548.11 - Les serviteurs se hâtent d’exécuter les ordres. Noémi s’en va en courant la première et la première revient avec les vêtements qu’elle tient pliés sur son bras. Quelques-uns délient les lacets des bandelettes après avoir retroussé leurs manches et relevé leurs vêtements pour qu’ils ne touchent pas la pourriture qui coule. Marcelle et Sarah reviennent avec des amphores de parfums, suivies de serviteurs les uns avec des bassins et des brocs fumants d’eau chaude, les autres avec des plateaux, des bols pleins de lait, du vin, des fruits, des fouaces recouvertes de miel.
Les bandelettes étroites et très longues, de lin, me semble-t-il, avec des lisières des deux côtés, certainement tissées pour cet usage, se déroulent comme des rouleaux de ganse d’une grande bobine et s’entassent sur le sol, alourdies par les aromates et la pourriture. Les serviteurs les écartent en se servant de bâtons. Ils ont commencé par la tête, et là aussi il y a la pourriture qui s’est écoulée du nez, des oreilles, de la bouche. Le suaire placé sur le visage est tout trempé de ces souillures et le visage de Lazare que l’on voit très pâle, squelettique, avec les yeux tenus fermés par des pommades mises dans les orbites, avec les cheveux collés et de même la barbiche du menton, en est tout souillé. Le drap descend lentement, le suaire mis autour du corps, à mesure que les bandelettes descendent, descendent, descendent, libérant le tronc qu’elles avaient comprimé pendant de nombreux jours, et rendant une forme humaine à ce qu’elles avaient d’abord rendu semblable à une grande chrysalide. Les épaules osseuses, les bras squelettiques, les côtes à peine couvertes de peau, le ventre creusé, apparaissent lentement.
À mesure que les bandes tombent, les sœurs, Maximin, les serviteurs, s’empressent d’enlever la première couche de crasse et de baume, et s’y appliquent en changeant continuellement l’eau rendue détergente par les aromates qu’on y a mis jusqu’à ce que la peau apparaisse nette.
548.12 - Lorsqu’on a dégagé le visage de Lazare et qu’il peut regarder, il dirige son regard vers Jésus avant même de regarder ses sœurs. Il oublie tout et s’abstrait de tout ce qui arrive pour regarder, avec un sourire d’amour sur ses lèvres pâles et une larme lumineuse au fond des yeux, son Jésus. Jésus aussi lui sourit et a une lueur de larme dans le coin de l’œil, mais sans parler il dirige le regard de Lazare vers le ciel, Lazare comprend et remue les lèvres dans une prière silencieuse.
Marthe croit qu’il veut dire quelque chose sans avoir encore de voix et elle demande:
“Que me dis-tu, mon Lazare?”
“Rien, Marthe. Je remerciais le Très-Haut.”
La prononciation est assurée, la voix forte.
Les gens poussent de nouveau un “oh!” étonné.
Désormais ils l’ont dégagé jusqu’aux hanches, libéré et propre, et ils peuvent le revêtir de la tunique courte, une sorte de chemisette qui dépasse l’aine pour retomber sur les cuisses.
On le fait asseoir pour dégager ses jambes et les laver. Quand elles apparaissent, Marthe et Marie poussent un grand cri en montrant les jambes et les bandelettes. Sur les bandelettes qui serraient les jambes, et sur le suaire posé par dessous, les écoulements purulents sont si abondants qu’ils forment des grosses gouttes sur les toiles, mais les jambes visiblement sont tout à fait cicatrisées. Seules les cicatrices rouges-bleuâtres indiquent où elles étaient gangrenées.
Tous les gens crient plus fort leur étonnement. Jésus sourit et aussi Lazare qui regarde un instant ses jambes guéries, puis s’abstrait de nouveau pour regarder Jésus. Il semble ne pouvoir se rassasier de le voir. Les juifs, pharisiens, sadducéens, scribes, rabbis, s’approchent avec précaution pour ne pas souiller leurs vêtements. Ils regardent de tout près Lazare, ils regardent de tout près Jésus. Mais ni Lazare ni Jésus ne s’occupent d’eux: ils se regardent et tout le reste est inexistant.
548.13 - Voilà que l’on met les sandales à Lazare. Il se lève, agile, sûr de lui. Il prend le vêtement que Marthe lui présente et l’enfile tout seul, lie sa ceinture, ajuste les plis. Le voilà, maigre et pâle, mais semblable à tout le monde.
Il se lave encore les mains et les bras jusqu’aux coudes après avoir retroussé ses manches. Et puis avec une nouvelle eau il se lave de nouveau le visage et la tête, jusqu’à ce qu’il se sente tout à fait net. Il essuie ses cheveux et son visage, rend la serviette au serviteur et va tout droit vers Jésus. Il se prosterne, Lui baise les pieds.
Jésus se penche, le relève, le serre contre son cœur en lui disant:
“Bien revenu, mon ami. Que la paix soit avec toi et la joie. Vis pour accomplir ton heureuse destinée. Lève ton visage pour que je te donne le baiser de salutation.”
Il dépose un baiser sur les joues et Lazare Lui rend son baiser.
C’est seulement après avoir vénéré et embrassé le Maître que Lazare parle à ses sœurs et les embrasse, puis il embrasse Maximin et Noémi qui pleurent de joie, et certains autres dont je crois qu’ils lui sont apparentés ou amis très intimes. Puis il embrasse Joseph, Nicodème, Simon le Zélote et quelques autres.
Jésus va personnellement trouver un serviteur qui a sur les bras un plateau avec de la nourriture et il prend une fouace avec du miel, une pomme, une coupe de vin et il offre le tout à Lazare, après les avoir offerts et bénis, pour qu’il se restaure. Et Lazare mange avec l’appétit de quelqu’un qui se porte bien. Tout le monde pousse encore un “oh!” d’étonnement.
548.14 - Jésus semble ne voir que Lazare, mais en réalité il observe tout et tout le monde. Voyant qu’avec des gestes de colère Sadoq avec Elchias, Chanania, Félix, Doras et Cornélius et d’autres sont sur le point de s’éloigner, il dit à haute voix:
“Attends un moment, Sadoq. J’ai un mot à te dire, à toi et aux tiens.”
Ils s’arrêtent avec une figure de criminels. Joseph d’Arimathie fait un geste effaré et fait signe au Zélote de retenir Jésus.
Mais Lui est déjà en train d’aller vers le groupe haineux, et il dit à haute voix:
“Est-ce que cela te suffit, Sadoq, ce que tu as vu? Tu m’as dit un jour À Cédés. Cf. EMV 342. que pour croire tu avais besoin, toi et tes pareils, de voir recomposé, en bonne santé, un homme décomposé. Es-tu rassasié de la putréfaction que tu as vue? Es-tu capable de reconnaître que Lazare était mort et que maintenant il est vivant et sain comme il ne l’était pas depuis des années? Je le sais. Vous êtes venus ici pour les tenter, pour mettre en eux plus de douleur et le doute.
Vous êtes venus ici pour me chercher, espérant me trouver caché dans la pièce du mourant. Vous êtes venus ici, non par un sentiment d’amour et le désir d’honorer celui qui s’était éteint mais pour vous assurer que Lazare était réellement mort, et vous avez continué de venir, vous réjouissant toujours plus à mesure que le temps passait. Si les choses étaient allées comme vous l’espériez, comme désormais vous croyiez qu’elles iraient, vous auriez eu raison de vous réjouir. L’Ami qui guérit tout le monde, mais ne guérit pas l’ami. Le Maître qui récompense la foi de tout le monde, mais pas celle de ses amis de Béthanie. Le Messie impuissant devant la réalité de la mort. Voilà ce qui vous donnait raison de vous réjouir. Mais voilà: Dieu vous a répondu. Nul prophète n’a jamais pu rassembler ce qui était décomposé, en plus que mort. Dieu l’a fait. Voilà le témoignage vivant de ce que je suis. Il y eut un jour où Dieu prit de la boue, lui donna une forme et y insuffla l’esprit de vie et ce fut l’homme. J’y étais pour dire: “Que l’on fasse l’homme à notre image et à notre ressemblance” Genèse 1,26. , car je suis le Verbe du Père. Aujourd’hui, Moi, le Verbe, j’ai dit à ce qui était encore moins que de la boue: à la corruption: “Vis” et la corruption s’est faite de nouveau chair, une chair intègre, vivante, palpitante. La voici qui vous regarde. Et à la chair j’ai réuni l’esprit qui gisait depuis des jours dans le sein d’Abraham. Je l’ai rappelé par ma volonté car je puis tout, Moi, le Vivant, Moi, le Roi des rois auquel sont soumises toutes les créatures et toutes les choses. Maintenant, que me répondez-vous?”