“Ah! Le Jugement particulier. Je sais. Je crois. L’âme se présente à Dieu, et Dieu la juge.”
“C’est ainsi. Et le jugement de Dieu est juste et inviolable, et il a une valeur infinie. Si l’âme jugée est coupable mortellement, elle devient une âme damnée. Si elle est légèrement coupable, elle est envoyée au Purgatoire. Si elle est juste, elle va dans la paix des Limbes en attendant que j’ouvre la porte des Cieux. J’ai donc rappelé ton esprit après qu’il était déjà jugé par Dieu. Si tu avais été un damné, je n’aurais pas pu te rappeler à la vie car en le faisant j’aurais annulé le jugement de mon Père. Pour les damnés, il n’y a plus de changement. Ils sont jugés pour toujours. Tu étais donc au nombre de ceux qui n’étaient pas damnés. Par conséquent de la classe des bienheureux ou de la classe de ceux qui seront bienheureux après leur purification. Mais réfléchis, mon ami. Si la volonté sincère de repentir que l’homme peut avoir alors qu’il est encore homme, c’est-à-dire chair et âme, a une valeur de purification; si un rite symbolique de baptême dans l’eau, voulu par esprit de contrition des souillures contractées dans le monde et à cause de la chair, a pour nous hébreux une valeur de purification.
Quelle valeur aura le repentir plus réel et plus parfait, beaucoup plus parfait, d’une âme libérée de la chair, consciente de ce qu’est Dieu, éclairée sur la gravité de ses erreurs, éclairée sur l’immensité de la joie qui s’est éloignée pendant des heures, pendant des années ou pendant des siècles - la joie de la paix des Limbes, qui bientôt sera la joie de la possession de Dieu que l’on aura rejointe - qui sera la purification double, triple, du repentir parfait, de l’amour parfait, du bain dans l’ardeur des flammes allumées par l’amour de Dieu et par l’amour des esprits dans lequel et par lequel les esprits se dépouillent de toute impureté et d’où ils sortent beaux comme des séraphins, couronnés de ce qui ne couronne même pas les séraphins: leur martyre terrestre et ultra-terrestre contre les vices et grâce à l’amour? Que sera-ce? Dis-le donc, mon ami.”
“Mais… je ne sais pas… une perfection. Ou plutôt… une nouvelle création.”
“Voilà. Tu as dit le mot juste. L’âme en sort comme créée à nouveau. L’âme devient semblable à celle d’un enfant. Elle est neuve. Tout le passé n’existe plus, son passé d’homme. Quand tombera la Faute d’origine, l’âme exempte de toute tache et de toute ombre de taches, sera supercréée et sera digne du Paradis. J’ai rappelé ton âme qui déjà s’était recréée par son attachement au Bien, par l’expiation de la souffrance et de la mort, et grâce au parfait repentir et au parfait amour que tu avais atteints au-delà de la mort. Tu as donc l’âme tout à fait innocente d’un enfant né depuis quelques heures. Et si tu es un enfant nouveau-né, pourquoi veux-tu endosser sur cette enfance spirituelle les vêtements lourds, accablants de l’homme adulte? Les petits enfants ont des ailes et non des chaînes à leurs esprits joyeux. Eux m’imitent avec facilité parce qu’ils n’ont pas encore pris de personnalité. Ils se font comme je suis, car sur leur âme vierge de toute empreinte peut s’imprimer sans confusion de lignes ma figure et ma doctrine. Ils ont l’âme exempte de souvenirs humains, de ressentiments, de préjugés. Il ne s’y trouve rien. Et je puis y être, Moi qui suis parfait, absolu comme je suis dans le Ciel.
Toi qui es comme re-né, nouvellement né, car dans ta vieille chair la puissance motrice est nouvelle, sans passé, pure, sans traces de ce qui a été, toi qui es revenu pour me servir, rien que pour cela, tu dois être comme je suis, plus que tous. Regarde-moi. Regarde-moi bien. Mire-toi en Moi, et réfléchis-toi en Moi. Deux miroirs qui se regardent pour réfléchir l’un dans l’autre la figure de ce qu’ils aiment. Tu es un homme et tu es un enfant.
