“Ainsi en est-il de la Haine. Mais elle ne me renversera pas. J’en serai submergé, mais non détruit. Et à l’heure très amère, l’amour de celui qui n’a pas voulu haïr l’Innocent sera mon réconfort, ma lumière dans les ténèbres de cette heure de Ténèbres, ma douceur dans le calice de vin mélangé de fiel et de myrrhe.”

“Toi?… Tu parles de Toi comme si… C’est pour les voleurs ce calice, pour celui qui va à la mort de la croix. Mais, tu n’es pas un voleur! Tu n’es pas coupable! Tu es…”

“Le Rédempteur. Donne-moi un baiser, fils.”

II lui prend la tête dans ses mains et dépose un baiser sur son front et puis il se penche pour recevoir le baiser du jeune homme. C’est un baiser timide qui effleure tout juste la joue décharnée… Et puis le jeune tombe en pleurant sur la poitrine de Jésus.

“Ne pleure pas, mon fils! Je suis sacrifié par l’amour. Et c’est toujours un doux sacrifice, même si c’est un tourment pour la nature humaine.”

Il le tient dans ses bras jusqu’à ce qu’il ait fini de pleurer, et puis il revient en le tenant près de Lui, par la main, à la place qu’avait Pierre auparavant.

524.7 - Il recommence à parler:

“Pendant que nous prenions notre nourriture, l’un d’entre vous, qui n’est pas d’Israël, a dit qu’il voulait demander une explication. Qu’il le fasse maintenant parce que bientôt nous devrons retourner parmi les gens et ensuite nous quitter.”

“C’est moi qui ai dit cela. Mais plusieurs désirent le savoir. Zachée ne sait pas bien l’expliquer ni non plus d’autres d’entre nous qui sont de ta religion. Nous l’avons demandé à tes disciples quand ils sont passés par ici, mais ils ne nous l’ont pas dit avec clarté.”

“Que veux-tu donc savoir?”

“Nous ne savions même pas que nous avions une âme. C’est-à-dire… nous au moins aurions dû le savoir car nos anciens… Mais nous ne lisions plus les anciens. Nous étions des bêtes… Et nous ne savions plus ce qu’est cette âme. Maintenant même nous ne le savons pas. Qu’est-ce que l’âme? La raison peut-être? Nous ne le croyons pas, parce que, dans ce cas, nous aurions été sans elle et nous avons entendu dire que sans l’âme il n’y a pas de vie. Qu’est donc l’âme que l’on nous dit incorporelle, que l’on nous dit immortelle, si ce n’est pas la raison? La pensée est incorporelle, mais elle n’est pas immortelle car elle cesse avec notre vie. Même l’homme le plus sage ne pense plus après la mort.”

“L’âme n’est pas la pensée, homme. L’âme, c’est l’esprit, le principe immatériel de la vie, le principe impalpable, mais vrai, qui anime tout l’homme et dure après l’homme. C’est pour cela qu’elle est dite immortelle. C’est une chose tellement sublime que la pensée, même la plus puissante, n’est rien en comparaison. La pensée a une fin, mais l’âme, bien qu’elle ait un commencement n’a pas de fin. Bienheureuse ou damnée, elle continue d’exister. Bienheureux ceux qui savent la garder pure ou la rendre pure après l’avoir rendue impure, pour la rendre à son Créateur comme Lui l’a donnée à l’homme pour animer son humanité.”

“Mais est-elle en nous, ou au-dessus de nous, comme l’œil de Dieu?”

“En nous.”

“Prisonnière jusqu’à la mort, alors? Esclave?”

