“Peu importe! Si tu ne me chasses pas je reste avec Toi, au moins pour quelque temps. Jusqu’à Pâque, jusqu’à ce que tu te réunisses à tes disciples. Je m’unirai à eux. Oh! s’il est vrai que tu m’as pardonné, ne me chasse pas!”
“Je ne te chasse pas.
561.15 – Maintenant, allons sur ces feuilles pour attendre le matin et à l’aube nous irons à Éphraïm. Nous dirons que le hasard nous a réunis et que tu es venu parmi nous. C’est la vérité.”
“Oui, c’est la vérité. À l’aube mes vêtements seront secs et je te rendrai les tiens…”
“Non. Laisse ici ces vêtements. Un symbole. L’homme qui se dépouille de son passé et revêt une nouvelle tenue. La mère de Samuel l’ancien a chanté dans sa joie: “Le Seigneur fait mourir et fait vivre, Il conduit au séjour des morts et en fait revenir”. Tu es mort et revenu à la vie. Tu viens du séjour des morts vers la vraie Vie. Laisse les vêtements qui ont subi le contact du tombeau rempli de pourriture. Et vis! Vis pour ta vraie gloire: servir Dieu avec justice, le posséder pour l’éternité.”
Ils s’assoient dans le creux où se sont accumulées les feuilles et le silence vient vite car l’homme, fatigué, s’est endormi, la tête appuyée sur l’épaule de Jésus qui prie encore.
561.16 – … Et c’est par une belle matinée de printemps qu’ils arrivent, par le sentier du torrent - qui va redevenir limpide après l’averse et dont le courant plus fourni chante plus fort et brille au soleil entre ses rives que la pluie rend toujours luisantes - devant la maison de Marie de Jacob.
Pierre qui est sur le seuil pousse un cri et court à leur rencontre. Il se précipite pour embrasser Jésus qui est tout enveloppé dans son manteau et il dit:
“Oh! mon Maître béni! Quel triste sabbat tu m’as fait passer! Je ne me décidais pas à partir sans t’avoir vu. J’aurais été tout perdu toute la semaine si j’étais parti avec l’incertitude au cœur et sans ton adieu!”
Jésus l’embrasse, sans se défaire de son manteau. Pierre est tellement occupé à contempler son Maître qu’il ne remarque même pas la présence de l’étranger qui l’accompagne.
Entre‑temps, les autres sont accourus, et Judas s’écrie:
“Samuel, toi ici?
- Oui. Le Royaume de Dieu est ouvert à tous, en Israël. J’y suis entré.”
Judas a une sorte de petit rire étrange, mais il ne répond rien.
L’attention de tous se porte sur le nouveau venu, et Pierre demande:
“Qui c’est?
- Un nouveau disciple. Le hasard nous a fait nous rencontrer. Ou plus exactement, c’est Dieu qui a suscité cette rencontre, et j’ai accueilli cet homme comme étant envoyé à moi par le Père. C’est bien ce que je vous dis de faire, vous aussi. Vous étiez sur le point de partir mais, puisque l’entrée d’une personne dans le Royaume des Cieux est l’occasion d’une grande fête, déposez vos sacs et vos manteaux et restons unis jusqu’à demain.
561.17 – Et maintenant, Simon, laisse-moi aller, car j’ai donné mes vêtements à cet homme, or l’air frais du matin est mordant, si je reste dehors.
- Ah, j’en avais bien l’impression! Mais tu vas te rendre malade, Maître, en agissant ainsi!
- Moi, je ne voulais pas, c’est lui qui a insisté, dit Samuel pour s’excuser.
– Oui, il avait été emporté par une crue, et c’est par sa seule volonté qu’il a été sauvé. Afin que rien ne subsiste en lui de ce moment pénible, et pour qu’il vienne à nous libre de toute saleté, je lui ai demandé d’abandonner ses habits déchirés et souillés, et je l’ai revêtu des miens” explique Jésus.
Tout en parlant, il regarde Judas, qui de nouveau rit bizarrement, comme au début et comme lorsque Jésus a annoncé que l’entrée d’une personne dans le Royaume des Cieux est l’occasion d’une grande fête. Puis il se hâte d’entrer dans la maison pour aller s’habiller.
Les autres s’approchent du nouveau-venu et lui donnent le baiser de paix.