510 – Guérison d’un l’aveugle-né, provoquée par une manœuvre de Judas

10 octobre 1946

Le jeudi 10 octobre 1946

510.1 - Jésus sort avec ses apôtres et Joseph de Sephoris se dirigeant vers la synagogue. La journée, limpide et sereine, réjouit comme une promesse de printemps après les jours venteux et couverts, vrais jours d’hiver. Beaucoup de gens de Jérusalem sont donc sur les routes, les uns allant vers les synagogues, d’autres en revenant ou venant d’autres lieux, certains avec leur famille afin de sortir de la ville pour jouir du soleil dans la campagne. De la Porte d’Hérode, visible de la maison de Joseph de Sephoris, on voit les gens quitter les murs pour des distractions joyeuses, en plein air. Un plongeon dans la verdure, dans l’espace, dans la liberté, en dehors des rues étroites entre les hautes maisons. Je crois que la ceinture champêtre qui entourait Jérusalem avait été voulue spontanément par les habitants qui voulaient concilier la mesure du chemin du sabbat avec leur désir d’air et de soleil, qu’ils prenaient sur les routes, et non seulement sur les terrasses des maisons.

Mais Jésus ne va pas vers la porte d’Hérode. Au contraire, il lui tourne le dos pour se diriger vers l’intérieur de la ville. Mais il n’a fait que quelques pas sur la route plus large, où débouche le petit chemin où se trouve la maison de Joseph de Sephoris, que Judas de Kériot attire son attention sur un jeune homme qui s’avance vers eux, en tâtant les murs avec un bâton, en levant en l’air son visage sans yeux, avec la démarche particulière aux aveugles. Ses habits sont pauvres mais propres, et ce doit être une personne connue de beaucoup de gens de Jérusalem car plusieurs le montrent du doigt et certains lui disent:

“Homme, aujourd’hui tu t’es trompé de route. Les chemins du Moriah sont tous dépassés, tu es déjà à Bézéta.” Voir le plan schématique de Jérusalem.

“Je ne demande pas d’argent aujourd’hui” répond l’aveugle avec un sourire et il avance toujours avec ce sourire vers le nord de la ville.

510.2 - “Maître, observe-le. Il a les paupières soudées ou plutôt je dirais qu’il n’a pas de paupières. Le front rejoint les joues sans aucune cavité et il semble que par dessous il n’y ait pas de globes oculaires. Il est né ainsi, le malheureux, et il mourra de même sans avoir vu une seule fois la lumière du soleil ni le visage d’un homme. Maintenant, Maître, dis-moi: pour être ainsi puni, il a certainement péché. Mais s’il est né aveugle, comme c’est certain, comment peut-il avoir péché avant de naître? Peut-être ses parents ont péché et Dieu les a punis en le faisant naître ainsi?”

Les autres apôtres aussi, avec Isaac et Marziam, se serrent près de Jésus pour entendre sa réponse. Et pressant le pas, comme attirés par la haute taille de Jésus, qui domine la foule, accourent deux hiérosolymitains Habitants de Jérusalem (gerosolimitani dans le texte original). de condition aisée qui étaient un peu en arrière de l’aveugle et entre eux se trouve Joseph d’Arimathie qui ne s’approche pas mais, adossé a un portail élevé sur deux marches, tourne ses regards vers tous les visages pour les observer.

Jésus répond et on entend clairement ses paroles dans le silence qui s’est fait:

“Ni lui ni ses parents n’ont péché plus que ne pèche tout homme, et peut-être moins aussi, car souvent la pauvreté est un frein pour le péché. Mais il est né ainsi pour qu’une fois encore, soient manifestées en lui la puissance et les œuvres de Dieu. Je suis la Lumière venue dans le monde pour que ceux du monde, qui ont oublié Dieu ou perdu son image spirituelle, voient et se souviennent, et pour que ceux qui cherchent Dieu, ou Lui appartiennent déjà, soient confirmés dans la foi et dans l’amour. Le Père m’a envoyé pour que, dans le jour qui est encore accordé à Israël, je complète la connaissance de Dieu en Israël et dans le monde. Voici donc que je dois accomplir les œuvres de Celui qui m’a envoyé pour témoigner que je puis ce que Lui peut, parce que je suis Un avec Lui, et pour que le monde sache et voie que le Fils n’est pas dissemblable du Père et pour qu’il croie en Moi pour ce que je suis.

