“Mais le connaissons-nous?” insiste Matthieu.

“Et pouvez-vous ne pas connaître ceux qui viennent vers votre Maître? Vous êtes mes amis et vous partagez avec Moi la nourriture, le repos et les fatigues. C’est jusqu’à ma maison que je vous ai ouverte, la maison de ma sainte Mère.

Je vous amène à elle pour que cet air qui s’y dégage vous rende capable de comprendre le Ciel avec ses voix et ses commandements. Je vous amène à elle comme un médecin amène ses malades, à peine sortis des séquelles d’une maladie, à des sources salutaires qui les fortifient en vainquant les restes de maladie qui peuvent redevenir nocifs. Vous n’ignorez donc aucun de ceux qui viennent vers Moi.”

“En quelle ville l’as-tu rencontré?”

“Pierre, Pierre!”

“C’est vrai, Maître, je suis pire qu’une femme cancanière. Pardonne-moi. Mais c’est l’amour, tu sais…”

“Je le sais, et ainsi je te dis que ton défaut ne me rebute pas, mais il faut t’en débarrasser.”

“Oui, mon Seigneur.”

503.3 – Le sentier se resserre, pris entre une rangée d’arbres et une rigole, et le groupe se disperse. Jésus parle justement avec l’Iscariote auquel il donne des ordres pour les dépenses et les aumônes. Les autres sont derrière deux par deux. Pierre est en arrière, tout seul. Il réfléchit. Il marche, la tête inclinée, tellement pris par ses pensées, qu’il ne s’aperçoit même pas qu’il reste à grande distance des autres.

“Hé! toi, l’homme! l’interpelle un cavalier qui vient à passer. Es-tu avec le Nazaréen?”

“Oui, pourquoi?”

“Vous allez à Jéricho?”

“Tu tiens à le savoir? Moi, je n’en sais rien. Je suis le Maître et je ne demande rien. Où qu’il aille, c’est bien. Le chemin est celui de Jéricho, mais nous pourrions aussi revenir dans la Décapole. Qui sait! Si tu veux en savoir davantage, le Maître est là-bas.”

L’homme éperonne son cheval et Pierre lui fait par derrière une curieuse grimace et il bougonne:

“Je n’ai pas confiance, mon beau seigneur. Vous êtes tout une bande de chiens! Moi je ne veux pas être le traître. Je me le jure à moi-même: “Cette bouche sera scellée”. Voilà” et il fait un signe sur ses lèvres comme pour les cadenasser.

Le cavalier a rejoint Jésus. Il l’interpelle. Cela donne à Pierre la possibilité de rejoindre les autres. Quand l’homme repart, il salue de la main l’Iscariote. Personne ne le remarque, sauf Pierre qui arrive le dernier, et il paraît ne pas applaudir à ce salut. Il prend Judas par une manche et il lui demande:

“Qui est-ce? Tu le connais? Comment donc?”

“De vue. C’est un riche de Jérusalem.”

“Tu as des amitiés en haut lieu, toi! Bien… pourvu que ce soit bien. Dis-moi un peu: c’est cette figure de renard qui te dit tant de choses?…”

“Quelles choses?”

“Mais, celles que tu dis savoir sur le Maître!”

“Moi?”

“Oui, toi. Tu ne te souviens pas de cette soirée d’eau et de boue? Au temps de la crue?”

“Ah! Non! Non! Mais tu penses encore à des paroles dites dans un moment de mauvaise humeur?”

“Je pense à tout ce qui peut faire du mal à Jésus: choses, personnes, amis, ennemis… Et je suis toujours prêt à tenir les promesses que je fais à celui qui veut faire du mal à Jésus. Adieu.”