“Je t’entendais aller et venir dans la maison, inlassable comme une abeille. Tu me semblais une mère en peine pour son fils persécuté… Ne pleure pas. Ce sont les coupables qui doivent pleurer. Pas toi. Dieu est bon avec son Messie. Aux heures les plus tristes, Il me fait toujours trouver près de Moi un cœur maternel…”
“Et comment vas-tu faire avec ta Mère? Tu m’avais dit qu’elle serait bientôt venue…”
“Elle viendra à Éphraïm… Lazare se charge de l’avertir.
551.3 - Voici Simon de Jonas et mes frères…”
“Ils savent?”
“Rien encore, Nikê. Je le leur dirai quand nous serons loin…”
“Et moi, je te dirai quand je viendrai, ce qui se passe ici et à Jérusalem.”
Ils s’en vont vers les apôtres qui sortent l’un après l’autre de la maison à la recherche de Jésus.
“Venez, mes frères. Restaurez-vous avant de partir. Tout est prêt.”
“Nikê à cause de nous n’a pas dormi cette nuit. Remerciez la bonne disciple” dit Jésus en entrant dans la vaste cuisine.
Là, sur une table que l’on dirait de réfectoire tant elle est grande, fument des bols remplis de lait et exhalent leur odeur appétissante, les fouaces que l’on vient de défourner et sur lesquelles Nikê étend généreusement du beurre et du miel, en disant que c’est une nourriture fortifiante pour ceux qui doivent faire une longue route pendant ces heures encore très fraîches.
Le repas est vite fini. Nikê pendant ce temps a fait les derniers paquets avec le pain qui sort du four, croustillant et odorant. Chaque apôtre prend sa charge liée, de façon que l’on puisse la porter sans gêne excessive.
C’est l’heure de partir. Jésus salue et bénit. Les apôtres saluent. Mais Nikê veut les accompagner encore jusqu’au bout de ses champs, et puis elle revient lentement en arrière, en pleurant dans son voile, alors que Jésus et les siens s’éloignent par un chemin secondaire que Nikê Lui a indiqué.
551.4 - Les campagnes sont encore désertes. Le sentier passe par des champs de grain nouveau et par des vignes dépouillées; il n’y a pas non plus de bergers car ils n’amènent pas les troupeaux dans les terres cultivées.
Le soleil réchauffe légèrement l’air matinal. Les premières fleurettes sur les talus brillent comme des gemmes sous le voile de la rosée que le soleil allume. Les oiseaux gazouillent leurs premiers chants d’amour. La belle saison arrive. Tout s’embellit et renaît, tout aime… Et Jésus s’en va vers l’exil qui précède la mort voulue par la haine.
Les apôtres ne parlent pas. Ils sont pensifs. Le départ subit les a désorientés. Ils étaient si sûrs d’être désormais tranquilles! Ils avancent plus courbés que ne pourrait leur imposer le poids de leurs sacs et des provisions de Nikê. Ce qui les courbe, c’est la déception, la constatation de ce qu’est le monde et ce que sont les hommes.
Jésus, au contraire, sans être souriant, n’est pas triste ni accablé. Il marche la tête haute, devant tous, sans plastronner, mais aussi sans peur. Il va comme quelqu’un qui sait bien où il doit aller et ce qu’il doit faire. Il marche courageux, en héros que rien ne trouble ou n’effraie.
Le chemin secondaire aboutit à une grande route, Jésus la prend en se dirigeant toujours vers le nord, et les apôtres le suivent, sans parler. C’est la route qui vient de la Galilée et va vers la Judée par la Décapole et la Samarie, aussi des voyageurs y circulent, surtout des caravanes de marchands.
Le temps passe et le soleil réchauffe de plus en plus, quand Jésus laisse la grand-route pour reprendre un autre petit chemin qui, à travers des champs de blé, se dirige vers les premières collines.
Les apôtres se regardent entre eux. Ils commencent peut-être à comprendre qu’ils ne vont pas vers la Galilée par la route qui suit la vallée du Jourdain, mais qu’ils vont vers la Samarie. Mais ils ne parlent pas encore.
Jésus, arrivé aux premiers bois sur les collines, dit:
“Arrêtons-nous et reposons-nous tout en mangeant. Le soleil indique le milieu du jour.”
Ils sont près d’un petit torrent qui a peu d’eau car il ne pleut pas depuis quelque temps. Mais ses eaux sont limpides sur le fond pierreux et ses rives sont couvertes de grosses pierres qui peuvent servir de tables et de sièges Une narration de 2011 mentionne ce torrent oublié, sauf de Maria Valtorta : "Ce torrent d'Éphraïm, oublié aujourd'hui, qui n'apparait que dans les vieux récits, les photographies anciennes, les souvenirs des vieillards, et les visions de Maria Valtorta, la mystique italienne …" . Ils s’assoient après que Jésus a béni et offert la nourriture et ils mangent en silence et comme perdus dans leurs pensées.
551.5 - Jésus les secoue en disant:
“Vous ne me demandez pas où nous allons? La préoccupation du lendemain vous rend muets, ou je ne vous semble plus votre Maître?”