Après viendra la nuit pendant laquelle on ne peut plus travailler, la ténèbre, et celui en qui ne se sera pas gravé mon signe et la foi en Moi, ne pourra plus le faire dans les ténèbres et la confusion, la douleur, la désolation et la ruine qui couvriront ces lieux et étourdiront les esprits par la surexcitation des peines. Mais, tant que je suis dans le monde, je suis Lumière et Témoignage, Parole, Chemin et Vie, Sagesse, Puissance et Miséricorde.

510.3 - Va donc, rejoins l’aveugle et amène-le ici.”

“Vas-y toi, André, je veux rester ici et voir ce que fait le Maître” répond Judas en montrant Jésus qui s’est penché sur le chemin poussiéreux, a craché sur un petit tas de terre et est en train de délayer avec le doigt la poussière dans la salive pour former une boulette de boue. Pendant qu’André, toujours condescendant va prendre l’aveugle qui va tourner dans le petit chemin où se trouve la maison de Joseph de Sephoris, Jésus étend la boue sur ses deux index en restant ainsi les mains tendues comme le prêtre pendant la Sainte Messe. Cependant Judas quitte sa place pour dire à Matthieu et à Pierre: “Venez ici, vous qui n’avez pas une grande taille, et vous verrez mieux.” Et il se met en arrière de tout le monde, presque caché par les fils d’Alphée et par Barthélemy, qui sont grands.

André revient en tenant par la main l’aveugle qui s’époumone à dire:

“Je ne veux pas d’argent. Laisse-moi aller. Je sais où se trouve celui qu’on appelle Jésus, et je vais pour demander…”

“C’est Jésus qui est devant toi” lui dit André en s’arrêtant devant le Maître.

Jésus, contrairement à son habitude, ne demande rien à l’homme. Il lui étend de suite sur les paupières closes un peu de la boue qu’il a sur les index et il lui commande:

“Et maintenant va le plus rapidement possible à la citerne de Siloé, sans t’arrêter pour parler avec quelqu’un.”

L’aveugle, avec son visage barbouillé de boue, reste un instant perplexe et il ouvre les lèvres pour parler, puis il les ferme et il obéit. Les premiers pas sont lents comme s’il était pensif ou bien déçu, puis il presse le pas en rasant le mur avec son bâton, de plus en plus vite, autant que le peut un aveugle, peut-être davantage, comme s’il se sentait guidé…

Les deux hiérosolymitains ont un rire sarcastique et, en hochant la tête, ils s’en vont. Joseph d’Arimathie, et le fait m’étonne, les suit sans même saluer le Maître et il revient sur ses pas, c’est-à-dire vers le Temple, alors qu’il venait de cette direction. Ainsi, tant l’aveugle que les deux et que Joseph d’Arimathie, vont vers le sud de la ville, alors que Jésus tourne vers l’occident, et je le perds de vue car la volonté du Seigneur me fait suivre l’aveugle et ceux qui le suivent.

510.4 - Après avoir passé Bézéta, ils entrent tous dans la vallée qui se trouve entre le Moriah et Sion — il me semble l’avoir entendu appeler Tiropéon d’autres fois — ils la suivent toute entière jusqu’à Ophel, la côtoient, sortent sur la route qui va à la fontaine de Siloé, en restant toujours dans cet ordre: d’abord l’aveugle qui doit être connu dans ce quartier populaire, puis les deux, en dernier lieu, à quelque distance, Joseph d’Arimathie.

Joseph s’arrête près d’une maisonnette insignifiante, à demi caché par une haie de buis qui fait saillie en contournant le jardinet de la pauvre maison. Mais les deux s’en vont tout près de la fontaine. Ils observent l’aveugle qui s’approche avec précaution du vaste bassin et, en tâtant le mur humide, plonge une main qu’il retire toute ruisselante et il se lave les yeux, une, deux, trois fois. La troisième fois, il presse aussi sur son visage l’autre main en laissant tomber son bâton et en poussant un cri que semble provoquer la douleur.

Puis il enlève lentement les mains et son précédent cri de douleur se change en un cri de joie:

“Oh! Très-Haut! Je vois!”