“Non. Reine. Dans la pensée éternelle, l’âme, l’esprit, est la chose qui règne dans l’homme, dans l’animal créé que l’on appelle: homme. Elle est venue du Roi et Père de tous les rois et pères, son souffle et son image, son don et son droit, et elle a pour mission de faire de la créature appelée homme, un roi du grand royaume éternel, de faire de la créature appelée homme un dieu au-delà de la vie, un “vivant” dans la Demeure du très sublime, unique Dieu, elle a été créée reine, et avec l’autorité et le destin d’une reine. Ses servantes ce sont toutes les vertus et facultés de l’homme, son ministre la bonne volonté de l’homme, son serviteur la pensée, servante et élève la pensée de l’homme. C’est par l’esprit que la pensée acquiert puissance et vérité, acquiert justice et sagesse, et peut s’élever à une perfection royale. Une pensée privée de la lumière de l’esprit aura toujours des lacunes et des ténèbres, et ne pourra jamais comprendre les vérités. En effet pour celui qui est séparé de Dieu pour avoir perdu la royauté de l’âme, ces vérités sont plus incompréhensibles que des mystères.

La pensée de l’homme sera aveugle, elle sera hébétée, s’il lui manque le point d’appui du levier indispensable pour comprendre, pour s’élever en quittant la Terre et en s’élançant vers les hauteurs, à la rencontre de l’Intelligence, de la Puissance, de la Divinité en un mot.

524.8 - C’est à toi que je parle ainsi, Démétès, parce que tu n’as pas toujours été seulement un changeur, et tu peux comprendre, et expliquer aux autres.”

“Tu es vraiment un voyant, Maître. Non, je n’ai pas été seulement un changeur… Cela a même été le dernier degré de ma descente… Dis-moi, Maître. Mais si l’âme est reine, pourquoi alors ne règne-t-elle pas et ne dompte-t-elle pas la pensée mauvaise et la chair mauvaise de l’homme”

“Dompter ne serait ni liberté ni mérite, ce serait oppression.”

“Mais la pensée et la chair accablent souvent l’âme, je parle de moi, de nous, et la rendent trop souvent esclave. C’est pour cela que je disais qu’elle était en nous esclave. Comment Dieu peut-il permettre qu’une chose si sublime — tu l’as définie “souffle de Dieu et son image” — soit avilie par ce qui est inférieur?”

“La Pensée divine était que l’âme ne connût pas l’esclavage. Mais oublies-tu l’ennemi de Dieu et de l’homme? Les esprits inférieurs vous sont connus à vous aussi.”

“Oui, et tous avec des désirs cruels. Pour mon compte, je puis dire en me rappelant l’enfant que j’étais, que c’est seulement à ces esprits infernaux que je puis attribuer l’homme que je suis devenu et que j’ai été jusqu’au seuil de la vieillesse. Maintenant je retrouve l’enfant égaré d’alors. Mais pourrai-je me rendre assez enfant pour revenir à la pureté d’alors? La marche à rebours est-elle peut-être permise?”

“Pas besoin de revenir en arrière. Tu ne pourrais le faire. Le temps écoulé ne revient plus. On ne peut le faire revenir et on ne peut y revenir. Mais ce n’est pas nécessaire.

524.9 - Certains d’entre vous sont de lieux où on connaît la théorie de l’école pythagoricienne «Ce qui a été, renaît». Pythagore (Vers 580 av. J.-C - Vers 495 av. J.-C.), célèbre notamment pour son théorème, croyait à la transmigration des âmes, notamment le concernant, et plus spécifiquement à une âme qui peut provenir et entrer dans un corps non humain, végétal ou animal (métempsycose). . C’est une théorie erronée. Les âmes, une fois passé leur séjour sur la Terre, ne reviennent plus jamais sur la Terre dans aucun corps. Pas dans un animal, car il ne convient pas qu’une chose aussi surnaturelle qu’elle est, habite dans une brute. Pas dans un homme, car comment le corps serait-il récompensé une fois réuni à l’âme au jugement dernier si cette âme avait été revêtue de plusieurs corps?

