Sois donc en paix, Manahen. Ta pitié pour un cheval qui est trempé de sueur pour t’avoir servi, n’est pas un péché. Le péché, ce sont les larmes que l’on fait verser à ses semblables et les amours effrénés qui sont une offense envers Dieu, qui est digne de tout l’amour de l’homme”.

“Mais, en restant près de l’Antipas, est-ce que je pèche?”

“Dans quel but y restes-tu? Par plaisir?”

“Non, Maître. Pour veiller sur Toi. Tu le sais. Maintenant aussi j’y allais pour cela, car je sais qu’ils ont envoyé des messagers à Hérode pour l’exciter contre Toi.”

“Et alors, il n’y a pas de péché. N’aimerais-tu pas mieux rester avec Moi, dans ma pauvreté de vie?”

“Et tu me le demandes? Je l’ai dit au début. Cette nuit sous la tente, la pauvre nourriture que nous avons mangée, sont incomparables pour moi. Oh! si ce n’était que pour écouter les sifflements des serpents il faut rester près de leur tanière, je resterais avec Toi! J’ai compris la vérité de ta mission. Je me suis trompé un jour Il s'est mêlé au complot visant à couronner Jésus (EMV 464.8). , mais cela m’a servi à comprendre et je ne sortirai plus de la justice.”

“Tu vois! Il n’y a rien d’inutile. Même l’erreur pour celui qui tend au Bien est un moyen pour le Bien. L’erreur tombe comme l’enveloppe d’une chrysalide, et voilà que sort le papillon qui n’est pas difforme, qui ne pue pas, qui ne rampe pas, mais vole pour chercher les calices des fleurs et les rayons de la lumière. Et les âmes qui sont bonnes sont ainsi. Elles peuvent se laisser, pour un moment, envelopper par les misères et les difficultés mortifiantes, mais ensuite elles s’en dégagent et volent de fleur en fleur, de vertu en vertu, vers la Lumière, vers la Perfection. Louons le Seigneur pour ses œuvres de continuelle miséricorde, qui agissent même à l’insu de l’homme dans le cœur de l’homme et autour de lui.”

540.11 - Et Jésus prie, se mettant à genoux, car la tente, basse et étroite, ne permet pas d’autre position. Puis, après avoir alimenté le feu devant la tente, attaché le cheval, ils se préparent au repos, se promettant de veiller à tour de rôle sur le feu et l’animal, sur lequel Manahen a jeté la lourde toison pour lui servir de couverture et le protéger de la fraîcheur de la nuit.

Jésus et Manahen se jettent sur la litière de paille et s’enveloppent dans leurs manteaux pour dormir. Jean, craignant d’être pris par le sommeil, fait les cent pas en dehors de la tente pour nourrir le feu et surveiller le cheval, qui le regarde de son œil noir intelligent et bat le sol en mesure avec son sabot en secouant la tête, faisant retentir les chaînettes d’argent de son harnachement et en broutant les tiges aromatiques de fenouil sauvage poussées au pied de l’arbre auquel il est attaché. Et comme Jean lui en offre de plus belles, poussées un peu plus loin, il hennit de plaisir et il cherche à frotter ses naseaux doux et rosés contre le cou de l’apôtre. Au loin, dans le grand silence de la nuit, on entend venir le calme bruissement du fleuve.

540.12 - Jésus dit:

“Et même la troisième année de vie publique prend fin. Maintenant arrive la période préparatoire à la Passion. Celle dans laquelle en apparence tout semble se borner à un petit nombre d’actions et à un petit nombre de personnes. C’est comme si ma figure et ma mission s’estompaient. En réalité Celui qui paraissait vaincu et écrasé, était le héros qui se préparait à l’apothéose et autour de Lui ce n’étaient pas les personnes mais les passions des personnes qui se concentraient et se portaient a leurs limites extrêmes.

Tout ce qui a précédé, et qui peut-être pour certains épisodes a paru sans but pour des lecteurs mal disposés ou superficiels, s’éclaire ici d’une lumière sombre ou resplendissante. Et surtout les figures les plus importantes. Celles que beaucoup ne veulent pas reconnaître utiles à connaître, justement parce que s’y trouvent les leçons pour les maîtres de maintenant qui ont plus que jamais besoin d’être instruis pour devenir de vrais maîtres de l’esprit. Comme je l’ai dit à Jean et à Manahen, rien n’est inutile de ce que Dieu fait, pas même le mince brin d’herbe. Ainsi, il n’est rien de superflu dans ce travail. Ni les figures resplendissantes ni celles qui sont faibles et ténébreuses. Au contraire, pour les maîtres de l’esprit, les figures faibles et ténébreuses sont d’une plus grande utilité que les figures bien dessinées et héroïques.

Comme du haut d’une montagne, près du sommet, on peut embrasser toute la configuration de la montagne, et la raison d’être des bois, des torrents, des prés et des pentes, pour arriver de la plaine au sommet, et d’où on voit toute la beauté du panorama, et plus on se persuade fortement que les œuvres de Dieu sont toutes utiles et superbes et que l’une sert et complète l’autre et que toutes concourent pour former la beauté de la Création.

De la même façon, pour celui qui a l’esprit droit, la diversité des figures, des épisodes, des leçons, de ces trois années de vie évangélique, contemplées comme du haut du sommet du mont de mon œuvre de Maître, servent à donner la vision exacte de ce complexe politique, religieux, social, collectif, spirituel, égoïste jusqu’au crime ou altruiste jusqu’au sacrifice, où je fus un Maître et où je suis devenu Rédempteur. Le caractère grandiose du drame ne se voit pas dans une seule scène, mais dans toutes les parties de ce drame. La figure du protagoniste émerge des lumières diverses dont l’illuminent les parties secondaires.

Désormais près du sommet, et le sommet c’était le Sacrifice pour lequel je m’étais incarné, une fois dévoilés tous les replis secrets des cœurs et toutes les menées des sectes, il n’y a qu’à faire comme le voyageur arrivé prés de la cime: regarder, regarder toutes les choses et tous les gens. Connaître le monde hébraïque. Connaître ce que j’étais: l’Homme au-dessus des sens, de l’égoïsme, de la rancœur, l’Homme qui a dû être tenté, par tout un monde, pour la vengeance, le pouvoir, même les joies honnêtes du mariage et du foyer, qui a dû tout supporter pour vivre au contact du monde et en souffrir car infinie était la distance entre l’imperfection et le péché du monde et ma Perfection et qui, à toutes les voix, à toutes les séductions, à toutes les réactions du monde, de Satan et du moi, a su répondre: “Non”, et rester pur, doux, fidèle, miséricordieux, humble, obéissant, jusqu’à la mort de la Croix.

540.13 - Comprendra-t-elle tout cela, la société de maintenant à laquelle je donne cette connaissance de Moi-même pour la rendre forte contre les assauts de plus en plus violents de Satan et du monde?

Aujourd’hui aussi, comme il y a maintenant vingt siècles, il y aura la contradiction parmi ceux pour qui je me révèle. Je suis encore une fois un signe de contradiction. Mais non pas Moi, par Moi-même, mais par rapport à ce que je suscite en eux.

Les bons, ceux de bonne volonté, auront les réactions bonnes des bergers et des humbles. Les autres auront des réactions mauvaises comme les scribes, les pharisiens, les sadducéens et les prêtres de ce temps Chacun donne ce qu’il a. Le bon qui vient au contact des mauvais déchaîne en eux un bouillonnement de plus grande perversité. Et le jugement sera déjà fait pour les hommes, comme il le fut le Vendredi de la Parascève, d’après la manière dont ils auront jugé, accepté et suivi le Maître qui dans une nouvelle tentative d’infinie miséricorde, s’est fait connaître une fois encore.

À ceux qui ouvriront les yeux et me reconnaîtront et diront: “C’est Lui! Était-ce pour cela que notre cœur brûlait dans notre poitrine pendant qu’il nous parlait et nous expliquait les Écritures? Comme les disciples d'Emmaüs. Cf. EMV 625.11 | Luc 24,32. ”.

Ma paix à eux et a toi, petit, fidèle, affectueux Jean.”