Jésus écarte les petites mains et il effleure légèrement cette ruine en y appuyant la main et en disant:

“Père, qui as créé la lumière pour la joie des vivants, et qui as donné des pupilles même aux moucherons, rends la lumière à cette créature qui est tienne pour qu’elle te voie et croie en Toi, et que de la lumière de la Terre elle entre par la Foi dans la lumière de ton Royaume.”

Il enlève sa main…

“Oh!” crient tous les gens.

Il n’y a plus de plaies, mais la petite garde les yeux fermés.

“Ouvre-les, Tamar. Ne crains pas. La lumière ne te fera pas mal”.

La fillette obéit, un peu craintive et, en ouvrant ses paupières, elle découvre deux petits yeux noirs bien vifs.

“Mon père! Je te vois!”

Et elle aussi s’abandonne sur l’épaule de Jésus pour s’habituer lentement à la lumière.

La foule est en émoi alors que l’homme de Pétra se jette aux pieds de Jésus en sanglotant de joie.

“Ta foi a eu sa récompense. Dorénavant que ta reconnaissance porte ta foi dans l’Homme à une plus haute sphère: à la foi dans le vrai Dieu. Lève-toi et partons.”

Jésus met à terre la fillette qui sourit de bonheur, et se sépare du garçon en se levant. Il les caresse encore et voudrait fendre le cercle des gens qui l’entourent pour voir les yeux guéris.

501.8 – “Tu devrais demander la guérison toi aussi pour tes yeux voilés” dit un disciple à un vieil homme que l’on conduit par la main, tant il a la vue brouillée.

“Moi?! Moi?! Je ne veux pas avoir la lumière d’un démon. Au contraire, je crie vers toi, ô Dieu éternel! Écoute-moi. À moi! À moi, les ténèbres absolues! Mais que je ne voie pas le visage du démon, de ce démon, de ce sacrilège, de cet usurpateur, de ce blasphémateur, de ce déicide! Que tombent les ombres sur mes yeux pour toujours. Les ténèbres, les ténèbres pour ne pas le voir, jamais, jamais, jamais!”

On dirait un démon lui! Dans son paroxysme, il se frappe les orbites comme s’il voulait faire éclater ses yeux.

“Ne crains pas. Tu ne me verras pas. Les Ténèbres ne veulent pas de la Lumière et la Lumière ne s’impose pas à celui qui la repousse. Je m’en vais, Ô vieil homme. Tu ne me verras plus sur la Terre. Mais tu me verras tout de même ailleurs.”

Et Jésus, avec un abattement qui accentue la démarche particulière des gens de haute taille, légèrement penchée en avant, se met en route par la descente. Il est si abattu qu’il semble déjà le Condamné qui descend le Moriah chargé de la Croix… Et les cris des ennemis, excités par le vieil homme furieux, ressemblent beaucoup aux cris de la foule de Jérusalem le Vendredi Saint.

L’homme de Pétra, mortifié, avec sa fillette qui pleure effrayée dans ses bras, murmure:

“Pour moi Seigneur! À cause de moi! Toi, tant d’amour pour moi! Et moi pour Toi! J’ai mis dans la tente sur le chameau des choses pour Toi. Mais que sont-elles à côté des insultes que je t’ai procurées? J’ai honte d’être venu à Toi…”

“Non, homme. C’est mon pain amer de chaque jour, et tu es le miel qui l’adoucit. De pain, il y en a toujours plus que de miel, mais il suffit d’une goutte de miel pour rendre doux beaucoup de pain.”

“Tu es bon… Mais dis-moi au moins ce que je dois faire pour soigner ces blessures.”

“Garde la foi en Moi. Pour le moment, comme tu le peux et autant que tu le peux. D’ici peu… Oui, mes disciples viendront jusqu’à Pétra et au-delà. Alors suis leur doctrine car c’est Moi qui parlerai en eux. Et pour le moment, parle à ceux de Pétra de ce que j’ai fait pour toi. Ainsi, quand ceux qui m’entourent, et d’autres, viendront en mon Nom, que mon Nom ne leur soit pas inconnu.”

501.9 – En bas de la descente, sur la voie romaine, sont arrêtés trois chameaux. L’un avec seulement la selle, les autres avec un baldaquin. Un serviteur les surveille.

L’homme va à une tente et y prend des paquets:

“Voilà, dit-il, en les offrant à Jésus. Ils te seront utiles. Ne me remercie pas. C’est moi qui dois te bénir pour ce que tu m’as donné. Si tu peux le faire pour des incirconcis, bénis-moi, avec mes enfants, ô Seigneur!”

Et il s’agenouille avec les enfants. Les serviteurs l’imitent. Jésus étend les mains et prie à voix basse, les yeux fixés au Ciel.

“Va! Sois juste et tu trouveras Dieu sur ton chemin et tu le suivras sans plus le perdre. Adieu, Tamar! Adieu, Fara!”

Il les caresse avant qu’ils montent avec les serviteurs, un par chameau. Les bêtes se lèvent au crrr, crrr des chameliers et ils se tournent pour aller au trot par le chemin qui va vers le sud. Deux petites mains brunes se penchent à travers les rideaux et on entend deux voix enfantines:

“Adieu, Seigneur Jésus! Adieu, père!”

L’homme va monter à son tour. Il se penche jusqu’à terre et il baise le vêtement de Jésus, puis il monte en selle et part vers le nord.

“Et maintenant, allons” dit Jésus en se dirigeant à son tour vers le nord.

“Comment? Tu ne vas plus où tu voulais?” demandent les apôtres.

“Non. Nous ne pouvons plus aller!… Les voix du monde avaient raison!… Et cela parce que le monde est astucieux et connaît les œuvres du démon… Nous allons à Jéricho…”

Comme Jésus est triste!… Tous le suivent, chargés des paquets donnés par l’homme, accablés et muets…