“Tu le crois?”

Le légionnaire rit un instant et dans l’ombre de son casque, ses yeux et ses dents brillent, le rendant plus jeune. Puis il salue en se raidissant: “Salut, Maître. Souviens-toi de Quintus Félix.”

“Je m’en souviendrai. Que la Lumière t’éclaire.”

Jésus se remet en route et le légionnaire retourne là où il était et il parle avec ses camarades.

“Maîtres, nous avons tardé? Il y avait tant de lépreux!” disent en même temps Manahen, vêtu simplement de marron foncé, et Marziam.

“Non. Vous avez eu vite fait. Allons pourtant, les autres nous attendent. Manahen, est-ce toi qui as avisé les romains?”

“De quoi, Seigneur? Je n’ai parlé avec personne. Et je ne saurais… Les romaines ne sont pas à Jérusalem.”

Ils sont de nouveau près de la porte d’enceinte. Comme s’il s’y trouvait par hasard, le lévite Zacharie est là.

“Paix à toi, Maître. Je veux te dire… J’essaierai d’être toujours où tu es, ici à l’intérieur. Et Toi, ne me perds pas de vue. Et s’il y a du tumulte et que tu vois que je m’en vais, cherche toujours à me suivre. Ils te haïssent tant! Je ne puis faire davantage… Comprends-moi…”

“Que Dieu te récompense et te bénisse pour la pitié que tu as pour son Verbe. Je ferai ce que tu dis, et ne crains pas que personne sache ton amour pour Moi.”

Ils se séparent.

“C’est peut-être lui qui a parlé aux romains. Comme il est à l’intérieur, il aura su…” murmure Manahen.

507.3 – Ils vont prier en passant à travers les gens qui les regardent avec des sentiments divers et qui se réunissent ensuite à Jésus quand, une fois la prière finie, il revient de la Cour des Hébreux.

Hors de la seconde enceinte, Jésus va s’arrêter, mais il se trouve entouré par un groupe mélangé de scribes, pharisiens et prêtres. Un des magistrats du Temple parle au nom de tous.

“Tu es encore ici? Tu ne comprends pas que nous ne voulons pas de Toi? Ne crains-tu même pas le danger qui ici te menace? Va-t’en. C’est déjà beaucoup que nous te laissions entrer pour prier. Nous ne te permettons pas d’enseigner tes doctrines.”

“Oui. Va-t’en. Va-t’en, blasphémateur!”

“Oui. Je m’en vais, comme vous le voulez. Et non seulement hors de ces murs. Je partirai. Je suis déjà en train de partir, plus loin où vous ne pourrez plus me rejoindre, et il viendra des heures où vous me chercherez, vous aussi, et non plus seulement pour me persécuter, mais aussi par une terreur superstitieuse d’être frappés pour m’avoir chassé, par une anxiété superstitieuse d’être pardonnés de votre péché pour obtenir miséricorde. Mais, je vous le dis: c’est l’heure de la miséricorde. C’est l’heure de se rendre ami le Très-Haut. Une fois qu’elle sera passée, tout abri sera inutile. Vous ne m’aurez plus et vous mourrez dans votre péché. Même si vous parcouriez toute la Terre, et que vous réussissiez à rejoindre les astres et les planètes, vous ne me trouveriez plus, car là où je vais vous ne pouvez venir. Je vous l’ai déjà dit: Dieu vient et Il passe. Celui qui est sage l’accueille avec ses dons à son passage. Celui qui est sot le laisse aller et ne le retrouve jamais plus. Vous êtes d’ici-bas; Moi, je suis d’en haut. Vous êtes de ce monde; Moi, je ne suis pas de ce monde. Aussi, une fois que je suis revenu dans la Demeure de mon Père, hors de ce monde qui est le vôtre, vous ne me trouverez plus et vous mourrez dans vos péchés car vous ne saurez même pas me rejoindre spirituellement par la foi.”

“Tu veux te tuer, satan? Certainement qu’alors dans l’Enfer où descendent les violents, nous ne pourrons venir te rejoindre, car l’Enfer appartient aux damnés, aux maudits, et nous nous sommes les enfants bénis du Très-Haut” disent certains.

Et d’autres approuvent en disant:

“Certainement il veut se tuer, car il dit que là où il va, nous ne pouvons aller. Il comprend qu’il est découvert et qu’il a manqué son coup, et il se supprime sans attendre d’être supprimé comme l’autre galiléen, faux Christ.” JUDAS LE GALILÉEN qui, à l'époque du recensement, s'empara de l'arsenal de Sephoris et se proclama roi. Il fallu que Varus, légat de Syrie, intervienne avec deux légions pour pacifier le pays. Il fit crucifier pour l'exemple 2.000 juifs sur les hauteurs du pays. (Cf. Actes 5,37).

Et d’autres, bienveillants:

“Et si, au contraire, il était vraiment le Christ et s’il retournait vraiment à Celui qui l’a envoyé?”

“Où? Au Ciel? Abraham n’y est pas, et tu veux que Lui y aille? Auparavant le Messie doit venir.”

“Mais Élie a été enlevé au Ciel sur un char de feu.” Siracide 48,9 – 1 Maccabées 2,58.

“Sur un char, oui. Mais au Ciel!… Qui l’assure?”