“C’est Dieu qui me l’a mis, par l’intermédiaire de Toi, sa Parole.”
“Donc, c’est Dieu. Maintenant, réfléchis: si Dieu, qui connaît les capacités des hommes, leur dit: “Venez à Moi. Soyez parfaits” cela signifie qu’il sait que l’homme, s’il le veut, peut le devenir. C’est une parole ancienne. Elle a résonné la première fois aux oreilles d’Abraham Genèse 17.1. comme une révélation, un ordre, une invitation: “Je suis le Dieu Tout Puissant. Marche en ma présence. Sois parfait”. Dieu se manifeste pour que le Patriarche n’ait pas de doute sur la sainteté du commandement et sur la vérité de l’invitation. Il commande de marcher en sa présence, car celui qui marche dans sa vie, convaincu de le faire sous le regard de Dieu, n’accomplit pas de mauvaises actions. En conséquence, il se met dans la condition de pouvoir devenir parfait comme Dieu l’invite à le devenir.”
“C’est vrai! C’est tout à fait vrai! Si Dieu l’a dit, c’est que cela peut être fait. Oh! Maître! Comme on comprend tout quand c’est Toi qui parles! Mais alors, pourquoi tes disciples, et même cet apôtre expriment-ils une idée aussi… effrayante de la sainteté? Peut-être ne croient-ils pas vraies ces paroles et les tiennes? Ou bien ils ne savent pas marcher en présence de Dieu?”
514.4 - “Ne pense pas à ce que c’est. Ne juge pas. Vois, fils. Parfois leur désir d’être parfaits et leur humilité leur fait craindre de ne pouvoir jamais le devenir.”
“Mais alors le désir de la perfection et l’humilité sont des obstacles pour devenir parfait?”
“Non, fils. Le désir et l’humilité ne sont pas des obstacles. Il faut même s’efforcer de les avoir profondément, mais ordonnés. Ils sont ordonnés quand il n’y a pas de hâte inconsidérée, d’accablements sans raison, de doutes et de défiance tels que de croire que, étant donnée l’imperfection de son être, l’homme ne peut devenir parfait. Toutes les vertus sont nécessaires et l’est aussi le vif désir d’arriver à la justice.”
“Oui. Ceux que j’ai interrogés me le disaient aussi. Ils me disaient qu’il est nécessaire d’avoir les vertus. Pourtant les uns estimaient nécessaire telle vertu et d’autres telle autre, et tous affirmaient l’absolue nécessité de celle qu’ils préconisaient comme indispensable pour être saint. Et cela m’effrayait, car comment peut-on avoir toutes les vertus sous une forme parfaite, les faire naître ensemble comme un bouquet de fleurs variées? Il faut du temps… et la vie est si courte! Toi, Maître, explique-moi quelle est la vertu indispensable.”
“C’est la charité. Si tu aimes, tu seras saint, car c’est de l’amour pour le Très-Haut et pour le prochain que viennent toutes les vertus et toutes les bonnes actions.”
“Oui? Ainsi, c’est plus facile. La sainteté, alors, c’est l’amour. Si j’ai la charité, je possède tout… La sainteté est faite de cela.”
“De cela, et des autres vertus. Car la sainteté, ce n’est pas seulement d’être humble, ou seulement prudent, ou seulement chaste et cætera, mais c’est être vertueux.
514.5 - Vois, mon fils: quand un riche veut faire un banquet, est-ce que peut-être il commande un seul mets? Et encore: quand quelqu’un veut faire un bouquet de fleurs, pour l’offrir en hommage, prend-il par hasard une seule fleur? Non, n’est-ce pas? Car s’il mettait sur les tables des tas de plats d’un seul mets, ses convives le critiqueraient comme un hôte incapable qui se préoccupe seulement de montrer ses possibilités d’achat sans montrer sa finesse de seigneur préoccupé des goûts divers de ses invités et qui veut que chacun, avec un mets ou un autre, non seulement se rassasie, mais se régale. Et de même celui qui fait un bouquet de fleurs: une seule fleur, si grande qu’elle soit, ne fait pas un bouquet, mais il faut des fleurs nombreuses pour le faire et ainsi les couleurs et les parfums variés charment l’œil et l’odorat et font louer le Seigneur. La sainteté, que nous devons considérer comme un bouquet de fleurs offert au Seigneur, doit être formée de toutes les vertus. Dans un esprit c’est l’humilité qui prédominera, dans un autre la force, dans un autre la continence, dans un autre la patience, dans un autre l’esprit de sacrifice ou de pénitence, toutes vertus nées à l’ombre de la plante royale et parfaitement parfumée de l’amour, dont les fleurs domineront toujours dans le bouquet, mais ce sont toutes les vertus qui composent la sainteté.”
“Et laquelle doit-on cultiver avec plus de soin?”
“La charité. Je te l’ai dit.”
“Et ensuite?”
“Il n’y a pas de méthode, mon fils. Si tu aimes le Seigneur, Il te donnera ses dons, c’est-à-dire se communiquera à toi, et alors les vertus que tu essaies de faire croître avec robustesse croîtront sous le soleil de la Grâce.”
“En d’autres termes, dans l’âme aimante se trouve Dieu qui opère grandement?”
“Oui, fils. Il y a Dieu qui opère grandement en laissant l’homme y mettre de lui-même sa libre volonté de tendre à la perfection, ses efforts pour repousser les tentations pour se conserver fidèle à ce qu’il se propose, ses luttes contre la chair, le monde, le démon, quand ils l’assaillent et cela pour que son fils ait du mérite dans sa sainteté.”
“Ah! voilà! Alors il est très juste de dire que l’homme est fait pour être parfait comme Dieu le veut. Merci, Maître. Maintenant je sais, et maintenant je ferai. Et Toi, prie pour moi.”
“Je te garderai dans mon cœur. Va, et ne crains pas que Dieu puisse te laisser sans secours.”
514.6 - Le jeune homme se sépare de Jésus, tout content…
Ils sont maintenant près du village. Barthélemy, avec Étienne, rejoint Jésus pour Lui raconter que, pendant qu’il parlait avec le jeune homme, quelqu’un de Bétéron, parent d’Elchias le pharisien, était venu pour le prier de l’amener tout de suite auprès de sa femme mourante.
“Allons. Je parlerai ensuite. Savez-vous où elle est?”
“Il nous a laissé un serviteur. Il est en arrière avec les autres.”
“Faites-le venir et pressons le pas.”
Le serviteur accourt. C’est un robuste vieillard, il est consterné. Il salue et regarde par en dessous Jésus qui lui sourit en lui demandant: