509.3 – Nicodème et Manahen entrent, suivis de tous les bergers disciples présents à Jérusalem, c’est-à-dire Jonathas et ceux qui étaient déjà disciples du Baptiste Jean, Matthias et Siméon. . Puis, avec eux, se trouve le prêtre Jean avec un autre très âgé, et Nicolaï. Et, tout en arrière, Nikê avec la jeune fille que Jésus lui a confiée, et Annalia avec sa mère. Elles enlèvent le voile qui cachait leur visage et on voit leurs visages troublés.
“Maître! Mais que t “arrive-t-il? J’ai appris… D’abord par les gens avant de le savoir par Manahen… La ville est pleine de cette rumeur comme une ruche l’est de bourdonnements, et ceux qui t’aiment accourent te chercher où ils pensent que tu te trouves. Certainement, Joseph, ils sont accourus même chez toi… Moi-même j’allais aux maisons de Lazare… C’en est trop! Comment t’es-tu sauvé?”
“La Providence a veillé sur Moi. Que les disciples ne pleurent pas mais bénissent l’Éternel et fortifient leurs cœurs. Et à vous tous, grâces et bénédictions. L’amour et la justice ne sont pas tout à fait morts en Israël et cela me réconforte.”
“Oui. Mais ne va plus au Temple, Maître. N’y va pas, n’y va pas, pendant longtemps!” Toutes les voix sont d’accord pour le dire et le “n’y va pas” tourmenté se répercute entre les murs robustes de la vieille maison comme une voix d’avertissement suppliant.
Le petit Martial, caché je ne sais où, entend cette rumeur et, curieux, il accourt en passant son petit visage dans l’ouverture du rideau, et voyant Marie, il va vers elle pour se réfugier dans ses bras par crainte des reproches de Joseph de Sephoris, Mais Joseph est trop agité et occupé à écouter tel ou tel, à donner des conseils et des approbations, et ainsi de suite, pour s’occuper de lui, et il le voit seulement quand l’enfant, auquel la vieille Marie a dit quelque chose, va vers Jésus et l’embrasse en Lui jetant les bras autour du cou. Jésus l’entoure d’un bras pour l’attirer à Lui tout en répondant à plusieurs qui Lui disent ce qu’il y a de meilleur à faire.
“Non. Je ne bouge pas d’ici. Chez Lazare qui m’attendait, allez-y vous pour lui dire que je ne puis. Moi, galiléen et depuis des années, ami de la famille, je reste ici jusqu’au crépuscule de demain. Et puis… je verrai où aller…”
“Tu dis toujours cela et puis tu y retournes. Mais nous ne te laisserons plus aller. Moi, du moins. Je t’ai cru vraiment perdu…” dit Pierre et deux larmes se forment au coin de ses yeux exorbités.
509.4 – “On n’a jamais vu cela. Et cela suffit. C’est ce qui m’a décidé. Si tu ne me refuses pas… Je suis trop âgé pour l’autel, désormais, mais pour mourir pour Toi je suis encore solide. Et je mourrai, s’il le faut, entre le vestibule et l’autel, comme le sage Zacharie Ce fils du grand prêtre Yehoda reprocha publiquement à Israël d'avoir abandonné Dieu. Il fut lapidé sur l'ordre du roi Joas, dans le Temple même entre "le vestibule et l'autel" (2 Chroniques 24,20-24). , ou bien comme Onias, le défenseur du Temple et du Trésor Onias III, grand prêtre sous le règne des séleucides, défendit le trésor du Temple contre la convoitise d'Héliodore. Une grande ferveur populaire emplit Jérusalem. Au moment du sacrilège, une apparition terrassa Héliodore qui ne du son salut qu'à la prière d'Onias (2 Maccabées 3, 4-40). , je mourrai hors de l’enceinte sacrée à laquelle j’ai consacré ma vie. Mais toi tu m’ouvriras un lieu plus saint! Oh! Je ne peux voir l’abomination! Pourquoi mes vieux yeux ont-ils dû en voir tant? L’abomination vue par le Prophète Cf. Daniel 11, 31. est déjà à l’intérieur des murs, et elle monte, elle monte comme le courant d’eau d’une crue qui s’apprête à submerger une ville! Elle monte, elle monte. Elle envahit les cours et les portiques, dépasse les marches, elle s’avance davantage! Elle monte! Elle monte! Elle frappe déjà contre le Saint! L’eau fangeuse lèche les pierres qui pavent le lieu sacré! Les couleurs précieuses disparaissent! Le pied du Prêtre en est souillé! La tunique en est détrempée! L’Ephod s’en imprègne! Les pierres du Rational en sont voilées et on ne peut plus en lire les mots! Oh! Oh! Les eaux de l’abomination montent au visage du Grand Prêtre et le barbouillent, et la Sainteté du Seigneur est sous une croûte de boue, et la tiare est comme un linge tombé dans un étang fangeux. La fange! La fange! Mais monte-t-elle de dehors, ou bien déborde-t-elle du sommet du Moriah sur la ville et sur tout Israël? Père Abraham! Père Abraham! Ne voulais-tu pas allumer là le feu du sacrifice pour que resplendisse l’holocauste de ton cœur fidèle Le Moriah est le mont où est bâti le Temple et où Abraham s'apprêtait à sacrifier son fils (Genèse 22,2). ? Maintenant la fange bouillonne là où devait être le feu! Isaac est parmi nous, et le peuple l’immole. Mais si pure est la Victime… si pure est la Victime… souillés sont les sacrificateurs. Anathème sur nous! Sur la montagne, le Seigneur verra l’abomination de son peuple!… Ah!”
