Samuel, qui avait parlé avec fougue, s’arrête et baisse la tête.
Jésus termine la phrase:
”… parce que Judas, mon apôtre, est ce qu’il est, et donne de la douleur à Moi, et à ceux qui m’entourent ou viennent à Moi, comme tu es venu. Je le sais. Judas essaie de t’éloigner d’ici et t’adresse des insinuations et des railleries…”
“Et pas à moi seul. Oui. Il m’a empoisonné ma joie d’être dans la justice. Il me l’empoisonne avec tant d’art que je pense être ici comme un traître pour Toi et pour moi. Pour moi, parce que j’ai l’illusion d’être meilleur alors que je serai cause de ta ruine. En effet je ne me connais pas encore… et je pourrais, en rencontrant ceux du Temple, renoncer à ma résolution et être… Oh! si je l’avais fait alors, j’aurais eu l’excuse de ne pas te connaître pour ce que tu es, car de Toi, je savais ce qu’on me disait, pour faire de moi un maudit. Mais si je le faisais maintenant! Quelle sera la malédiction de celui qui trahira le Fils de Dieu! J’étais ici… pensif, oui. Je me demandais où fuir pour me sauver de moi-même et d’eux. Je pensais fuir en quelque lieu lointain pour me joindre à ceux de la Diaspora… Au loin, au loin, pour empêcher le démon de me faire pécher… Il a raison, ton apôtre, de se méfier de moi. Lui me connaît, car il nous connaît tous, en connaissant les chefs… Et il a raison de douter de moi. Quand il dit: “Mais tu ne sais pas que Lui nous le dit, à nous, que nous serons faibles? Réfléchis: nous qui sommes les apôtres et qui sommes avec Lui depuis si longtemps. Et toi, empoisonné comme tu l’es par le vieil Israël, qui viens juste d’arriver et d’arriver dans des moments qui nous font trembler, tu crois avoir la force de te garder juste?” il a raison de le dire.”
L’homme, découragé, baisse la tête.
565.6 – “Que de tristesses savent se donner les fils de l’homme! En vérité Satan sait se servir de cette tendance pour les terroriser tout à fait et les séparer de la Joie qui vient à leur rencontre pour les sauver.
Car la tristesse de l’esprit, la peur du lendemain, les préoccupations sont toujours des armes que l’homme met dans la main de son adversaire. Celui-ci l’effraie avec les fantômes mêmes que l’homme se crée et il y a d’autres hommes qui, en vérité, s’allient à Satan pour l’aider à effrayer leurs frères.
Mais, mon fils, n’y a-t-il donc pas un Père dans le Ciel? Un Père qui pourvoit pour ce brin d’herbe dans cette fissure dans la roche — cette fissure remplie de terreau, disposée de façon que l’humidité des rosées en courant sur la pierre lisse se rassemble dans ce petit sillon, pour que le brin d’herbe puisse vivre et fleurir avec cette petite fleurette qui n’est pas moins admirable de beauté que le grand soleil qui resplendit là-haut: l’un et l’autre œuvre parfaite du Créateur — un Père qui, s’il a soin de ce brin d’herbe né sur une roche, ne pourrait pas avoir soin d’un de ses fils qui veut fermement le servir? Oh! en vérité Dieu ne déçoit pas les “bons” désirs de l’homme, car c’est Lui-même qui les allume dans vos cœurs. C’est Lui, prévoyant et sage, qui crée les circonstances pour favoriser le désir de ses fils et non seulement cela, mais pour redresser et perfectionner un désir de l’honorer qui chemine par des voies imparfaites, et l’amener à un désir de l’honorer en suivant des voies justes. Tu étais parmi ceux-ci. Tu croyais, tu voulais, tu étais convaincu d’honorer Dieu en me persécutant. Le Père a vu que dans ton cœur il n’y avait pas de haine pour Dieu, mais une aspiration à rendre gloire à Dieu en enlevant du monde Celui qu’ils t’avaient dit être l’ennemi de Dieu et le corrupteur des âmes. Et alors Il a créé les circonstances pour exaucer ton désir de rendre gloire à ton Seigneur. Et voilà que tu es parmi nous. Et peux-tu penser que Dieu t’abandonne maintenant qu’il t’a amené ici? C’est seulement si tu l’abandonnes que la force du mal pourra te dominer.”
“Moi, je ne le veux pas. Ma volonté est sincère!” proclame l’homme.
“Et alors de quoi te préoccupes-tu? De la parole d’un homme? Laisse-le dire. Il pense avec sa pensée. Une pensée d’homme est toujours imparfaite.
565.7 – Mais je vais y pourvoir.”
“Je ne veux pas que tu lui fasses des reproches. Il me suffit que tu m’assures que je ne pécherai pas.”
“Je te l’assure. Il ne t’arrivera rien parce que tu ne veux pas que cela t’arrive. Car tu vois, mon fils, il ne te servirait pas d’aller dans la Diaspora et même aux extrémités de la Terre pour préserver ton âme de la haine envers le Christ et du châtiment pour cette haine.
Beaucoup en Israël ne se souilleront pas matériellement du Crime, mais ils ne seront pas moins coupables que ceux qui me condamneront et exécuteront la sentence. Avec toi, je puis parler de ces choses, car tu sais déjà que tout est disposé dans ce but. Tu sais le nom et la pensée de ceux qui sont les plus acharnés contre Moi. Tu l’as dit: “Judas nous connaît tous car il connaît tous les Chefs”. Mais si lui vous connaît, même vous, inférieurs, car vous êtes comme de petites étoiles en face des planètes plus grandes, vous savez tout autant ce que l’on travaille et comment on travaille et qui travaille, et quels complots on fait, et quels moyens on étudie… Je puis donc parler avec toi. Je ne le pourrais pas avec les autres… Ce que je sais souffrir et compatir, les autres ne le savent pas…”
“Maître, mais comment peux-tu, le sachant, être ainsi…
565.8 – Qui monte par le sentier?”
Samuel se lève pour voir. Il s’écrie:
“Judas!”
“Oui, c’est moi. On m’a dit que le Maître est passé par ici, et au contraire, c’est toi que je trouve. Je retourne alors sur mes pas pour te laisser à tes pensées”
Et il rit de son petit rire qui est plus lugubre que la plainte d’une chouette, tant il manque de sincérité.
“J’y suis Moi aussi. On me demande au village?” dit Jésus en apparaissant derrière Samuel.
“Oh! Toi! Alors tu étais en bonne compagnie, Samuel! Et Toi aussi, Maître…”
“Oui, elle est toujours bonne la compagnie de quelqu’un qui embrasse la justice. Tu me cherchais pour rester avec Moi, alors. Viens. Il y a de la place pour toi, comme pour Jean s’il était avec toi.”
“Il est en bas, occupé avec d’autres pèlerins.”
“Alors il faudra que j’aille, s’il y a des pèlerins.”