“La peur? As-tu entendu comment Ponce a répondu à l’invitation de mon père? Il est bouleversé, te dis-je, il est bouleversé par ce dernier fait et il craint le Nazaréen. Malheureux que nous sommes! Cet homme est venu pour notre ruine!”

549.7 - “Si au moins nous n’y étions pas allés et si nous n’avions pas presque commandé aux plus puissants des juifs d’y aller! Si Lazare était ressuscité sans témoins.”

“Eh bien? Qu’est-ce que cela aurait changé? Nous ne pouvions sûrement pas le faire disparaître pour faire croire qu’il était toujours mort!”

“Cela non. Mais nous pouvions dire que cela avait été une fausse mort. Des témoins payés pour dire le faux, on en trouve toujours.”

“Mais pourquoi tant d’agitation? Je n’en vois pas la raison! A-t-il, par hasard, provoqué le Sanhédrin et le Pontificat? Non. Il s’est borné à accomplir un miracle.”

“Il s’est borné?! Mais tu es sot ou vendu à Lui, Éléazar? Il n’a pas provoqué le Sanhédrin et le Pontificat? Et que veux-tu de plus? Les gens…”

“Les gens peuvent dire ce qu’ils veulent, mais les choses sont comme le dit Eléazar. Le Nazaréen n’a fait qu’un miracle.”

“Voilà l’autre qui le défend! Tu n’es plus un juste, Nicodème! Tu n’es plus un juste! C’est un acte contre nous, contre nous, comprends-tu? Plus rien ne persuadera la foule. Ah! malheureux que nous sommes! Moi, aujourd’hui, j’ai été bafoué par certains juifs. Moi, bafoué! Moi!”

“Tais-toi, Doras! Tu n’es qu’un homme, mais c’est l’idée qui est frappée! Nos lois. Nos prérogatives!”

“Tu parles bien, Simon, et il faut les défendre.”

“Mais comment?”

“En attaquant, en détruisant les siennes!”

“C’est vite dit, Sadoq. Mais comment les détruis-tu si de toi-même tu ne sais pas faire revivre un moucheron? Ici, il nous faudrait un miracle plus grand que le sien, mais aucun de nous ne peut le faire parce que…” Celui qui parle ne sait pas dire pourquoi.

Joseph d’Arimathie termine la phrase:

“Parce que nous sommes des hommes, seulement des hommes.”

Ils se jettent sur lui en demandant:

“Et Lui, qui est-il alors?”

L’homme d’Arimathie répond avec assurance:

“Il est Dieu. Si j’avais encore des doutes…”

“Mais tu n’en avais pas. Nous le savons, Joseph. Nous le savons. Dis-le donc ouvertement que tu l’aimes!”

549.8 - “Il n’y a rien de mal à ce que Joseph l’aime. Moi-même je le reconnais pour le plus grand Rabbi d’Israël.”

“C’est toi! Toi, Gamaliel, qui dis cela?”

“Je le dis. Et je m’honore d’être… détrôné par Lui. Jusqu’à présent j’avais conservé la tradition des grands rabbis, dont le dernier était Hillel, mais après moi je n’aurais pas su qui pouvait recueillir la sagesse des siècles. Maintenant je m’en vais content parce que je sais qu’elle ne mourra pas, mais au contraire deviendra plus grande parce qu’elle sera accrue de la sienne, à laquelle est certainement présent l’Esprit de Dieu.”

“Mais que dis-tu, Gamaliel?”

“La vérité. Ce n’est pas en se fermant les yeux que l’on peut ignorer ce que nous sommes. Nous ne sommes plus sages car le principe de la sagesse c’est la crainte de Dieu et nous nous sommes des pécheurs dépourvus de la crainte de Dieu. Si nous avions cette crainte, nous ne piétinerions pas le juste et nous n’aurions pas la sotte avidité des richesses du monde. Dieu donne et Dieu enlève, selon les mérites et les démérites. Et si maintenant Dieu nous enlève ce qu’il nous avait donné, pour le donner à d’autres, qu’il soit béni car saint est le Seigneur, et saintes sont toutes ses actions.”