“Tu ne l’as plus avec Toi ce méchant?”
“Quel méchant? Avec Moi, il n’y en a pas…” dit Jésus en lui souriant.
“Si, il y en a! Cet homme grand et noir qui riait… tu sais, celui auquel j’ai dit qu’il était beau du dehors, mais laid à l’intérieur… lui est mauvais.”
“Il parle de Judas” dit le Thaddée qui est derrière Jésus et qui l’entend.
“Je le sais” lui répond Jésus en se retournant.
Puis il dit à l’enfant:
“Bien sûr qu’il est avec Moi, cet homme. C’est un de mes apôtres. Mais maintenant il est très bon… Pourquoi secoues-tu la tête? On ne doit pas penser du mal du prochain, spécialement de celui que l’on ne connaît pas.”
L’enfant baisse la tête et se tait.
“Tu ne me réponds pas?”
“Tu ne veux pas que je dise des mensonges… et je t’ai promis de ne pas en dire, ce que j’ai fait. Mais si maintenant je te dis que oui, que je crois qu’il est bon, je dis une chose qui n’est pas vraie, car je pense qu’il est mauvais. Je peux tenir ma bouche fermée pour te faire plaisir, mais je ne peux tenir ma tête fermée pour ne pas penser.”
La sortie est si impétueuse et si logique dans sa simplicité encore enfantine, que ceux qui l’entendent se mettent tous à rire. Tous, sauf Jésus qui soupire et dit:
“Eh bien, tu dois faire une chose: prier pour qu’il devienne bon, si vraiment il te semble mauvais. Tu dois être son ange. Le feras-tu? S’il devient meilleur, j’en aurai plus de joie; donc en priant pour lui, tu pries pour que je sois heureux.”
“Je le ferai, mais si lui est mauvais et ne devient pas bon avec Toi, ma prière ne fera rien.”
Jésus coupe la discussion en s’arrêtant et en se penchant pour embrasser les enfants. Puis il ordonne à tous de s’en retourner…
490.7 - Quand ils sont seuls, Jésus et les deux cousins, Jude d’Alphée après un moment de silence, comme s’il avait raisonné en lui-même, dit pour conclure:
“Il a raison! Il a tout à fait raison! Moi, je pense comme lui.”
“Mais de qui parles-tu?” lui demande son frère Jacques qui marchait en avant, un peu absorbé, sur un sentier étroit où il ne peut passer qu’une personne à la fois.
“C’est de Benjamin que je parle, et de ce qu’il a dit. Et… mais Toi tu ne veux pas l’entendre et je te dis, moi aussi, que Judas est… Non, ce n’est pas un vrai apôtre… Il n’est pas sincère, il ne t’aime pas, il ne…”
“Jude! Jude! Pourquoi me fais-tu souffrir?”
“Mon Frère, c’est parce que je t’aime. Et j’ai peur de l’Iscariote, plus peur de lui que d’un serpent…”
“Tu es injuste. Sans lui, peut-être, j’aurais été déjà pris.”
“Jésus a raison. Judas a beaucoup fait. Il s’est attiré des haines et des railleries sans ménagement, mais il a travaillé et il travaille pour Jésus” dit Jacques.
“Moi, je ne puis penser que tu es un sot, que tu es un menteur… Et je me demande alors, pourquoi Toi, tu soutiens Judas. Je ne parle pas par jalousie, ni par haine. Je parle parce que je sens en moi qu’il est mauvais, qu’il manque de sincérité… Tout ce que je puis admettre, par amour pour Toi, c’est qu’il soit fou. Un pauvre fou, qui aujourd’hui délire dans un sens, demain dans un autre. Mais bon, non, il ne l’est pas. Défie-toi, Jésus! Défie-toi… Aucun de nous n’est bon, mais regarde-nous bien: notre œil est limpide. Observe-nous bien: notre conduite ne change pas. Mais cela ne te dit rien que les pharisiens ne lui font pas payer ses railleries? Rien, que ceux du Temple ne réagissent pas à ses paroles? Rien, qu’il ait toujours des amis justement parmi ceux qu’il offense apparemment? Rien, qu’il ait toujours de l’argent? Je ne parle pas de nous deux, mais même Nathanaël qui est riche, même Thomas qui ne manque pas de moyens, n’ont que le nécessaire. Lui… Oh…!”
Jésus se tait…
Jacques remarque: