“Eh bien, cette petite misère de la chair, crois-tu qu’elle a été inutile? Oh! comme tu t’en souviendras dans l’avenir, quand tu seras tenté d’être sévère et exigeant avec tes disciples et tes fidèles! Elle te reviendra à la pensée pour te dire: “Souviens-toi que toi aussi tu as cédé à la fatigue, à la faim. Ne veuille pas que les autres soient plus forts que toi. Sois un père pour tes fidèles comme ton Maître a été un Père pour toi, ce matin-là”. Tu aurais très bien pu veiller et ne pas sentir ensuite cette grande faim. Mais le Seigneur a permis que tu sois soumis à ces besoins de la chair pour te rendre humble, toujours plus humble, et toujours plus rempli de compassion pour tes semblables.

539.6 - Beaucoup ne savent pas distinguer entre tentation et faute consommée. La première est une épreuve qui donne du mérite et n’enlève pas la grâce, la seconde est une chute qui enlève le mérite et la grâce.

D’autres ne savent pas distinguer entre événements naturels et fautes, et se font un scrupule d’avoir péché alors que, et c’est ton cas, ils ont seulement obéi à des lois naturelles qui sont bonnes. En disant “bonnes”, je distingue les lois naturelles des instincts effrénés. Car tout ce qu’on appelle maintenant “lois naturelles” n’est pas cela et n’est pas bon. Elles étaient bonnes toutes les lois attachées à la nature humaine que Dieu avait données aux premiers parents: le besoin de nourriture, de repos, de boisson. Puis, avec le péché, les instincts animaux ont pénétré et se sont mêlés aux lois naturelles avec les dérèglements, les sensualités de toutes espèces, souillant ce qui était bon, par défaut de modération. Et Satan a entretenu le feu, fomenté les vices par ses tentations. Maintenant tu vois que si ce n’est pas un péché de céder au besoin de repos et de nourriture, c’est au contraire un péché de faire bombance, de s’enivrer, de rester longtemps oisif. Même le besoin de s’unir et de procréer n’est pas un péché, au contraire Dieu a donné l’ordre de le faire pour peupler d’hommes la Terre, mais il n’est pas bon l’acte d’union pour la seule satisfaction des sens. Es-tu persuadé aussi de cela?”

“Oui, Maître. Mais alors dis-moi une chose: ceux qui ne veulent pas procréer pèchent-ils contre Dieu? Tu disais une fois que l’état de virginité est bon.”

“C’est le plus parfait. Comme il est plus parfait l’état de celui qui, non content de faire bon usage des richesses, s’en dépouille tout à fait. Ce sont des perfections auxquelles peuvent parvenir les créatures, et elles en seront grandement récompensées. Il y a trois choses qui sont les plus parfaites: la pauvreté volontaire, la chasteté perpétuelle, l’obéissance absolue en tout ce qui n’est pas péché. Ces trois choses rendent l’homme semblable aux anges. Et il en est une tout à fait parfaite: donner sa propre vie par amour pour Dieu et ses frères. Cette chose rend la créature semblable à Moi parce qu’elle la porte à l’amour absolu. Et celui qui aime parfaitement est semblable à Dieu, il est absorbé en Dieu et fondu avec Lui.

539.7 - Sois donc en paix, mon bien-aimé. Il n’y a pas de faute en toi. Je te le dis. Pourquoi donc pleures-tu davantage?”

“C’est qu’il y a toujours une faute: celle d’avoir su venir vers Toi par besoin et d’avoir su veiller à cause de la faim, pas par amour. Je ne me le pardonnerai jamais, cela ne m’arrivera plus. Je ne dormirai plus alors que tu souffres. Je ne t’oublierai jamais en dormant alors que tu pleures.”

“N’engage pas l’avenir Allusion au futur : les apôtres endormis durant l'agonie du Gethsémani. Cf. EMV 602.13. , Jean. Ta volonté est prête, mais elle pourrait encore être vaincue par la chair, et tu en aurais un profond et inutile avilissement si ensuite tu te souvenais de cette promesse que tu te serais faite à toi-même, sans l’avoir gardée ensuite par fragilité de la chair. Écoute. Moi je te dis ce que tu dois dire pour être en paix, quoi qu’il t’arrive. Dis avec Moi: “Moi, avec l’aide de Dieu, je me propose, autant qu’il me sera possible, de ne plus céder aux lourdeurs de la chair”. Et sois ferme dans cette volonté. Si ensuite un jour, même sans le vouloir, la chair lasse et affligée arrive à vaincre ta volonté, eh bien, alors, comme maintenant tu diras: “Je reconnais que je suis un pauvre homme comme tous mes frères, et que cela me serve pour rabaisser mon orgueil”. Oh! Jean! Jean! Ce n’est pas ton sommeil innocent qui peut me donner de la douleur!

539.8 - Tiens. Cela va te réconforter tout à fait. Nous allons les partager en bénissant ceux qui me les ont offertes.”

Il prend les pommes maintenant cuites et toutes chaudes et Il en donne trois à Jean et en garde trois pour Lui.

“Qui te les a données, Seigneur? Qui est venu te trouver? Qui savait que tu étais ici? Je n’ai pas entendu des voix ni des pas. Et pourtant, depuis la première nuit, je n’ai pas cessé de veiller…”

“Je suis sorti au point du jour. Il y avait du bois devant l’entrée et par dessus du pain, du fromage et des pommes. Je n’ai vu personne. Mais il n’y a que quelques-uns qui peuvent avoir eu le désir de répéter un pèlerinage et un geste d’amour…” dit lentement Jésus.

“C’est vrai! Les bergers! Ils l’avaient dit: “Nous allons nous rendre dans la terre de David… Ce sont des jours de souvenir…” Mais pourquoi ne se sont-ils pas arrêtés?”

“Pourquoi! Ils ont adoré et…”

“Et ils ont eu pitié. Ils t’ont adoré Toi et ils ont eu pitié de moi… Ils sont meilleurs que nous Que nous, les apôtres. , ces hommes.”

“Oui. Ils ont conservé bonne, toujours meilleure leur volonté. Pour eux, il a été sans dommage le don que Dieu leur a fait…”

Jésus ne sourit plus. Il réfléchit et devient triste. Puis il se secoue. Il regarde Jean qui le regarde et il dit:

“Eh bien! Allons-nous partir? N’es-tu plus épuisé?”

“Non, Maître. Je ne vais pas être très résistant, je crois, car j’ai les membres endoloris, mais je crois que je puis marcher.”

“Et alors partons. Va prendre ton sac, pendant que je recueille les restes dans le mien et partons. Nous allons prendre le chemin qui va vers le Jourdain pour éviter Jérusalem.”

Et au retour de Jean, ils se mettent en route en refaisant la route faite pour venir, et ils s’éloignent à travers la campagne qui se réchauffe au doux soleil de décembre.