“Mon frère a en partie raison. Il est certain que Judas trouve toujours moyen d’être seul, d’aller seul, de… Mais je ne veux pas murmurer et juger. Tu sais…”

“Oui, je sais. Et c’est pour cela que je dis que je ne veux pas de jugement. Quand vous serez dans le monde pour me remplacer, vous approcherez des créatures bien plus étranges que Judas. Quels apôtres serez-vous si vous les laissez de côté parce qu’ils sont étranges? C’est justement parce qu’ils le sont que vous devrez les aimer d’un patient amour pour en faire des agneaux du Seigneur.

490.8 - Maintenant allons chez Joseph et Simon. Vous avez entendu, n’est-ce pas? Eux travaillent en secret pour Moi. Vous allez dire: amour de famille. Oui, c’est vrai. Mais c’est toujours de l’amour. Vous vous êtes quittés en mauvais termes la dernière fois. Réconciliez-vous maintenant. Eux et vous avez tort et raison. Que chacun reconnaisse son tort et ne fasse pas valoir sa part de raison.”

“Lui m’a beaucoup offensé en t’offensant extrêmement” dit Jacques.

“Tu ressembles beaucoup à Joseph, mon père. Et Joseph, ton frère, ressemble à Alphée ton père. Eh bien: Joseph fut souvent critiqué par son frère aîné, mais il fut indulgent et il pardonna toujours, car c’était un grand juste, mon père! Toi, sois-le autant.”

“Et s’il me fait des reproches comme si j’étais encore un enfant? Tu sais que quand il est fâché, il n’entend pas raison…”

“Toi, garde le silence. L’unique moyen pour calmer la colère. Tais-toi avec humilité et patience, et si tu sens que tu ne peux le faire sans impolitesse, va-t’en. Savoir se taire, savoir fuir, non par lâcheté, ni parce que l’on ne sait plus que dire, mais par vertu, par prudence, par charité, par humilité. Dans les discussions, il est si difficile de conserver la justice! Et la paix de l’esprit. Quelque chose descend toujours pour altérer les profondeurs, pour troubler, pour faire du vacarme. L’image de Dieu qui se reflète en tout esprit qui est bon se trouve ternie, s’évanouit, et on ne peut plus écouter ses paroles. Paix! Paix entre frères. Paix même avec les ennemis. S’ils sont nos ennemis, ils sont les amis de Satan. Mais voudrions-nous nous aussi devenir amis de Satan, en haïssant ceux qui nous haïssent? Comment pourrions-nous les amener à l’amour, si nous étions en dehors de l’amour? Vous me dites: “Jésus, tu l’as déjà dit de nombreuses fois et tu le fais, mais toujours tu es haï”. Je le dirai toujours. Quand je ne serai plus avec vous, je vous l’inspirerai du Ciel. Et je vous dis aussi de ne pas compter les défaites mais les victoires. Louons-en le Seigneur! Il ne se passe pas de lune que ne marque une conquête. C’est cela que doit remarquer l’ouvrier de Dieu, en en jubilant dans le Seigneur, sans le dépit qu’ont ceux du monde quand ils perdent une de leurs pauvres victoires. Si vous agissez ainsi…”

490.9 - “Paix à Toi, Maître. Tu ne me reconnais pas?” dit un jeune homme qui remontait de la ville vers le Gethsémani.

“Toi?… Tu es le lévite qui l’an dernier était avec nous Était avec nous en EMV 281.11 et EMV 281.14/16. , avec le prêtre.”

“C’est moi. Comment m’as-tu reconnu, Toi qui vois tout un monde autour de Toi?”

“Je n’oublie pas les visages et les esprits dans ce qui les caractérise.”

“Qu’est-ce qui caractérise mon esprit?”

“Il est bon et insatisfait. Tu es las de ce qui t’entoure, ton esprit vise à des choses meilleures. Tu sens qu’elles existent. Tu sens qu’il est le moment de te décider pour un bien éternel, tu sens qu’au-delà des brumes, il y a un Soleil, la Lumière. Tu veux la Lumière.”

Le jeune homme se jette à genoux:

“Maître, tu l’as dit! C’est vrai. C’est ce que j’ai dans le cœur, et je ne savais pas me décider. Le vieux prêtre Jonathas a cru, puis il est mort. Il était âgé, moi je suis jeune. Mais je t’ai entendu parler au Temple… Ne me repousse pas, Seigneur, car tous ceux qui y sont ne te haïssent pas et je suis de ceux qui t’aiment. Dis-moi ce que je dois faire comme lévite…”

“Ton devoir, jusqu’au temps nouveau. Réfléchir, car tu ne vas pas vers la gloire terrestre en venant à Moi, mais vers la souffrance. Si tu persévères, tu auras la gloire au Ciel. Instruis-toi dans ma doctrine; affermis-toi en elle…”

“Avec quoi?”

“Le Ciel lui-même t’affermira par ses signes. Raffermis-toi avec l’aide de mes disciples et apprends et pratique de plus en plus ce que j’ai enseigné. Fais cela et tu auras la vie éternelle.”

“Je le ferai, Seigneur. Mais… puis-je encore servir au Temple?”

“Je te l’ai dit: jusqu’au temps nouveau.”

“Bénis-moi, Maître. Ce sera ma nouvelle consécration.”

Jésus le bénit et l’embrasse. Ils se séparent.

490.10 - “Vous voyez? C’est cela la vie des ouvriers du Seigneur. Il y a un an que dans ce cœur est tombée la semence, et cela ne parut pas une victoire car il ne vint pas de suite à nous. Après un an, voilà qu’il vient pour confirmer mes paroles de tout à l’heure. Une victoire. Et n’embellit-elle pas la journée pour nous?”

“Tu as toujours raison, mon Jésus… Mais fais attention à Judas! Je suis sot de le dire. Je le sais. Tu sais… Mais dans mon cœur j’ai ce tourment… et je n’en parle pas aux autres, mais il y est… et je suis certain qu’ils l’ont eux aussi.”

Jésus ne réplique pas. Il dit:

“Je suis content que Joseph et Nicodème m’aient donné cet argent, ainsi je puis envoyer une aide à mes petits pauvres de Galilée…”

Ils sont arrivés à la Porte et ils entrent dans la ville en se perdant dans la foule.