à la porte. Il m’a fallu plus de temps pour décrire qu’à Lui pour arriver. Il écarte vivement Jean qui gémit: “Va-t’en! Va-t’en!” Il ouvre la porte entrouverte. Il entre.

C’est la pièce où, depuis que les femmes sont là, ils prennent leurs repas. Il s’y trouve deux coffres anciens ferrés et devant l’un d’eux, juste en face de la porte, se trouve Judas, livide, ses yeux étincellent de colère et en même temps d’effroi, avec une bourse dans les mains… Le coffre fort est ouvert… et à terre sont répandues des pièces et d’autres tombent par terre en glissant hors d’une bourse qui est sur le bord du coffre, ouverte, et à moitié couchée. Tout témoigne d’une manière qui ne peut laisser aucun doute de ce qui se passe. Judas est entré dans la maison, il a ouvert le coffre et il a volé. Il était en train de voler.

Personne ne parle. Personne ne bouge. Mais c’est pire que si tous criaient et se lançaient les uns contre les autres. Trois statues: Judas, le démon; Jésus, le Juge; Jean, le terrorisé par la révélation de la bassesse de son compagnon.

La main de Judas qui tient sa bourse est agitée par un tremblement et les pièces qui s’y trouvent laissent entendre un bruit étouffé.

Jean est tout tremblant et, bien qu’il soit resté les mains serrées sur sa bouche, ses dents claquent alors que ses yeux effrayés regardent Jésus plus que Judas.

Jésus ne frémit pas. Il est debout et glacial, tout à fait glacial tellement il est rigide.

Finalement il fait un pas, un geste et prononce un mot. Un pas vers Judas, un geste pour faire signe à Jean de se retirer et un mot:

“Va!”

Mais Jean a peur et gémit:

“Non! Non! Ne me renvoie pas. Laisse-moi ici. Je ne dirai rien… mais laisse-moi ici, avec Toi.”

“Va-t-en! Ne crains pas! Ferme toutes les portes… et s’il vient quelqu’un… n’importe qui… même ma Mère… ne les laisse pas venir ici. Va! Obéis!”

“Seigneur!…”

Il semble que ce soit Jean le coupable, tant il est suppliant et abattu.

“Va, te dis-je. Il n’arrivera rien. Va!”

Jésus adoucit son commandement en mettant sa main sur la tête du Préféré avec un geste caressant, et je vois que cette main maintenant tremble. Jean la sent trembler, il la prend et la baise avec un sanglot qui dit tant de choses. Il sort.

567.12 – Jésus ferme la porte avec un verrou. Il se retourne pour regarder Judas, qui doit être bien anéanti puisqu’il n’ose pas lui, si audacieux, un mot ou un geste.

Jésus va tout droit devant lui, en tournant autour de la table qui occupe le milieu de la pièce. Je ne sais dire s’il va rapidement ou lentement. Je suis trop effrayée par son visage pour mesurer le temps. Je vois ses yeux et j’ai peur comme Jean. Judas lui-même a peur, il s’arrête entre le coffre et une fenêtre grande ouverte par laquelle la lumière rouge du couchant se déverse toute sur Jésus.

Quels yeux a Jésus! Il ne dit pas un mot. Mais quand il voit que de la ceinture du vêtement de Judas dépasse une sorte de crochet, il a une réaction effrayante. Il lève le bras avec le poing fermé, comme pour frapper le voleur, et sa bouche commence le mot: “Maudit!” Mais il se domine. Il arrête le bras qui allait tomber et coupe le mot aux trois premières lettres. Et faisant pour se maîtriser un effort qui le fait trembler tout entier, il se borne à desserrer son poing fermé, à abaisser son bras levé à la hauteur de la bourse que Judas a dans les mains, et à l’arracher pour la jeter contre le sol, en disant d’une voix étouffée alors qu’il foule aux pieds la bourse et les pièces, et les disperse avec une fureur contenue mais terrible:

“Au loin! Ordure de Satan! Or maudit! Crachat d’enfer! Venin de serpent! Au loin!”

Judas, qui a poussé un cri étouffé quand il a vu Jésus près de le maudire, ne réagit plus. Mais de l’autre côté de la porte fermée, un autre cri résonne quand Jésus lance la bourse contre le sol, et ce cri de Jean exaspère le voleur et lui rend son audace démoniaque. Il en devient furieux. Il se jette presque contre Jésus en criant: