Comme un paroxysme qui revient après une rémission dans une maladie, la colère des juifs, pharisiens et scribes, qui semblait un peu calmée, se réveille avec violence. Ils pénètrent comme un coin dans le cercle compact qui enserre Jésus et ils cherchent à l’approcher. Dans la foule, c’est un mouvement de vagues contraires comme sont contraires les sentiments des cœurs. Les juifs, livides de colère et de haine, crient:

“Notre père c’est Abraham. Nous n’en avons pas d’autre.”

“Le Père des hommes, c’est Dieu. Abraham lui-même est fils du Père universel. Mais beaucoup répudient le vrai Père pour quelqu’un qui n’est pas père mais qu’ils choisissent comme tel parce qu’il semble plus puissant et disposé à contenter leurs désirs immodérés. Les fils font les œuvres qu’ils voient faire à leur père. Si vous êtes les fils d’Abraham, pourquoi ne faites-vous pas les œuvres d’Abraham? Vous ne les connaissez pas? Dois-je vous les énumérer comme nature et comme symbole? Abraham obéit en allant dans le pays que Dieu lui indiqua, figure d’un homme qui doit être prêt à tout quitter pour aller où Dieu l’envoie. Abraham fut condescendant envers le fils de son frère et le laissa choisir la région qu’il préférait Le territoire devenant trop petit pour deux, Abraham laisse choisir par Lot sa direction. Malencontreusement Lot choisi la région de Sodome, alors qu'Abraham s'établissait à Mambré près d'Hébron. (Genèse 13,5-10). , figure du respect pour la liberté d’action et de la charité que l’on doit avoir pour son prochain. Abraham fut humble après que Dieu lui eut marqué sa prédilection et il l’honora à Mambré se sentant toujours un néant en face du Très-Haut qui lui avait parlé, figure de la position de l’amour révérenciel que l’homme doit toujours avoir envers son Dieu. Abraham crut à Dieu et Lui obéit, même dans les choses les plus difficiles à croire et les plus pénibles à accomplir, et pour se sentir en sécurité, il ne se rendit pas égoïste, mais il pria pour ceux de Sodome. Abraham ne conclut pas de pacte avec le Seigneur en voulant une récompense pour ses nombreuses obéissances, et même pour l’honorer jusqu’à la fin, jusqu’à la dernière limite, il Lui sacrifia son fils bien-aimé…”

“Il ne l’a pas sacrifié.”

“Il sacrifia son fils bien-aimé, car en vérité son cœur l’avait déjà sacrifié durant le trajet par sa volonté d’obéir, que l’ange arrêta quand déjà le cœur du père se fendait au moment de fendre le cœur de son fils. Il tuait son fils pour honorer Dieu. Vous vous tuez à Dieu son Fils pour honorer Satan. Faites-vous alors les œuvres de Celui que vous appelez votre père? Non, vous ne les faites pas. Vous cherchez à me tuer parce que je vous dis la vérité, comme je l’ai entendue de Dieu.

Abraham n’agissait pas ainsi. Il ne cherchait pas à tuer la voix qui venait du Ciel, mais lui obéissait. Non, vous ne faites pas les œuvres d’Abraham, mais celles que vous indique votre père.”

507.9 – “Nous ne sommes pas nés d’une prostituée, nous ne sommes pas des bâtards. Tu as dit Toi-même que le Père des hommes c’est Dieu, et nous, nous sommes du Peuple élu et des castes élues dans ce Peuple. Nous avons donc Dieu pour unique Père.”

“Si vous reconnaissiez Dieu comme Père, en esprit et en vérité, vous m’aimeriez car je procède et je viens de Dieu; je ne viens pas de Moi-même, mais c’est Lui qui m’a envoyé. Par conséquent, si vous connaissiez vraiment le Père, vous me connaîtriez Moi aussi, son Fils et votre frère et Sauveur. Est-ce que les frères peuvent ne pas se reconnaître? Est-ce que les enfants de l’Unique peuvent ne pas reconnaître le langage que l’on parle dans la Maison de l’Unique Père? Pourquoi alors ne comprenez-vous pas mon langage et ne supportez-vous pas mes paroles? C’est que je viens de Dieu, et pas vous. Vous avez quitté la demeure paternelle et oublié le visage et le langage de Celui qui l’habite. Vous êtes allés volontairement dans d’autres régions, dans d’autres demeures, où règne un autre qui n’est pas Dieu, et où l’on parle un autre langage. Et celui qui règne impose pour y entrer que l’on se fasse son fils et qu’on lui obéisse. Et vous l’avez fait et le faites. Vous abjurez, vous reniez le Dieu Père pour vous choisir un autre père. Et c’est Satan. Vous avez pour père le démon et vous voulez accomplir ce qu’il vous suggère. Et les désirs du démon sont des désirs de péché et de violence, et vous les accueillez. Dès le principe, il était homicide, et il n’a pas persévéré dans la vérité car lui, qui s’est révolté contre la Vérité, ne peut avoir en lui l’amour de la vérité. Quand il parle, il parle comme il est, c’est-à-dire en être menteur et ténébreux car, en vérité, c’est un menteur et il a engendré et enfanté le mensonge après s’être fécondé par l’orgueil et nourri par la révolte. Il a en son sein toute la concupiscence et il la crache et l’inocule pour empoisonner toutes les créatures. C’est le ténébreux, le railleur, le maudit reptile rampant, c’est l’opprobre et l’Horreur. Depuis des siècles et des siècles, ses œuvres tourmentent l’homme, et l’intelligence des hommes a devant elle leurs signes et leurs fruits.

Et pourtant, c’est à lui qui ment et qui ruine, que vous prêtez l’oreille, alors que si je parle et dis ce qui est vrai et bon. vous ne me croyez pas et me traitez de pécheur.

Mais qui, parmi ceux si nombreux qui m’ont approché, avec haine ou avec amour, peut dire qu’il m’a vu pécher? Qui peut le dire en toute vérité? Où sont les preuves pour me convaincre et convaincre ceux qui croient en Moi, que je suis un pécheur? Auquel des dix commandements ai-je manqué? Qui devant l’autel de Dieu peut jurer qu’il m’a vu violer la Loi et les coutumes, les préceptes, les traditions, les prières? Qui, d’entre tous les hommes, peut me faire changer de couleur pour être, avec des preuves certaines, convaincu de péché? Personne ne peut le faire. Personne d’entre les hommes et personne d’entre les anges. Dieu crie au cœur des hommes: “Il est l’Innocent”. De cela, vous en êtes tous convaincus, et encore davantage vous qui m’accusez, que ces autres qui ne savent pas, entre vous et Moi, qui a raison. Mais celui seulement qui appartient à Dieu écoute les paroles de Dieu. Vous vous ne les écoutez pas, bien qu’elles tonnent en vos âmes nuit et jour, et vous ne les écoutez pas parce que vous n’êtes pas de Dieu.”

507.10 – “Nous, nous qui vivons pour la Loi et dans l’observance la plus minutieuse des préceptes pour honorer le Très-Haut, nous ne sommes pas de Dieu? Et Toi tu oses le dire? Ah!!!” Ils semblent asphyxiés par l’horreur comme si une corde leur serrait le cou. “Et nous ne devons pas dire que tu es un possédé et un samaritain?”

“Je ne suis ni l’un ni l’autre, mais j’honore mon Père, même si vous le niez pour m’en faire un reproche, mais votre blâme ne m’afflige pas. Je ne cherche pas ma gloire. Il y a quelqu’un qui en prend soin et qui juge. Je vous le dis à vous qui voulez m’humilier, mais à qui a une volonté bonne, je dis que celui qui accueillera ma parole, ou qui l’a déjà accueillie et qui saura la garder, ne verra jamais la mort pour l’éternité.”

“Ah! maintenant nous voyons bien que par tes lèvres parle le démon qui te possède! Tu l’as dit, Toi-même: “Il parle en menteur”. Ce que tu as dit est une parole de mensonge, ta parole est donc démoniaque. Abraham est mort et les prophètes sont morts et tu dis que celui qui gardera ta parole ne verra jamais la mort pour l’éternité. Tu ne mourras donc pas?”

“Je ne mourrai que comme Homme pour ressusciter au temps de Grâce, mais comme Verbe je ne mourrai pas. La Parole est Vie et elle ne meurt pas. Et celui qui accueille la Parole a en lui la Vie et ne meurt pas pour l’éternité, mais il ressuscite en Dieu, car Moi je le ressusciterai.”

“Blasphémateur! Fou! Démon! Es-tu plus que notre père Abraham qui est mort, et que les prophètes? Qui prétends-tu être?”

“Le Principe, Moi qui vous parle.”

Il se produit un charivari et pendant ce temps le lévite Zacharie pousse insensiblement Jésus dans un coin du portique, aidé en cela par les fils d’Alphée et par d’autres qui l’aident, peut-être sans même savoir ce qu’ils font.

507.11 – Quand Jésus est bien adossé au mur et protégé par les plus fidèles qui sont devant Lui, et que le tumulte s’apaise un peu même dans la Cour, il dit de sa voix si pénétrante et si belle, si calme, même dans les moments les plus troublés:

“Si je me glorifie par Moi-même, ma gloire n’a pas de valeur. Chacun peut dire de lui-même ce qu’il veut. Mais Celui qui me glorifie c’est mon Père dont vous dites qu’il est votre Dieu, bien qu’il soit si peu vôtre que vous ne le connaissez pas et que vous ne l’avez jamais connu et ne voulez pas le connaître à travers Moi qui vous en parle parce que je le connais. Et si je disais que je ne le connais pas pour apaiser votre haine envers Moi, je serais un menteur comme vous l’êtes vous quand vous dites que vous le connaissez. Je sais que je ne dois pas mentir pour aucune raison. Le Fils de l’homme ne doit pas mentir, même si de dire la vérité doit être la cause de sa mort. Car si le Fils de l’homme mentait, il ne serait plus le fils de la Vérité, et la Vérité le repousserait loin d’Elle. Je connais Dieu, et comme Dieu et comme Homme. Et comme Dieu et comme Homme, je garde ses paroles et je les observe. Israël, réfléchis! C’est ici que s’accomplit la Promesse. C’est en Moi qu’elle s’accomplit. Reconnaissez-moi pour ce que je suis! Abraham, votre père, a soupiré pour voir mon jour. Il l’a vu prophétiquement, par une grâce de Dieu, et il a exulté de joie, et vous qui le vivez en vérité…”

“Mais tais-toi! Tu n’as pas encore cinquante ans et tu veux dire qu’Abraham t’a vu et que tu l’as vu?” et leur rire moqueur se propage comme un flot empoisonné ou un acide qui ronge.

“En vérité, en vérité je vous le dis: avant qu’Abraham naisse, Moi, je suis.”

“Je suis” C'est le nom que donne Dieu à Moïse quand il le lui demande. (Exode 3,13-14). ? Seul Dieu peut le dire car Il est éternel. Pas Toi! Blasphémateur! “Je suis”! Anathème! Tu es peut-être Dieu, Toi, pour le dire?” Lui crie quelqu’un qui doit être un grand personnage car, arrivé depuis peu, il est déjà près de Jésus, tout le monde s’étant écarté presque avec terreur à sa venue.

“Tu l’as dit” répond Jésus d’une voix de tonnerre.

Tout devient arme aux mains de ceux qui haïssent. Pendant que le dernier qui a interrogé le Maître s’abandonne à toute une mimique d’horreur scandalisée, arrache son couvre-chef, se tarabuste les cheveux et la barbe, et défait les boucles qui retiennent son vêtement à son cou, comme s’il se sentait défaillir pour l’horreur, des poignées de terre, des pierres dont se servent les marchands de colombes et autres animaux pour tendre les cordages des enclos, et des changeurs pour… garder prudemment leurs coffres auxquels ils tiennent plus qu’à leur vie, sont lancées contre le Maître, et naturellement retombent sur la foule elle-même, car Jésus est trop à l’intérieur, sous le portique, pour qu’on puisse l’atteindre, et la foule maugrée et se lamente…

