Le “où tu es Caïus, je serai moi Caïa” de votre rite se perpétue dans l’au-delà, dans notre rite, dans mon rite, car la mort n’est pas la fin, mais la séparation temporaire de l’époux et de l’épouse, et le devoir d’aimer dure aussi au-delà de la mort. C’est pour cela que je dis que je voudrais la chasteté chez les veufs. Mais l’homme ne sait pas être chaste. Et c’est aussi pour cela que je dis que les conjoints ont le devoir de s’améliorer l’un l’autre.

Ne hoche pas la tête. Tel est le devoir, et il faut accomplir ce devoir si on veut vraiment Me suivre.”

531.15 – “Tu es dur, aujourd’hui, Maître.”

“Non. Je suis Maître et j’ai en face de Moi une créature qui peut grandir dans la vie de la Grâce. Si tu n’étais pas ce que tu es, je t’imposerais moins. Mais tu as une bonne trempe et la souffrance purifie et trempe toujours plus ton métal. Un jour tu te souviendras de Moi et tu me béniras d’avoir été ce que je suis.”

“Mon mari ne reviendra pas en arrière…”

“Et toi, tu iras de l’avant. En tenant par la main ton innocente, tu marcheras sur le chemin de la Justice sans haine, sans vengeance, et aussi pourtant sans attente inutile et sans regret pour ce qui est perdu.”

“Tu le sais alors que je l’ai perdu!”

“Je le sais, mais ce n’est pas toi qui l’as perdu, c’est lui qui t’a perdue. Il ne te méritait pas. Maintenant écoute… C’est dur. Oui. Tu m’as apporté des roses et des sourires innocents pour me consoler … Moi… Je ne puis que te préparer à porter la couronne d’épines des épouses abandonnées… Mais, réfléchis: si le temps pouvait revenir en arrière et te ramener à ce matin où Fausta était mourante, et si ton cœur était mis dans l’alternative de choisir entre ta fille et ton mari, devant nécessairement perdre l’un des deux, toi, que choisirais-tu?,,.”

La femme réfléchit, pâle mais courageuse dans sa souffrance après les quelques larmes qu’elle a versées au début du dialogue… Puis elle se penche sur sa petite qui est assise sur le pavé et s’amuse à mettre des fleurettes blanches autour des pieds de Jésus. Elle la prend, l’embrasse et crie:

“C’est elle que je choisirais, car à elle je puis donner mon cœur même et la faire grandir comme j’ai appris que l’on doit vivre. Mon enfant! Et être unies aussi au-delà de la vie. Moi toujours sa mère, elle toujours ma fille!”

Et elle la couvre de baisers alors que la petite se serre à son cou, toute amour et sourires.

“Dis-moi, oh! dis-moi, Maître, Toi qui apprends à vivre en héros, ce que, comment l’élever pour être toutes les deux dans ton Royaume? Quelles paroles, quelles actions lui enseigner?…”

“Il n’est pas besoin de paroles ni d’actes particuliers. Sois parfaite pour qu’elle reflète ta perfection. Aime Dieu et le prochain pour qu’elle apprenne à aimer. Vis sur la Terre avec tes affections en Dieu. Elle t’imitera. Ainsi pour l’instant. Plus tard mon Père, qui vous a aimées d’une manière spéciale, pourvoira à vos besoins spirituels, et vous deviendrez sages dans la foi qui portera mon Nom. C’est tout ce qu’il y a à faire. Dans l’amour de Dieu, tu trouveras tout frein contre le Mal. Dans l’amour du prochain, tu auras une aide contre l’accablement de la solitude. Et enseigne à pardonner. À toi-même… et à ton enfant. Comprends-tu ce que je veux dire?” “Je comprends… C’est juste…

531.16 – Maître, je te quitte. Bénis une pauvre femme… qui est plus pauvre qu’une mendiante qui a son compagnon fidèle…”

“Où es-tu maintenant? À Jérusalem?”

“Non, à Béther. Jeanne, qui est si bonne, m’a envoyé dans son château… Je souffrais trop là-haut… Je vais y rester jusqu’à ce que Jeanne vienne à Jérusalem, ce qui ne va pas tarder.

Elle descend en Judée avec ta Mère et les autres disciples aux premières tiédeurs du printemps. Ensuite, je resterai avec elle quelque temps. Puis les autres viendront et j’irai avec elles. Mais le temps aura déjà pansé ma blessure.”

“Le temps, et surtout Dieu et le sourire de ta fillette. Adieu, Valéria. Que le Dieu vrai, que tu cherches avec un esprit qui est bon, te réconforte et te protège.”

Jésus met la main sur la tête de la petite pour la bénir. Puis il s’approche de la porte fermée en demandant:

“Tu es venue seule?”

“Non, avec une affranchie. Le char m’attend dans le bois à l’entrée du village. Nous verrons-nous encore, Maître?”

“Pour la Dédicace, je serai à Jérusalem, au Temple.”

“j’y serai, Maître. J’ai besoin de tes paroles pour ma nouvelle vie…”

“Va tranquille. Dieu ne laisse pas sans aide celui qui le cherche.”

“Je crois… Oh! il est bien triste notre monde païen!”