“Élise, viens dehors.”

Élise obéit. Jésus la conduit vers la femme qui, voyant venir une autre femme et âgée, a un mouvement de honte et cherche à couvrir son visage et son vêtement provocant avec les restes du manteau et du voile déchirés.

“Écoute, Élise. Je quitte immédiatement cette maison. Tu diras à mes apôtres qu’ils me rejoignent à l’aurore à la Porte d’Hérode. Tous, sauf Judas de Kérioth qui doit venir avec Moi. Tu feras dormir cette femme avec toi. Tu peux prendre mon lit car je ne reviendrai pas à Nobé d’ici longtemps. Demain, quand Jean s’éveillera, toi et lui accompagnerez cette femme où elle vous dira. Tu lui donneras un vêtement ordinaire et un de tes manteaux. Et vous l’aiderez en tout.

“C’est bien, Seigneur. Il sera fait comme tu veux. Je regrette pour Jean…”

“Moi aussi, je voulais lui faire plaisir, mais la haine des hommes interdit au Fils de l’homme de donner une heure de fête à un juste…”

“Et ensuite, Seigneur?”

“Ensuite? Tu peux retourner à Bet-Çur (Bethsur), en attendant… Adieu, Élise. Que ma bénédiction et ma paix soient avec toi. Adieu, femme. Je te confie à une mère et à un juste. Cependant, si tu crois devoir retourner prendre tes affaires…”

“Non. Je ne veux rien avoir du passé.”

“Mais ma brave femme! Tu ne peux certainement pas tout laisser à l’abandon. Tu n’as pas des serviteurs ni des parents?” dit Élise.

“Je n’ai qu’une servante… et…”

“Tu devras la congédier, tu devras…”

“Je te prie de le faire, toi, à ton retour. Aide-moi à guérir tout à fait, ô femme.” Et dans sa voix, il y a une véritable angoisse.

“Oui, ma fille! Oui. Ne t’inquiète pas. Demain, nous penserons à tout. Viens maintenant en haut avec moi”

Élise la prend par la main et la conduit à l’étage par l’escalier dans une des petites chambres.

532.13 – Puis elle descend rapidement:

J’ai pensé qu’il serait bien que tout le monde te voie sans elle, Seigneur. Et que l’on ne sache pas où elle est. Ces bijoux…”

Elle se penche pour ramasser bagues et bracelets, boucles et épingles de coiffure et la ceinture et autant de perles qu’elle peut trouver du collier brisé:

“Qu’est-ce que j’en fais, Seigneur?”

“Viens avec Moi. Tu as raison. Il est bien qu’ils me voient.”

Ils entrent dans la cuisine. Tous regardent Jésus d’un air interrogateur. Le vieux Jean s’est levé aussi, peut-être réveillé par une discussion.

“Élise, donne à Thomas les choses précieuses. Et toi, Thomas, tu les vendras demain à quelque orfèvre. Cela servira pour les pauvres. Oui, ce sont des bijoux de femme, de cette femme. C’est la réponse à ceux qui pensent qu’une chair peut tenter le Fils de l’homme et l’écarter de sa mission. Et c’est aussi un conseil, pour ceux qui me haïssent, que toute machination est inutile pour trouver matière d’accusation. Jean, Élise te dira ce que tu dois faire. Je te bénis…”

“Tu me quittes, Seigneur?”

Le vieillard est affligé.

“Je le dois. Adieu. Que la paix soit avec toi.” Il se tourne vers les apôtres: “Allez vous reposer. Tous, sauf Judas de Kérioth qui vient avec Moi.”

“Mais où? Il fait nuit” objecte Judas.

“Prier. Cela ne te fera pas de mal, à moins que tu craignes l’air de la nuit si tu le respires avec Moi.”

Judas baisse la tête et de mauvaise grâce il prend son manteau pendant que Jésus prend le sien.

“Demain, à la Porte d’Hérode, à l’aurore. Nous irons au Temple et…”

“Non!”

e non est unanime. Celui de Judas est le plus fort.

“Nous irons au Temple. N’as-tu pas dit peut-être que tu les as persuadés de me laisser en paix?”

“C’est vrai.”

“Et alors, nous irons au Temple. Viens.” Et il se dirige vers la sortie.

“Et ainsi, elle est déjà finie la fête que nous avions préparée…” dit Pierre en soupirant.

“Finie avant de commencer, dois-tu dire” lui répond Jacques de Zébédée.

Jésus est déjà sur le seuil de la porte ouverte. Il se retourne et bénit. Puis il disparaît dans la nuit.

Dans la cuisine, tous sont muets. Enfin Matthieu demande à Élise:

“Mais qu’est-il arrivé, enfin?”

“Je ne sais pas. Il y avait une femme en pleurs. Et il m’a dit ce qu’il vous a dit aussi à vous. Qui était-ce, d’où et pourquoi est-elle venue, je ne sais pas…”

“Bien. Allons…” et tous s’en vont, sauf Matthieu et Barthélemy qui dorment à la maison.