“C’est la lutte des Ténèbres contre la Lumière. Nous la voyons chaque jour dans les aubes et les soirées, les deux forces qui se combattent, qui exercent, tour à tour, leur empire sur la Terre. Mais les ténèbres sont toujours vaincues car elles ne sont jamais absolues. Il émane toujours un peu de lumière, même dans la nuit la plus privée d’étoiles. On dirait que l’air la crée de lui-même dans les espaces infinis du firmament et la répande, même si elle est très limitée, pour persuader les hommes que les astres ne sont pas éteints. Et je dis que pareillement, dans ces ténèbres particulières du Mal contre la Lumière qu’est Jésus, toujours, malgré tous les efforts des Ténèbres, la Lumière sera là pour réconforter ceux qui croient en Elle” dit Jean en souriant à sa pensée, tout recueilli en lui-même comme s’il monologuait.

Sa pensée est recueillie par Jacques d’Alphée.

“Dans les Livres, le Christ est appelé “Étoile du matin” Nombres 24,16-17. . Lui aussi connaîtra donc une nuit, et — je m’en épouvante — nous aussi la connaîtrons, une nuit, un moment où la Lumière semblera avoir perdu sa force et où les Ténèbres sembleront victorieuses. Mais puisqu’il est appelé “Étoile du matin” d’une manière qui exclut toute limite dans le temps, je dis qu’après la nuit momentanée, Lui sera la Lumière matinale, pure, fraîche, virginale, qui renouvellera le monde, pareille à celle qui succéda au Chaos le premier jour. Oh! oui, le monde sera créé de nouveau dans sa Lumière.”

“Et la malédiction sera sur les réprouvés qui auront voulu lever la main pour frapper la Lumière, en répétant les erreurs déjà faites, depuis Lucifer jusqu’aux profanateurs du peuple saint. Jéhovah (Jeovè) laisse l’homme libre de ses actions, mais par amour pour l’homme lui-même, Il ne permettra pas que l’Enfer prévale.”

483.4 - “Oh! heureusement qu’après un si long assoupissement des esprits, qui semblait les fermer et les engourdir comme par l’effet d’une vieillesse précoce, la sagesse refleurisse sur nos lèvres! Nous ne semblions plus être nous! Maintenant je retrouve le Zélote, et Jean, les deux frères d’autrefois!” dit l’Iscariote, en se félicitant.

“Il ne me semble pas que nous ayons changé au point de ne plus paraître nous-mêmes” dit Pierre.

“Si nous sommes changés! Tous. Toi le premier, et puis Simon et les autres, moi y compris. S’il y a quelqu’un qui est à peu près ce qu’il a toujours été, c’est Jean.”

“Hum! Je ne sais vraiment pas en quoi…”

“En quoi? Nous sommes taciturnes, comme las, indifférents, pensifs… Jamais plus on n’entendait de conversations semblables à celles d’autrefois, semblables à celle de maintenant, qui sont si utiles…”

“Pour se disputer” dit le Thaddée en rappelant comme souvent, en effet, elles dégénéraient en prises de becs.

“Non. Pour nous former, car nous ne sommes pas tous comme Nathanaël, ni comme Simon, ni comme vous d’Alphée, par naissance et par sagesse, et celui qui l’est moins apprend toujours de celui qui l’est plus” réplique l’Iscariote.

483.5 - “Vraiment… moi je dirais qu’il est par-dessus tout nécessaire de se former en justice, et de cela Simon nous en a donné de magnifiques leçons” dit Thomas.

“Moi? Tu y vois mal. Je suis le plus sot de tous” dit Pierre.

“Non. Tu es celui qui a le plus changé. Pour cela Judas de Kériot a raison. Il n’y a plus beaucoup en toi du Simon que j’ai connu quand je suis venu avec vous et qui, pardonne-moi, resta quelque temps ce qu’il était. Depuis le moment où je t’ai retrouvé, après la séparation pour les Encénies C'est cette séparation qui avait permis d'éloigner aussi Judas et de convoyer en secret Jean d'En-Dor le galérien et Syntica l'esclave grecque en fuite, vers Antioche. Pierre dirigeait seul cette délégation d'apôtres. Cf la fin du Tome 4 et le début du Tome 5. , tu n’as fait que te transformer. Maintenant tu es… oui, je le dis, plus paternel et en même temps plus austère. Tu compatis avec tous tes pauvres frères, alors qu’avant… Et on le voit, moi du moins, je le vois, que cela te coûte, mais tu te domines. Et tu ne nous inspirais jamais le respect comme maintenant que tu parles peu et que tu ne nous fais que peu de reproches…”

“Mais, mon ami! Tu es bien bon de me voir ainsi… Moi, à part l’amour que j’ai pour le Maître, et qui grandit toujours, je n’ai vraiment changé en rien.”

“Non. Thomas a raison, tu as beaucoup changé” confirment plusieurs.

“Mais, c’est vous qui le dites…” dit Pierre en haussant les épaules. Et il ajoute: “II n’y a que le jugement du Maître qui serait sûr. Mais je me garde bien de le Lui demander. Il connaît ma faiblesse, et il sait que même une louange intempestive pourrait nuire à mon esprit. Aussi il ne me louerait pas, et il ferait bien. Je comprends de mieux en mieux son cœur et sa méthode et j’en vois toute la justice.”

“C’est que tu as l’âme droite et que tu aimes de plus en plus. Ce qui te fait voir et comprendre, c’est ton amour pour Moi. Ton Maître, le véritable et plus grand Maître, qui te fait comprendre ton Maître, c’est l’Amour” dit Jésus qui jusqu’à ce moment a écouté sans parler.

“Je crois que… c’est aussi la souffrance que j’ai là-dedans…”

“Souffrance? Pourquoi?” demandent quelques-uns. “Oh! pour tant de choses qui, au fond, ne sont qu’une seule chose: tout ce que souffre le Maître… et la pensée de ce qu’il souffrira.

483.6 - On ne peut plus être distraits comme les premiers temps, distraits comme des enfants qui ne savent pas, maintenant que l’on connaît de quoi sont capables les hommes et comme on doit souffrir pour les sauver. Oh! nous croyions tout facile les premiers temps! Nous croyions qu’il suffirait de nous présenter pour que les autres viennent de notre bord! Nous croyions que de conquérir Israël et le monde, ce serait comme… de jeter le filet sur un fond poissonneux. Pauvres de nous! Je pense que si Lui ne réussit pas à faire bonne pêche, nous, nous ne ferons rien. Mais cela n’est rien encore! Je pense qu’eux sont méchants et le font souffrir. Et je crois que c’est là le motif de notre changement en général…”

“C’est vrai. Pour mon compte, c’est vrai” confirme le Zélote.

“Pour moi aussi, pour moi aussi” disent les autres.

“Moi, il y a si longtemps que j’étais inquiet pour cela et j’ai cherché à… avoir des aides valables. Mais ils m’ont trahi… et vous vous ne m’avez pas compris… Et moi, je ne vous ai pas compris. Je croyais que vous étiez comme vous êtes par lassitude de l’esprit, par découragement, par déception…” avoue l’Iscariote.

“Moi, je n’ai jamais espéré des joies humaines et par conséquent je ne suis pas déçu” dit le Zélote.