507.12 – Zacharie, le lévite, donne une bourrade à Jésus, seul moyen de le faire arriver à une petite porte basse, cachée dans le mur du portique et déjà prête à s’ouvrir, et il l’y pousse en même temps que les deux fils d’Alphée, que Jean, Manahen, Thomas. Les autres restent au dehors, dans le tumulte… dont le bruit arrive affaibli dans une galerie, entre les puissantes murailles de pierre, dont je ne sais comment elles s’appellent en architecture. Les pierres en sont encastrées, dirais-je, avec des pierres larges qui encadrent les plus petites, et vice versa. Je ne sais si je m’explique bien. Elles sont sombres, puissantes, taillées grossièrement, à peine visibles dans la pénombre des fentes étroites placées en haut à des distances régulières pour aérer et empêcher l’endroit d’être complètement obscur. C’est une étroite galerie dont je ne sais à quoi elle sert mais qui me donne l’impression de tourner sous tout le portique. Peut-être elle avait été faite pour protéger, pour abriter, pour doubler et donc rendre plus résistantes, les murailles des portiques qui font comme autant d’enceintes au Temple proprement dit, au Saint des Saints. En somme je ne sais pas. Je dis ce que je vois. Odeur d’humidité, et de cette humidité dont on ne sait dire si elle est froide ou non, comme dans certaines caves.

“Et que faisons-nous ici?” demande Thomas.

“Tais-toi! Zacharie m’a dit qu’il viendra et de rester silencieux et immobiles” répond le Thaddée.

“Mais… peut-on avoir confiance?”

“Je l’espère.”

“Ne craignez pas. L’homme est bon” dit Jésus, pour les réconforter.

Au dehors le tumulte s’éloigne. Il se passe un certain temps. Puis arrive un bruit sourd de pas et une petite lueur tremblante, qui s’amène des profondeurs obscures. “Es-tu là, Maître?” dit une voix qui veut se faire entendre mais craint d’être entendue.

“Oui, Zacharie.”

“Jéhovah soit loué! Le texte original mentionne Jéovè. Maria Valtorta retranscrit aussi : Geovè, Geovà, Geavè ou Javé. En effet, les galiléens et les judéens prononçaient différemment le Nom divin, selon leurs accents. Les Galiléens prononçant Jéhovah et les Judéens Yahvé. Voir la notice sur le Nom divin. Je me suis fait attendre? J’ai dû attendre que tous courent aux autres sorties. Viens, Maître… Tes apôtres… J’ai réussi à dire à Simon qu’ils aillent tous à Bethesda Bétesda, Béthesda, Bethzatha, Bézatha, Bethsaïda : piscine au nord du Temple, près de la Porte des Brebis. et d’attendre là. D’ici on descend… Peu de lumière, mais le chemin est sûr. On descend aux citernes… et on sort vers le Cédron. C’est un chemin ancien, pas toujours destiné à un bon usage. Mais cette fois, si… Et cela le sanctifie…”

Ils ne cessent de descendre dans une ombre que rompt seulement la lueur tremblotante de la lampe jusqu’à ce qu’une clarté différente se fait voir là-bas, au fond… et au-delà, une clarté verte qui paraît lointaine… Une grille, qui est presque une porte tant elle est massive et serrée, termine la galerie.

“Maître, je t’ai sauvé. Tu peux aller, mais écoute-moi. Cesse de venir pendant quelque temps. Je ne pourrais toujours te rendre service sans être remarqué. Et… oublie, oubliez tous ce chemin et moi qui vous y ai conduit” dit Zacharie en faisant agir des mécanismes qui sont dans la lourde porte et en l’entrouvrant juste pour laisser passer les personnes. Et il répète: “Oubliez, par pitié pour moi.”

“Ne crains pas. Personne de nous ne parlera et que Dieu soit avec toi à cause de ta charité.” Jésus lève la main pour la poser sur la tête inclinée du jeune homme.

Il sort suivi par ses cousins et les autres. Il se trouve sur un petit emplacement sauvage encombré de ronces qui peut à peine les recevoir tous, en face de l’Oliveraie. Un sentier de chèvres descend au milieu des ronces vers le torrent.

“Allons. Nous allons remonter ensuite à la hauteur de la Porte des Brebis et Moi j’irai avec mes frères chez Joseph, pendant que vous irez à Bethesda pour prendre les autres et me rejoindre. Nous irons à Nobé demain soir après le crépuscule.”