On dit chez ceux qui croient à cette théorie que c’est le dernier corps qui a la jouissance, parce qu’au cours des purifications successives, pendant les vies successives, c’est seulement dans la dernière réincarnation que l’âme atteint une perfection qui mérite une récompense. C’est une erreur et une offense! Une erreur et une offense envers Dieu puisque c’est admettre que Lui n’a pu créer qu’un nombre limité d’âmes. Erreur et offense envers l’homme en le jugeant si corrompu qu’il mérite difficilement une récompense. Il ne sera pas tout de suite récompensé, il devra subir une purification après la vie quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, mais la purification prépare à la joie. Aussi celui qui se purifie est déjà quelqu’un de sauvé. Et une fois sauvé, il jouira avec son corps après le dernier Jour. Il ne pourra avoir qu’un corps seul pour son âme, qu’une seule vie ici-bas, et c’est avec le corps que lui ont fait ceux qui l’ont procréé, et avec l’âme que le Créateur lui a créée pour vivifier sa chair, qu’il jouira de la récompense.

524.10 - La réincarnation n’est pas accordée, comme il n’est pas donné de faire marche arrière dans le temps. Mais se recréer par un mouvement d’une libre volonté, oui, c’est accordé, et Dieu bénit cette volonté et l’aide. Vous tous l’avez eue. Voilà alors que l’homme pécheur, vicieux, souillé, criminel, voleur, corrompu, corrupteur, homicide, sacrilège, adultère, sous le bain du repentir, renaît spirituellement, détruit la substance corrompue du vieil homme, disperse le moi mental encore plus corrompu, comme si la volonté de se racheter était un acide qui attaque et détruit l’enveloppe malsaine où se cache un trésor, et met à nu le propre esprit purifié, redevenu sain, revêtu d’une nouvelle pensée, d’un nouveau vêtement pur, bon, enfantin. Oh! un vêtement qui peut s’approcher de Dieu, qui peut couvrir dignement l’âme recréée, et la garder et l’aider jusqu’à sa supercréation qui est la sainteté achevée qui demain — dans un demain peut-être lointain, si on le voit avec l’esprit et la mesure du temps humain, très proche si on le contemple par la pensée de l’éternité — sera glorieuse dans le Royaume de Dieu.

Et tous peuvent, en le voulant, recréer en eux-mêmes le pur enfant des jours de l’enfance, l’enfant affectueux, humble, franc, bon, que sa mère serrait sur son sein, que son père regardait avec fierté, que l’ange de Dieu aimait et que Dieu contemplait avec amour.

Vos mères! Elles étaient peut-être des femmes de grande vertu… Dieu ne laissera pas leur vertu sans récompense. Faites donc en sorte d’en avoir une pareille pour vous réunir à elles, quand il y aura pour tous les vertueux une seule chose: le Royaume de Dieu pour les bons. Peut-être elles n’étaient pas bonnes, et ont contribué à votre ruine. Mais si elles ne vous ont pas aimés, si vous ne connaissez pas l’amour, si cette absence d’amour vous a rendus mauvais, maintenant qu’un Amour divin vous a recueillis, soyez saints, pour pouvoir dans une joie céleste jouir de l’Amour qui surpasse tout amour.

524.11 - Avez-vous autre chose à demander?”

“Non, Seigneur. Nous avons tout à apprendre, mais pour le moment nous ne voyons pas autre chose…”

“Je vais vous laisser Jean et André pour quelques jours. Ensuite je vous enverrai des disciples bons et sages. Je veux que les poulains sauvages connaissent les voies du Seigneur et ses pâturages, comme ceux d’Israël, car je suis venu pour tous et je les aime tous de la même manière. Levez-vous et allons.”

Et il sort le premier dans le jardin défriché, suivi de près par les siens qui se plaignent doucement:

“Maître, tu leur as parlé comme peu souvent tu parles à ceux que tu as choisis…”

“Et vous vous en plaignez? Ne savez-vous pas que c’est ainsi que l’on fait aussi dans le monde quand on veut conquérir quelqu’un que l’on aime? Mais avec ceux dont nous savons qu’ils nous aiment de tout eux-mêmes, et sont désormais de notre famille, il n’est pas besoin de l’art de la conquête. Il suffit de se voir pour être les uns dans les autres, dans la joie et la paix” dit Jésus avec un sourire divin, vraiment divin tant il communique de joie. *

Et les apôtres ne se plaignent plus, et même ils le regardent bienheureux en se perdant dans l’allégresse de l’amour mutuel.