“Parce que je suis bourrelé de remords, Seigneur… et…
539.3 - Oui! Laisse-moi aller! Je dois te parler à genoux, te demander pardon…”
“Pauvre Jean! Vraiment un effort supérieur à ce que tu peux t’a affaibli même l’intelligence. Et crois-tu que Moi j’ai besoin de tes paroles pour te juger et t’absoudre?”
“Oui, oui. Tu sais tout, je le sais. Mais je n’aurai pas de paix tant que je ne t’aurai pas dit mon péché, ou plutôt mes péchés. Laisse-moi aller, laisse-moi accuser mes fautes.”
“Eh bien, parle, si cela doit te donner la paix.”
Jean glisse à genoux et levant son visage en larmes, il dit:
“J’ai péché par désobéissance, par présomption et par… je ne sais pas si je dis bien en le disant: par humanité. Mais certainement c’est ma faute la plus récente, la plus grave, celle qui me donne la douleur la plus grande et qui me dit quel serviteur inutile, et même plutôt égoïste, bas, je suis.”
Les larmes inondent vraiment son visage alors que pour Jésus le sourire se fait toujours plus lumineux. Jésus reste un peu penché sur son apôtre en pleurs et le divin sourire est toute une caresse sur la douleur de Jean. Mais Jean est tellement affligé qu’il n’a même pas le réconfort de ce sourire, et il continue:
“Je t’ai désobéi. Tu avais dit que nous ne devions pas nous séparer et je me suis tout de suite séparé des compagnons et je les ai scandalisés. J’ai répondu de travers à Judas de Kérioth qui me faisait observer que je péchais. J’ai dit: “Tu l’as fait hier Judas a prétexté de mauvaises nouvelles de sa mère pour rencontrer le complot sanhédriste (Cf. EMV 532.2/5). , et je le fais aujourd’hui. Tu l’as fait pour avoir des nouvelles de ta mère, je le fais pour être avec le Maître et veiller sur Lui, pour le défendre”… J’ai présumé de moi, car je voulais le faire… Moi, pauvre incapable, te défendre, Toi! Et puis j’ai présumé parce que je voulais t’imiter. J’ai dit: “Certainement Lui prie et jeûne. Je ferai ce qu’il fait et dans la même intention que Lui”. Et au contraire…”
Les pleurs font place aux sanglots alors que l’aveu de la misère de l’homme, de la matière qui a triomphé de la volonté de l’esprit, sort des lèvres de Jean:
“Et au contraire… j’ai dormi. Tout de suite j’ai dormi! Et je ne me suis réveillé qu’en plein jour et je t’ai vu aller au ruisseau, te laver, revenir ici et j’ai compris qu’ils auraient pu même s’emparer de Toi sans que je fusse prêt à te défendre. Et puis je voulais faire pénitence et jeûner, mais je n’ai pas été capable de le faire. Par petits morceaux, presque pour ne pas manger, j’ai fini par manger le premier jour mon peu de pain. Tu sais que je n’avais rien d’autre. Et je n’étais pas encore rassasié que j’avais tout fini. Et le lendemain j’ai eu encore plus faim, et cette nuit… Oh! la nuit dernière j’ai peu dormi à cause de la faim et du froid, et cette nuit je n’ai pas dormi du tout… et je n’ai pas su résister davantage ce matin… et je suis venu parce que j’ai eu peur de mourir d’épuisement… et c’est cela qui me fait le plus de mal: de n’avoir pas su veiller pour prier et veiller sur Toi, mais d’avoir su le faire à cause des tiraillements de la faim… Je suis un serviteur imbécile et lâche. Punis-moi, Jésus!”
539.4 - “Pauvre enfant! Je voudrais que tout le monde eût à déplorer des fautes comme les tiennes! Mais écoute, lève-toi et écoute-moi, et la paix reviendra en ton cœur. As-tu désobéi aussi à Simon de Jonas?”
“Non, Maître. Je ne l’aurais jamais fait parce que tu as dit que nous devions lui rester soumis comme à un frère aîné. Mais lui, quand je lui ai dit: “Mon cœur n’est pas tranquille de le voir partir seul”, il a répondu: “Tu as raison. Mais moi je ne puis aller car j’ai l’obligation de vous conduire. Toi, vas-y, et que Dieu soit avec toi”. Les autres ont élevé la voix, et Judas plus que les autres. Ils ont rappelé l’obéissance et ont même fait des reproches à Simon Pierre.”
“Ils ont? Sois sincère, Jean.”
“C’est vrai, Maître. C’est Judas qui a fait des reproches à Simon et m’a assez maltraité. Les autres ont seulement dit: “Le Maître a ordonné de rester ensemble”. Et c’était à moi qu’ils le disaient, pas à notre chef. Mais Simon a répondu: “Dieu voit l’intention de l’acte et Il pardonnera. Et le Maître pardonnera car c’est de l’amour” et il m’a béni et donné un baiser et envoyé à ta suite, comme le jour que tu es allé avec Kouza au-delà du lac Lors de l'invitation de Kouza, Intendant de Hérode, tout un clan de puissants s'était réuni pour faire couronner Jésus. Jean l'avait suivi à son insu. Cf. EMV 464.14/15. .”
“Et alors, Moi, je n’ai pas à t’absoudre de cette faute…”
“Parce qu’elle est trop grave?”
“Non. Parce qu’elle n’existe pas. Reviens ici, Jean, à côté de ton Maître et écoute sa leçon. Il faut savoir appliquer les ordres avec justice et discernement, en sachant comprendre l’esprit de l’ordre, non seulement les lettres qui composent l’ordre. J’ai dit: “Ne vous séparez pas”. Tu t’es séparé et par conséquent tu aurais péché. Mais auparavant j’avais dit: “Soyez unis de corps et d’esprit, soumis à Pierre”. Par ces paroles, je l’ai choisi comme mon légitime représentant parmi vous, avec pleine faculté de juger et de vous commander. Par conséquent, ce que Pierre a fait ou fera en mon absence sera bien fait. Parce que Moi, l’ayant investi du pouvoir de vous conduire, l’Esprit du Seigneur qui est en Moi sera aussi avec lui, et le guidera pour donner les ordres que les circonstances imposent et que la Sagesse suggérera à l’Apôtre chef, pour le bien de tous.
Si Pierre t’avait dit: “N’y va pas” et si tu étais quand même venu, le bon mouvement de ton acte: la volonté de me suivre par amour qui veut me défendre et être avec Moi dans les dangers, n’aurait pas été suffisante pour annuler ta faute. Il aurait vraiment fallu mon pardon. Mais Pierre, ton Chef, t’a dit: “Va”. L’obéissance envers lui te justifie complètement. En es-tu persuadé?”
“Oui, Maître.”
539.5 - “Dois-je t’absoudre de la faute de présomption? Dis-moi, sans te demander si je vois ton cœur. As-tu présumé orgueilleusement de vouloir m’imiter pour pouvoir dire: “Par ma volonté, j’ai aboli les nécessités de la chair, parce que je peux ce que je veux”? Réfléchis bien…”
Jean réfléchit, puis il dit:
“Non, Seigneur. En m’examinant bien, non, je ne l’ai pas fait pour cela.
J’espérais pouvoir le faire parce que j’ai compris que la pénitence est une souffrance pour la chair mais une lumière pour l’esprit. J’ai compris que c’est un moyen pour fortifier notre faiblesse et obtenir tant de Dieu. Tu le fais pour cela, et moi, c’est pour cela que je voulais le faire. Et je crois ne pas me tromper en disant que si tu le fais, Toi qui es fort, qui es puissant, saint, moi, nous, nous devrions le faire toujours, s’il était toujours possible de le faire, pour être moins faibles et moins matériels. Mais je n’ai pas pu le faire. J’ai toujours faim, moi, et grande envie de dormir…”
Ses larmes recommencent à couler lentement, humblement, véritable aveu des limites des capacités de l’homme.