Et le vieillard, qui est avec le prêtre Jean, s’affaisse sur le sol se couvrant le visage en faisant entendre les pleurs désolés d’un vieillard.
“Je te l’avais amené… Il y a si longtemps qu’il le veut… Mais, aujourd’hui, après ce qu’il a vu, personne ne pouvait le retenir… Le vieux Matân (ou Natân) a souvent l’esprit prophétique, et si la vue de ses pupilles se voile de plus en plus, la vue de son esprit s’illumine de plus en plus. Accepte mon ami, Seigneur” dit le prêtre Jean.
“Je ne repousse personne. Lève-toi, prêtre, et élève ton esprit. En haut, il n’y a pas de fange. Et la fange ne touche pas celui qui sait se tenir en haut.”
Le vieillard se lève, et plein de respect, avant de le faire, il prend l’extrémité du vêtement de Jésus et le baise.
509.5 – Les femmes, surtout Annalia, pleurent encore d’émotion dans leur long voile, et les paroles du vieillard augmentent leurs larmes. Jésus les appelle, et la tête baissée, elles viennent de leur coin près du Maître. Si Nikê et la mère d’Annalia savent étouffer leurs pleurs en les cachant presque, la jeune disciple sanglote vraiment sans se soucier de ceux qui l’observent avec des sentiments divers. “Pardonne-lui, Maître. Elle te doit la vie et elle t’aime. Elle ne peut penser qu’ils te fassent du mal. Et puis elle est restée si… seule et si… triste depuis que…” dit la mère.
“Oh! non! Ce n’est pas cela! Seigneur! Maître! Mon Sauveur! Moi… moi…”
Annalia n’arrive pas à parler d’une part à cause des sanglots, et d’autre part par honte ou autre chose.
“Elle a craint des représailles parce qu’elle est disciple. Certainement c’est pour cela. Beaucoup s’en vont pour cela…” dit l’Iscariote.
“Oh! non! Moins encore pour cela! Tu ne comprends rien, homme, ou bien tu prêtes aux autres tes pensées. Mais Toi, Seigneur, tu sais ce qui me fait pleurer. J’ai craint que tu ne sois mort et que tu ne te sois pas rappelé ta promesse…” et elle termine en soupirant après avoir dit avec force les premiers mots pour se révolter contre l’insinuation de Judas.
Jésus lui répond:
“Je n’oublie jamais, ne crains pas. Va à ta maison. Tranquille. Pour attendre l’heure de mon triomphe et de ta paix. Va. Le soleil va se coucher. Retirez-vous, femmes, et que la paix soit avec vous.”
“Seigneur, je ne voudrais pas te quitter…” dit Nikê.
“L’obéissance est amour.”
“C’est vrai, Maître. Mais pourquoi pas moi aussi comme Élise?”
“Parce que tu m’es utile ici comme elle à Nobé. Va, Nikê, va! Que des hommes accompagnent les femmes pour qu’on ne les importune pas.”
509.6 – Manahen et Jonathas s’apprêtent à obéir, mais Jésus arrête Jonathas pour lui demander:
“Tu retournes donc en Galilée?”