“Oui, mais Toi davantage. Lui le dit, il dit toujours: “Si un jour tu rencontres Jésus de Nazareth, le Messie, aime-le de tout toi-même car c’est par Lui que tu as été sauvé de l’erreur”. Marie disait à côté, à la servante, que le Messie était à la maison et je suis venu voir celui qui m’a sauvé.”
“Je ne savais pas que Joseph avait fait cela. Il était si… avare… Jamais je n’aurais pensé qu’il pourrait… Pauvre Joseph! Avare et brouillé avec ses enfants. Ils n’ont pas respecté ses cheveux blancs.”
“Je le sais. Mais, vois-tu? Peut-être qu’en cet enfant il se renouvelle… et oublie. Dieu le récompense ainsi de ce qu’il a fait pour l’enfant. Comment t’appelles-tu, maintenant?”
“Un vilain nom. Il ne me plaît que parce qu’il commence comme le mien: Manassé, je m’appelle!… Mais Marie, qui comprend, m’appelle “Man”.
Et l’enfant le dit avec un petit visage si désolé que Jésus et Jean ne peuvent s’empêcher de sourire.
Mais Jésus, pour le consoler, explique:
“Manassé est un nom dont le sens est très doux pour nous. Il veut dire: le Seigneur m’a fait oublier toute douleur. Joseph te l’a donné car il a voulu dire que tu lui feras oublier toute sa douleur et tu le feras, enfant, pour lui être reconnaissant. Toi-même, par ton nouveau nom, tu te dis que le Seigneur t’a tant aimé qu’il t’a rendu un père, une mère et une maison. N’est-ce pas?”
“Oui. Expliqué ainsi, oui… Mais Joseph me dit que je dois oublier même ma maison. Moi, je ne veux pas oublier maman!”
Jésus regarde Jean et Jean regarde le Maître, et au-dessus de la petite tête brune, il y a tout un discours de regards…
“La mère, on ne l’oublie pas, enfant. Joseph s’est mal expliqué, ou plutôt tu as mal compris. Certainement il voulait dire que tu dois oublier toute la douleur de ton passé, la douleur de ta maison, parce que maintenant tu as celle-ci et tu dois être heureux.”
“Ah! ainsi, oui. Marie est bonne et me rend heureux. Même en ce moment elle me fait des fouaces. Je vais voir si elles sont cuites et je te les portes à Toi aussi” et il glisse de dessus les genoux de Jésus pour courir hors de la pièce. Le bruit des petits pieds déchaussés se perd dans le long couloir.
“Toujours cette tendance à la dureté, même chez les meilleurs d’entre nous! Prétendre l’impossible! Ils sont plus sévères que Dieu, les enfants de son peuple! Pauvre enfant! Peut-on peut-être prétendre qu’un enfant oublie sa mère, parce que maintenant il est circoncis? Je le dirai à Joseph.”
“Je ne savais vraiment pas qu’il avait fait cela. Mon père, comme beaucoup de galiléens, descend ici aux fêtes et il ne m’en a pas parlé comme s’il ne savait pas la chose…
508.6 – Mais j’entends la voix de Joseph…”
Jésus se lève et Jean l’imite, prêts à saluer, avec les honneurs qui lui sont dûs, le maître de maison qui entre et qui, à son tour, s’abîme en inclinations profondes et finit par s’agenouiller aux pieds de Jésus.
“Lève-toi, Joseph. Je suis venu, tu le vois.”
“Pardonne-moi de t’avoir fait attendre. Le vendredi est toujours un grand jour! Salut à toi, Jean. As-tu des nouvelles de Zébédée?”
“Non, depuis les Tabernacles, où je les ai vus.”
“Alors sache qu’il va bien, et de même Salomé. Des nouvelles fraîches de ce matin, avec le dernier envoi de poisson. Et à Toi aussi, Maître, je puis dire que tes parents se portent tous bien à Nazareth. Le lendemain du sabbat partiront ceux qui viennent. Si vous voulez envoyer des nouvelles… Êtes-vous seuls?”
“Non. D’ici peu les autres seront ici…”
“Bien! Il y a de la place pour tout le monde. C’est une maison fidèle. Je regrette que Marie soit occupée avec le pain et moi avec les ventes. On vous laisse ainsi seuls… Nous avons manqué de te faire honneur et de te tenir compagnie comme il convient pour un hôte. Et un hôte important!”
“Un fils de Dieu comme toi, Joseph. Ils sont tous égaux ceux qui suivent la Loi de Dieu.”
“Hé! non. Toi, c’est Toi. Je ne suis pas sot comme ces juifs. Tu es le Messie!”
“Cela par la volonté de Dieu. Mais en ce qui concerne ma volonté et mon devoir, je suis comme toi, fils de la Loi.”
“Hé! ceux qui te calomnient ne savent pas dire et faire ce que tu dis maintenant et ce que tu fais toujours!”