Tu es homme pour l’âge, tu es enfant pour la pureté du cœur. Tu as sur les enfants l’avantage de connaître déjà le Bien et le Mal, et d’avoir déjà su choisir le Bien, même avant le baptême dans les flammes de l’amour. Eh bien, Moi, je te dis à toi, homme dont l’esprit est purifié grâce à la purification reçue: “Sois parfait comme l’est notre Père des Cieux Matthieu 5,48. et comme je le suis. Sois parfait, c’est-à-dire sois semblable à Moi qui t’ai aimé au point d’aller contre toutes les lois de la vie et de la mort, du ciel et de la terre pour avoir de nouveau sur la Terre un serviteur de Dieu, et pour Moi un véritable ami, et au Ciel un bienheureux, un grand bienheureux”. Je le dis à tous: “Soyez parfaits”. Et eux, pour la plupart, n’ont pas le cœur que tu avais, digne du miracle, digne d’être pris comme instrument pour une glorification de Dieu en son Fils bien-aimé. Et eux n’ont pas tes dettes d’amour envers Dieu… Je puis le dire, je puis l’exiger de toi. Et en premier lieu, j’exige que tu n’aies pas de rancœur pour ceux qui m’ont offensé et m’offensent. Pardonne, pardonne, Lazare. Tu as été plongé dans les flammes allumées par l’amour. Tu dois être “amour”, pour ne plus jamais connaître autre chose que l’étreinte amoureuse de Dieu.”
“Et en agissant ainsi, j’accomplirai la mission pour laquelle tu m’as ressuscité?”
“En agissant ainsi, tu l’accompliras.”
“Cela suffit, Seigneur. Je n’ai pas besoin d’en demander et d’en savoir davantage. Te servir était mon rêve. Si je t’ai servi même dans le rien que peut faire celui qui est malade et mort, et si je pourrai te servir dans tout ce que peut faire quelqu’un qui a recouvré la santé, mon rêve est réalisé et je ne demande rien de plus. Que tu sois béni, Jésus, mon Seigneur et mon Maître! Et qu’avec Toi soit béni Celui qui t’a envoyé.”
“Béni soit toujours le Seigneur Dieu Tout-Puissant.”
550.5 – Ils s’en vont vers la maison, s’arrêtent de temps en temps pour observer le réveil des arbres. Jésus lève un bras et cueille, grand comme il est, une petite touffe de fleurs à un amandier qui se chauffe au soleil contre le mur méridional de la maison.
Marie sort de la maison et, les voyant, s’approche pour entendre ce que dit Jésus:
“Tu vois, Lazare? À ceux-ci aussi le Seigneur a dit: “Sortez”. Et ils ont obéi pour servir le Seigneur.”
“Quel mystère que la germination! Il paraît impossible que du tronc dur et de la dure semence puissent sortir des pétales si fragiles et des tiges si tendres et se changer en fruits ou en arbres. Est-ce une erreur, Maître, de dire que la sève ou le germe c’est comme l’âme de la plante ou de la semence?”
“Ce n’est pas une erreur car c’est la partie vitale. En eux, elle n’est pas éternelle, créée pour chaque espèce le premier jour que les arbres et les blés le furent. Chez l’homme, elle est éternelle, ressemblant à son Créateur, créée chaque fois pour chaque nouvel homme qui est conçu. Mais c’est par elle que la matière vit. C’est pour cela que je dis que c’est seulement par l’âme que l’homme vit. Non seulement vit ici, mais au-delà. Il vit par son âme.
Nous hébreux, nous ne faisons pas de dessins sur les tombeaux comme les font les gentils. Mais si nous les faisions, nous devrions toujours dessiner, non pas le flambeau éteint, la clepsydre vide ou un autre symbole de fin, mais bien la semence jetée dans le sillon qui fleurit en épi. C’est en effet la mort de la chair qui libère l’âme de son écorce et la fait fructifier dans les parterres du Seigneur. La semence. L’étincelle vitale que Dieu a mise dans notre poussière et qui devient épi si nous savons par la volonté et aussi par la douleur rendre fertile la motte qui l’enserre. La semence, le symbole de la vie qui se perpétue… Mais Maximin t’appelle…”
“J’y vais, Maître. Il sera venu des régisseurs. Tout était arrêté ces derniers mois. Maintenant ils s’empressent de me rendre leurs comptes…”
“Que tu approuves d’avance, car tu es un bon maître.”
“Et parce qu’eux sont de bons serviteurs.”
“Le bon maître fait les bons serviteurs.”
“Alors je deviendrai certainement un bon serviteur, car j’ai en Toi un Maître parfait” et il s’en va en souriant, agile, si différent du pauvre Lazare qu’il était depuis des années.
550.6 – Marie reste avec Jésus.
“Et toi, Marie, deviendras-tu une bonne servante de ton Seigneur?”
“C’est Toi qui peux le savoir, Rabboni. Moi… moi je sais seulement que j’ai été une grande pécheresse.”