Judas le regarde s’en aller avec une attitude curieuse. Il y a de la stupeur, de la souffrance, du dépit, et je dirais même plus: de la haine.
503.4 – Pierre rejoint Jésus et l’appelle.
“Oh! Pierre! Viens!”
Et il lui met le bras sur l’épaule.
“Qui était-ce, ce judéen hirsute?”
“Hirsute, Pierre? Il était tout pomponné et parfumé!”
“C’est sa conscience qui est hirsute. Défie-toi, Jésus.”
“Je t’ai dit que ce n’est pas le temps pour Moi. Et quand ce sera le temps, aucune défiance ne me sauvera… si je voulais me sauver. Les pierres elles-mêmes crieraient et m’enchaîneraient si je voulais me sauver.”
“C’est possible… Mais défie-toi… Maître?”
“Pierre, qu’as-tu?”
“Maître… j’ai une chose à te dire et un poids sur le cœur.”
“Une chose? Un poids?”
“Oui. Le poids est un péché. La chose est un conseil.”
“Commence par le péché.”
“Maître… je… je hais… j’ai du dégoût, voilà, si je ne hais pas puisque tu ne veux pas que l’on haïsse, pour l’un de nous. Il me semble être près d’une tanière d’où sort une puanteur de serpents en chaleur… et je ne voudrais pas qu’ils en sortent pour te nuire. Cet homme est une tanière de serpents et lui-même est en chaleur avec le démon.”
“D’où le déduis-tu?”
“Bah!… Je ne sais pas. Je suis rustre et ignorant, mais je ne suis pas stupide. Je suis habitué à lire dans les vents et les nuages… et il m’arrive aussi de déchiffrer les cœurs. Jésus… j’ai peur.”
“Ne juge pas Pierre. Pas de soupçons. Le soupçon crée des chimères. On voit des choses qui n’existent pas.”
“Que le Dieu éternel veuille qu’il n’y ait rien, mais moi je n’en suis pas sûr.”
“Qui est-ce, Pierre?”
“Judas de Kérioth. Il se vante d’avoir des amitiés en haut lieu, et même, tout à l’heure, cet individu louche l’a salué comme on salue quelqu’un de connaissance. Auparavant il ne les avait pas.”
“Judas est celui qui reçoit et distribue. Il a l’occasion de fréquenter les riches. Il sait y faire.”
“Oui! Il sait y faire… Maître, dis-moi la vérité. Tu n’as pas de soupçons?”
“Pierre, tu m’es si cher à cause de ton cœur. Mais je te veux parfait. N’est pas parfait celui qui n’obéit pas. Je t’ai dit: ne juge et ne soupçonne pas.”
“Mais en attendant, tu ne me dis pas…”