“Je le sais. Et pour cela, je me sers de toi et je me servirai de toi comme du plus parfait ami.”
“Dois-je réellement aller trouver Pilate?”
“Oui, si tu veux. Mais pour Pierre, pas pour Moi.”
“Maître, je te ferai savoir… Quand quittes-tu cet endroit?”
“D’ici huit jours. J’aurai à peine le temps d’aller où je veux et me trouver ensuite chez toi avant Pâque. Pour me retremper à Béthanie, l’oasis de paix, avant de me plonger dans le tumulte de Jérusalem.”
“Tu sais, Maître, que le Sanhédrin est bien décidé à créer les accusations, étant donné qu’il n’y en a pas, pour t’obliger à fuir pour toujours? Je le sais par le sanhédriste Jean, que j’ai rencontré par hasard à Ptolémaïs, heureux du nouveau fils qui va naître bientôt. Il m’a dit: “Je suis affligé de cette décision du Sanhédrin. Car j’aurais voulu que le Maître fût présent à la circoncision du bébé que j’espère être un garçon. Il doit naître dans les premiers jours de tamouz Mi-juin. . Mais le Maître sera-t-il encore parmi nous pour ce temps? Et je voudrais… Que le petit Emmanuel, et ce nom te dit ce que je pense, l’eût pour le bénir à son entrée dans le monde. Car mon fils, bienheureux sera-t-il, n’aura pas à lutter pour croire, comme nous le devons. Il grandira dans le temps messianique, et il lui sera facile d’en accepter l’idée”. Jean est arrivé à croire que tu es le Promis.”
“Et ce seul, au milieu de tant d’autres, me dédommage de ce que les autres ne font pas. Lazare, saluons-nous ici, dans la paix. Et merci pour tout, mon ami. Tu es un ami véritable. Avec dix qui te ressembleraient, il serait encore doux de vivre au milieu de tant de haine…”
“Maintenant tu as ta Mère, mon Seigneur. Elle vaut dix et cent Lazare. Mais rappelle-toi bien que quelle que soit la chose dont tu peux avoir besoin, s’il m’est possible, je te la procurerai. Commande-moi et je serai ton serviteur, en tout. Je ne serai pas sage, ni saint comme les autres qui t’aiment, mais un autre plus fidèle que moi, en mettant Jean à part, tu n’en pourras pas trouver. Je ne crois pas être orgueilleux en le disant.
566.23 – Et maintenant que nous avons parlé de Toi, je vais te parler de Syntica. Je l’ai vue. Elle est active et sage comme seule une grecque, qui a pu venir à ta suite, peut l’être. Elle souffre d’être au loin, mais elle dit qu’elle est heureuse de préparer ton chemin. Elle espère te voir avant de mourir.”
“Elle me verra certainement. Je ne déçois jamais les espérances des justes.”
“Elle a une petite école très fréquentée par des fillettes de toutes provenances. Mais le soir, elle prend avec elle quelque pauvre fillette de sang mêlé et n’appartenant donc à aucune religion, et elle les instruit sur Toi. Je lui ai dit: “Pourquoi ne te fais-tu pas prosélyte? Cela t’aiderait beaucoup”.
Elle m’a répondu: “Parce que je ne veux pas me consacrer à ceux d’Israël, mais aux autels vides qui attendent un Dieu. Je les prépare à recevoir mon Seigneur. Puis, une fois son Règne établi, j’irai dans ma Patrie, et sous le ciel de l’Hellade, je consumerai ma vie à préparer les cœurs aux maîtres. C’est mon rêve. Mais si je meurs auparavant de maladie ou par la persécution, je m’en irai également heureuse, car ce sera signe que j’ai accompli mon travail et qu’il appelle à Lui sa servante qui l’a aimé dès la première rencontre”.
“C’est vrai. Syntica m’a réellement aimé dès la première rencontre.”
“Je voulais lui taire à quel point tu es tourmenté. Mais Antioche résonne comme une coquille de tous les bruits du vaste empire de Rome, et donc aussi de ce qui arrive ici. Et Sintica n’ignore pas tes peines, et elle en souffre encore plus d’être au loin. Elle voulait me donner de l’argent. Je l’ai refusé en lui disant de s’en servir pour les fillettes. Mais j’ai pris un couvre-chef qu’elle a tissé avec de la soie de deux grandeurs. C’est ta Mère qui l’a. Sintica a voulu dessiner avec le fil ton histoire et la sienne et celle de Jean d’Endor. Et sais-tu comment? En tissant tout autour du carré une bordure représentant un agneau qui défend, contre une bande de hyènes, deux colombes. L’une d’elles a les ailes brisées et l’autre a rompu la chaîne qui la tenait attachée. Et l’histoire se poursuit en alternant, jusqu’au vol vers les hauteurs de la colombe aux ailes brisées, et la prison volontaire de l’autre aux pieds de l’agneau. On dirait une de ces histoires que les sculpteurs grecs font avec le marbre sur les festons des temples et sur les stèles de leurs morts, ou encore que les peintres peignent sur les vases. Elle voulait te l’envoyer par un de mes serviteurs. Moi, je l’ai pris.”
“Je le porterai parce qu’il vient d’une bonne disciple. Allons vers la maison. Quand comptes-tu partir?”
“Demain à l’aurore, pour faire reposer les chevaux. Puis je ne m’arrêterai pas jusqu’à Jérusalem et j’irai trouver Pilate. Si je puis lui parler, je t’enverrai ses réponses par Marie.”
Ils rentrent lentement dans la maison en parlant de choses de peu d’importance.